La colère de l'abysse

10: Les créatures qui y rampent

« Le signe antique, expliquait Mercure, est un sortilège créé avant la naissance de l'humanité par les Antiques Dieux de la Terre. Il y a très, très longtemps, ces petits dieux ont voulu s'opposer à leurs créateurs, qui les ont enfermés au cœur de la terre ou exilés aux confins de l'univers. Ce symbole est dit si puissant qu'il peut repousser les Anciens Dieux et préserver des lieux de leur pouvoir. »
Contrairement à la première partie du voyage, celle-ci ne se faisait pas dans le silence. Épier les bruits suspects ne valait rien ici, car plus elles s'enfonçaient, plus la terre gargouillait, gémissait et bruissait autour d'elles. Il valait mieux parler pour s'en distraire, car un ennemi pourrait aussi bien arriver en jouant de la trompette et ne pas se détacher du fond sonore insupportable. Quand elles verraient la lueur rouge de Yoth, elles devraient vite se préparer à combattre, le terrain qu'elles parcouraient était tout sauf désert.
Il ne fallut même pas une journée pour arriver jusqu'au second gouffre de la terre, et c'était une chance. Elles n'auraient pas voulu dormir là! Malheureusement, Yoth ne leur promit guère plus de repos. Ce qu'elles découvrirent aurait plutôt dû être nommé l'enfer! Quel endroit épouvantable!
Sitôt émergées du tunnel, elles furent accueillies par une bourrasque à la violence insoutenable, qui n'était pas sans rappeler le temps qu'il faisait derrière la porte du temps gardée par Sailor Pluton. Leurs sens habitués aux forces obscures y reconnurent aussitôt un ennemi, qu'elles cherchèrent des yeux sans le trouver.
Cependant, le vent se renforça et elles ne purent bientôt même plus ouvrir les yeux, la poussière soulevée leur fouettant trop douloureusement le visage. En désespoir de cause, Sailor Moon s'empara de son sceptre et hurla sa formule, forçant l'air à traverser sa gorge malgré le vent cruel qui voulait l'y renfoncer.
Elle balaya l'espace de son pouvoir et, sentant subitement le vent faiblir, continua de viser dans la direction qui lui donnait cet effet. Un cri résonna, suivi d'une chute, et le vent s'apaisa enfin tout à fait. Elle regarda autour d'elle, constatant qu'heureusement, personne n'était blessé.
C'est une centaine de mètres plus bas que l'oiseau monstrueux s'était écrasé. Elles se trouvaient sur une corniche, devant un étroit escalier taillé dans la falaise. Les tunnels bholes avaient rejoint l'entrée d'une véritable gallerie, sans qu'on puisse s'expliquer qu'ils aient choisi de ne pas tout simplement emprunter cette dernière. Iromi disait qu'il ne fallait pas s'en étonner, car les bholes étaient des vers, et malgré leur intelligence, creuser était leur seul passe-temps valable. La jeune femme n'était toujours pas bienvenue parmi les guerrières, mais celles-ci étaient suffisamment habituées à sa présence pour ne plus accueillir ses commentaires avec mépris.
Descendre ne fut pas particulièrement agréable comme aventure. Les marches étaient suffisamment larges pour qu'une personne prudente puisse éviter une chute mortelle, mais si un autre oiseau de vent venait et les renversait?
Cette peur ne se concrétisa heureusement pas. Ce fut saines et sauves qu'elles purent affronter les premiers véritables gyaa-yothn qu'elles voyaient de leur vie, une espèce qui n'allait pas sans rappeler le dragon de Komodo. Ils descendaient d'une civilisation détruite, paraissait-il, mais avaient été rendus à la sauvagerie par une catastrophe quelconque. Par chance, ils ne contrôlaient aucun élément magique, et les guerrières, encadrant leurs deux civils, n'eut qu'à en tuer ou blesser un de temps à autres pour effrayer la plupart de leurs congénères. Leur apparence était terrifiante, mais ils n'avaient pas le courage de leur sauvagerie.
Les créatures qui habitaient Yoth n'étaient pas la seule chose qui rendaient cet endroit infernal. La lueur rouge qui baignait tout d'un éclat sanglant n'aidait pas, mais le sol même soulevait le cœur. Les ruines des anciennes habitations n'étaient que le début de la désolation de ce monde déchu. Les trous des Bholes, s'ils avaient accéléré leur progression jusqu'à maintenant, les effrayaient plus que jamais.
Le sol en était complètement pourri, jusqu'à s'être effondré en de larges crevasses noires par endroits. Les horribles charognards de la terre étaient ici visibles, émergeant parfois d'une galerie pour y replonger aussitôt, ne quittant leurs ténèbres habituelles que par accident, semblait-il. Ils étaient restés des millénaires durant dans la vallée de Pnath, ne la quittant que pour piller les cimetières du monde, pourquoi étendaient-ils ainsi leur territoire?
« Pensez-vous que les shoggoth peuvent leur avoir demandé ces trous? s'avança Mercure.
- Pourquoi faire? dit Iromi.
- Si des asticots peuvent être intelligents, pourquoi pas des amibes? Ils se font peut-être du commerce, entre monstres. Un service pour un autre. Si les shoggoth veulent détruire Tokyo, un passage direct est plus qu'utile.
- Ce n'est pas bête. Mais ils le font peut-être pour eux-mêmes aussi. Avec la quantité d'humains sur terre pour les nourrir, ils doivent se multiplier très vite.
- Ils mangent des humains?
- Seulement les morts. Et les humains leur sont particulièrement importants, ils ne peuvent pas se reproduire sans une âme.
- Ils absorbent aussi l'âme?
- Parfois. Les plus jeunes veulent se prendre pour des hommes, ils en ont le souvenir. S'il n'avaient pas l'âme d'un homme, ça n'aurait pas de sens. »
Ces mots mirent fin à la conversation. Ce n'était pas la pire chose à savoir, mais ça n'inspirait aucune idée agréable. Personne ne posa la question, mais personne n'aurait été surpris de savoir que chacun avait frémi en pensant à son âme, prisonnière de ces créatures grotesques.
Le groupe arriva après une courte marche à une fissure suffisamment large pour y descendre sans trop de mal. Suffisamment large, aussi, pour n'abriter aucun Bhole, bête qui n'aimait guère les espaces ouverts.

Les torches électriques brillèrent à nouveau en N'kai. Après la lumière bleue de K'n-yan et la lueur rouge de Yoth, les ténèbres du troisième gouffre n'avaient rien pour apaiser l'esprit. C'était, par chance, un endroit beaucoup plus calme que Yoth. Après une courte exploration, elles se permirent, tour à tour, de se défaire de leur transformation pour accéder à leur sac à dos.
Pour la fin du voyage, elles porteraient leurs fusils à essence à la main, précaution à laquelle elles avaient renoncé pour une partie du trajet. Sailor Mars avait rangé dans une petite bourse qui se portait à la ceinture la drogue qu'elle avait préparée durant une des pauses à K'n-yan à partir des herbes achetées à la petite boutique de Monsieur Xigeng. Elle ne croyait pas sage d'utiliser une substance attribuée au culte des Anciens Dieux pour appeler des pouvoirs supplémentaires, mais si les forces se révélaient trop inégales, mieux valait une solution de dernier recours que rien du tout.
Bientôt, une seule chose restait à régler: maintenant qu'elles avaient atteint N'kai, par où aller? Le terrain était à peu près plat, également obscur partout. L'odeur des shoggoth empestait l'atmosphère, agrémentée à l'ouest d'un parfun de putréfaction presque agréable en comparaison. De ce côté, les monceaux d'os décorant le sol devenaient de plus en plus nombreux, jusqu'à en former un tapis ininterrompu à l'intérieur même de la portée des lampes.
Sailor Mercure démarra son ordinateur, à tout hasard, en réfléchissant tout haut: « De ce côté, au moins, on sait qu'ils auraient au moins une source de nourriture. Mais si c'est Pnath, j'ai l'impression qu'ils seraient plutôt de l'autre côté. »
La garde Sailor dut à nouveau compter sur leur petite guide. La petite adolescente s'avançait lentement du côté du champ d'ossements, plissant les yeux pour mieux voir dans les ténèbres, sans trop de résultats à la voir avancer les mains pour s'empêcher de tomber chaque fois que ses pieds rencontraient une faille. « C'est bien la vallée de Pnath, là où les Goules jettent les restes de leurs repas sous la surface du monde réel. Attention! N'allumez surtout pas le sonar ici! »
La guerrière de Mercure n'avait pas besoin de se le faire dire. Elle devinait bien d'elle-même que si quelque part devaient se terrer des créatures à l'oreille trop fine, ce serait bien dans ce continent sans lumière. Heureusement, rien ne lui interdisait d'utiliser ses détecteurs passifs. « Il y a beaucoup de formes de vie par ici. Il faudra se méfier, elles restent bien cachées… Je crois que la concentration est… Hé! »
Si sa réflexion audible n'avait pas attiré toute l'attention, son exclamation l'avait fait sans faille. Elle pointa son écran d'un doigt tremblant: « Makoto est par ici! Nous sommes à portée de son communicateur!
- Quoi? s'écria Moon. Par où? Quelqu'un a son communicateur? »
Seule Sailor Vénus n'avait pas rangé son petit bracelet électronique dans le sac à dos qui n'était malheureusement pas à leur portée immédiate, mais un seul suffisait. Elle souleva le petit couvercle et appuya sur une touche. Makoto ne mit pas longtemps à répondre. « Minako! Tu es là? Avec les autres? Attention, ils me gardent en otage, ne vous laissez pas menacer!
- Ça va Mako! On arrive bientôt. As-tu vu quelque chose d'utile? Qui te garde en otage?
- C'est le gros prof qui m'a attrapée, c'est un homme-poisson qui me porte à manger et je crois que c'est pour le compte de quiconque commande aux shoggoth. Je n'en ai vu aucun, mais je les sens, c'en est écœurant! »
Les jeunes filles se massèrent autour de la justicière pour mieux voir l'image de leur compagne par la grâce du sort indemne, mais ce fut l'intruse qui monopolisa la communication pour les secondes qui suivirent. Iromi s'empara du bras soutenant la montre communicatrice et la porta devant son visage. « Le gros monsieur Fred? C'était lui? Le petit gros d'Amérique?
- Oui oui, répondit l'otage à l'inconnue qui occupait subitement son écran, le petit barbu. Il n'y en a pas beaucoup comme ça. J'ai voulu le suivre et des fiers-à-bras m'ont droguée.
- L'enfant de chienne! »
Les mots qui s'écoulèrent ensuite de la bouche de celle qui n'avait pourtant pas quitté l'âge de l'innocence auraient fait honte à n'importe quel charretier. Ces sectes n'avaient définitivement pas une bonne influence sur la jeunesse! Elle ne s'interrompit que lorsque Sailor Mars saisit son bras. « Tu nous as menées dans un piège, n'est-ce pas?
- Évidemment que c'est un piège! hurla-t-elle. Que voulez-vous que ce soit?
- Je vais te tuer!
- Attends, Rei! l'arrêta Mamoru. Elle sera notre otage. »
La petite, si elle ne possédait que peu de muscles, connaissait quelques notions de combat qui surprirent suffisamment pour qu'elle se retrouve soudainement libre, son bras arraché de la poigne de la grande femme. Sans demander son reste, elle fila vers la mer d'ossements. « Attrapez la! » Mars mit presque une minute à la rejoindre, l'enfant profitant d'une meilleure expérience de la marche sur ce sol imprévisible. Lorsqu'elle la plaqua au sol, elle s'était déjà emparé d'un gros os creux dont elle aurait bien pu faire une massue.
La gardienne Sailor sut bien se placer pour éviter les coups, mais découvrit vite qu'aucun ne lui était destiné. Le gros fémur brisé s'abattait uniquement contre un autre gros os, le tapis de restes macabres résonnant étrangement. Après cinq coups, elle lui arracha son outil des mains et les lui tordit dans le dos. « Tu n'iras nulle part!
- Vous, allons, calmez-la, que je m'explique au moins! »
Mercure hocha la tête. Rien ne les forcerait à accepter ses justifications, mais elles n'étaient pas en position de refuser une explication… Doucement, elle sépara son amie de la jeune fille, retenant toutefois celle-ci par les mains. Iromi reprit son souffle un court instant avant de parler. « Je ne savais pas que c'était un piège, jura-t-elle. Monsieur Fred m'avait dit que vous nous aideriez. Mais je le connais, et s'il a envoyé votre amie ici, ça veut dire qu'il m'a seulement dit de vous guider pour vous attirer dans un piège. Il se fiche que je meure aussi! Il doit essayer d'acheter les ennemis. Pauvre con! Les shoggoth ne sont pas plus loyaux que lui, c'est tout dire! Moi en tout cas, je ne vais pas plus loin! »
Il était difficile de déterminer si elle disait la vérité ou non. Qu'elle vienne d'apprendre la traîtrise de son supérieur ou qu'elle ait fait sciemment partie du plan étaient deux possibilités aussi vraisemblables l'une que l'autre. Encore, elle aurait facilement pu les tuer en route, mais peut-être aussi avait-elle besoin de leur protection jusqu'ici…
Ce sujet était matière à débat, mais la question principale, laisser filer la petite ou la traîner comme otage, n'allait pas se régler immédiatement. Un raclement, qui se fit de plus en plus fort à mesure que la chose qui se déplaçait sous les ossements approchait de leur groupe, éveillait les échos du gouffre. Il allait sans dire que la loyauté d'Iromi ne resta pas longtemps l'objet principal de leurs pensées. Sailor Vénus se plaça devant Mars, dont l'attaque aurait sans doute mieux ébranlé ce qui se trouvait sous la terre que la sienne. Elle n'était pas géologue mais se doutait qu'un trop grand déchaînement de puissance aurait un effet néfaste sur la voûte de pierre. Ses lasers et sa chaîne devraient suffire, d'autant que Sailor Moon et Mercure seraient sans doute aussi du combat.
Vénus se fit à son tour bloquer la vue, mais par une personne qui lui faisait face, non par une qui voulait attaquer devant elle. « Ne les provoque pas, Vénus! supplia Iromi. Ils ne viennent pas pour vous!
- Qui… qui vient?
- Cinq coups, ce n'était pas le signal prévu, mais ils sont curieux. Et ils ne vous feront pas de mal sans raison.
- Mais qui!?!
- Tes gros vers, n'est-ce pas? demanda Mercure. Ce sont eux tes amis de Pnath?
- J'en aurai bien besoin pour sortir d'ici et tuer Fred! »
Venant d'elle, ce projet devait probablement être compris au sens littéral. Et d'autant plus que ses alliés dans la vengeance avaient bel et bien envoyé un émissaire à sa rencontre, un Bhole à peine plus gros qu'un humain légèrement obèse, qui se dressa de presque toute sa longueur devant elle. Il n'avait pas d'yeux mais l'avait manifestement reconnue d'une autre manière. Quand il la força à reculer en la pressant de son poids, les guerrières ne surent pas s'il fallait la défendre ou non de cette attaque.
Malgré ses prétentions précédentes, tous et toutes furent surpris de l'entendre rire, soutenant la masse grasse et visqueuse comme on relève un ami maladroit. « Ne t'appuie pas sur moi, pauvre nouille, tu es trop lourd! »
Le gros ver la comprenait apparemment mais s'obstinait à maintenir une position verticale tout à fait grotesque pour son espèce, avec une difficulté qui laissait deviner qu'il ne pourrait plus beaucoup grossir avant de se trouver totalement incapable de cet exploit. Elle eut pitié de ses peines et se laissa tomber sur le derrière dès qu'elle eut repéré un coin de sol suffisamment accueillant, ne semblant pas gênée par l'énorme masse flasque qui la suivit dans sa chute pour s'étaler sur son corps, sa graisse abondante parcourue d'une rapide vague frémissante. Ce que la chose cherchait à faire n'était pas clair, mais les mouvements de ce qui devait être sa tête laissaient croire qu'elle était plutôt heureuse de rencontrer une amie.
Les guerrières n'avaient pas beaucoup d'autres options que de regarder avec étonnement et dégoût les convulsions du gigantesque annélide et la jeune fille à laquelle elles ne semblaient pas déplaire. Celle-ci eut la générosité de ne pas les laisser dans le noir, du moins au sens figuré. Repoussant doucement les caresses visqueuses qu'aucune personne mentalement saine n'aurait supportées, elle entreprit de présenter son sauveur: « Ne vous en faites pas pour moi, il va me porter à la surface et m'aider à me venger de ce gros plein de merde d'Américain. Ça vous fera un souci de moins, d'ailleurs. Ce sont de bons alliés, ils sont un peu nostalgiques de leur ancienne vie alors pour une femme à l'esprit un peu ouvert… »
Les exclamations qui accueillirent sa dernière phrase ne manquèrent pas de la choquer, au moins autant que ses paroles avaient choqué ses interlocuteurs. Moon, pas assez immature pour que son imagination n'ait pas conclu la même chose que celle de ses consœurs, mais suffisamment pour en exprimer tout haut le jugement, bégayait des bouts de phrases insensées où les mots «dégueu» et «Aah!» prédominaient. Iromi aurait sauté sur ses pieds pour mieux les engueuler, outrée, si l'être flasque n'avait pas toujours occupé son giron.
« J'ai quatorze ans, bande de pervers, vous pensez que je me prostitue? Et lui, vous voulez le mettre en colère en l'accusant d'être incapable d'un peu de galanterie? »
Les Sailors ne furent pas très impressionnées par la menace, puisque la bête semblait entièrement absorbée par la tâche d'appliquer la plus grande surface possible de sa peau froide et visqueuse sur le petit corps féminin à sa portée, sans aucun souci de l'insulte ou notion de galanterie. Elles le furent cependant par ce couple épouvantable dont, même sans acte obscène, la relation ne pouvait être saine. La petite, sa colère subite passée, joignit les mains par-dessus le corps dont ce dont on pouvait espérer qu'il s'agissait de la bouche et non de l'anus parcourait sa chair, et s'adressa à nouveau à ses compagnons de voyage:
« Si vous voulez un conseil, n'affrontez pas les shoggoth. Cherchez dans N'kai, le dieu Tsathoggua y vit. Il a fait un pacte qui n'est pas autorisé par les Grands Anciens. Notre secte n'aurait jamais dû avoir l'aide des shoggoth, car eux et leurs maîtres obéissent à Nyarlathotep, le chaos rampant, l'émissaire des Anciens, alors que notre projet va à l'encontre de sa volonté.
« Les Anciens ont immergé le lieu de repos de Cthulhu pour que la radiation des étoiles ne puisse plus le réveiller, mais contre des promesses certains dieux envoient leurs servants construire une gigantesque tour sous les mers, jusque par-dessus les flots, pour laisser les étoiles briller jusqu'à R'lyeh.
« Si un mortel ordinaire venait ici, Tsathoggua ne dérangerait son sommeil pour lui que le temps de le manger, mais vos pouvoirs le forceront peut-être à écouter, il ordonnera peut-être la fin des attaques en échange de votre silence. »
Elle se tut et réfléchit, puis décida qu'elle avait dit tout ce qu'elle savait d'utile, se dégagea de sous son hideux compagnon et parla tout bas à celui-ci. En moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, les membres de la jeune fille et les anneaux du ver étaient si bien entrelacés - en une posture horriblement suggestive - que celui-ci traverserait facilement ses tunnels sans être gêné par son fardeau. Iromi rit et, avant de partir, caressa son incroyable monture d'un geste scandaleusement érotique, accompagnant ses mots: « Vous savez, je ne ferai rien pour acheter ce petit service, mais je ne dis rien sur ce que je ferai par simple goût… Cet ami sait faire des choses qu'aucun homme ne pourrait seulement imaginer… »
Personne ne tenta de retenir la petite adolescente et le monstre qui l'emportait, bien que leur avance fut plutôt lente. Seul leur regard les suivit jusqu'à la galerie, à quelques mètres de là, où ils s'enfoncèrent, accélérant une fois engagés dans ce conduit où la bête vermiforme était le véhicule parfait.
« Elle le fait… demanda naïvement Sailor Moon, ou elle ne le fait pas?
- Elle est partie, dit Mercure, on n'a plus à se méfier d'elle.
- Non sérieusement! Moi, si je ne sais pas, je ne dormirai pas de la nuit!
- Tu n'as pas intérêt à dormir, non plus, on doit se battre!
- Oh la ferme vous deux, jeta Mars. Usagi, elle dit seulement ça pour nous choquer. Tu as bien vu qu'il n'avait pas de…
- Non! Non! NON! coupa brusquement Vénus. Mamoru nous écoute, pas de ça! Les garçons ne doivent pas entendre les filles dire ce genre de choses, ça détruirait tout le charme! »
Le chevalier servant de la garde Sailor ne fut pas ravi de se retrouver au centre d'une conversation aussi mal partie mais ne dit rien. Les filles se chamaillèrent un certain temps, sauf Mercure, qui consultait son ordinateur. La faible lueur bleue de son viseur lui permettait de visionner les données sans éclairage, car celui-ci manquait. Le trajet avait eu la vertu d'habituer les yeux et les esprits à l'obscurité, et les torches ne brillaient plus d'une à la fois que lorsqu'un bruit suspect exigeait plus de vigilance.
Mamoru fut doublement accablé par les créatures de l'abîme. Non contents d'avoir inspiré une dispute de fort mauvais goût aux filles qui n'avaient manqué de l'y inclure, des bholes se tenaient près, leur forme soulevant les ossements sous lesquels ils rampaient. Ils n'émergeaient pas et gardaient une distance respectueuse des guerrières, mais tentaient de les contourner pour s'approcher de leur compagnon. Puisqu'ils se trouvaient à l'entrée de N'kai, il n'y aurait probablement plus de tunnels à traverser, et fut bien soulagé de se permettre de se transformer enfin. Les vers sous leurs pieds n'en détournaient pas pour autant de lui leur attention.

11: Le combat des dieux