À la vie à la mort
Chapitre 7
La fin de semaine s'était perdue sans qu'Usagi ne parvienne à rejoindre son amie, ni faire quoi que ce soit d'autre tant elle s'inquiétait. Elle avait passé toute sa soirée avec Mamoru à cogner et même tenter d'entrer chez Makoto. La sonnette ne fonctionnait plus, le téléphone était décroché, la serrure mise et personne ne répondait. De l'extérieur, elle avait vu que toutes les fenêtres étaient ouvertes, par ce temps froid quelle idée, on était en fin octobre tout de même !
Le dimanche, elle avait consulté Luna, Ami et Rei, voir si elles avaient la moindre idée de comment agir. Contrairement à ses attentes, Ami ne lui fut d'aucune aide. Son seul avis était que Makoto devait voir un médecin avant toute autre chose, mais ne répondit pas quant à quoi faire si elle refusait. Elle avait tout de même laissé entendre que les guerrières auraient peut-être pour prochaine mission de défoncer une porte et faire sortir une adolescente de force. Ce fut Rei, cette fois, qui offrit la solution la plus pratique, et le plan tout synchronisé en soirée allait maintenant être mis en œuvre.
Lundi après-midi, tout juste après l'école, avant l'heure de pointe et l'achalandage des sentiers du parc où elles s'ébattaient. Trois guerrières s'amusaient de toute évidence. Pour simuler au mieux les bruits d'une attaque, elles se poursuivaient les unes les autres en criant comme des gamins excités. Tandis qu'Usagi appelait Makoto à l'aide sur son communicateur, Minako poursuivait les autres en rugissant, dans un concert de cris aigus. Même Ami, malgré sa gêne, se laissait prendre à cette tâche enfantine. Makoto ne répondait pas, mais Usagi transmit tout de même :
« Mako ! On a besoin de ton aide ! On est au parc de Juuban, des ennemis… il y en a trop ! Trop puissants ! Viens vite, par pitié ! … On a la solution pour ta transformation, mais s'il te plaît… Aak ! »
Les jeunes guerrières cessèrent leur manège, essoufflées. Elles n'avaient pas dû jouer à ce jeu depuis qu'elles avaient eu six ans, mais même pour un but sérieux il n'avait pas perdu de son attrait. Surtout pour les deux passant qui les virent. « Tu te rends compte, dit Ami, du nombre de mensonges que tu viens de dire ? Vilaine !
- Et toi, tu te rends compte que tu es couverte de poussière, que tes cheveux sont en désordre, que tu as laissé tes livres par terre et que tu piaillais comme un écureuil en chaleur ? »
Ami rougit de sa conduite légère et rassembla ses affaires pour les remettre en ordre. Puis elles se dirigèrent vers une table à pique-nique y attendre la guerrière manquante. Usagi leva les yeux pour suivre un grand oiseau, une sorte d'aigle, traversant le ciel. On n'en voyait pas très souvent. La voyant lever le regard, les autres l'imitèrent et remarquèrent à leur tour le volatile.
Les survolant, il commença à virer, décrivant un grand cercle. Après un moment d'observation, Ami consulta son ordinateur. « Bizarre, conclut-elle, d'après la distance que j'ai triangulée, pour paraître aussi grand un aigle devrait avoir une envergure de… trois mètres quatre-vingt-six.
- C'est peut-être une sorte bizarre d'avion, avança Minako.
- Pourquoi un pilote d'avion ferait-il des cercles ? objecta Rei, Ami, tu es sûre de ton ordinateur ?
- Oui. Et de mes yeux. Il a l'air énorme, même à cette distance. Je vais vérifier dans ma base donnée, mais je ne crois pas… non, aucune espèce japonaise ne ressemble à ça.
- Aah ! cria Usagi, Il grossit !
- Il descend, idiote ! répliqua Rei. »
En effet, la forme en contre-jour qui tournait au-dessus d'elles resserrait ses cercles tout en se rapprochant. Inquiétant, un oiseau de cette taille ne devait pas chasser les souris. Minako regarda autour d'elle et cria. Un énorme chien était mal dissimulé derrière un arbre et les épiait, et d'un buisson deux yeux jaunes brillaient. Elle ne mit guère de temps à comprendre : « L'ennemi ! »
Elles se transformèrent aussitôt tandis que les monstrueux animaux attaquaient. Elles eurent à se cacher sous la table pour éviter les serres de l'oiseau qu'elles avaient pris pour un aigle. C'était en fait un corps d'homme à la tête coiffée de plumes et armée d'un bec recourbé, aux jambes musclées d'homme terminées par d'énormes et puissantes serres et au poitrail aux muscles démesurés supportant des ailes à la hauteur de tout ce poids. Son vol était stabilisé par un large éventail de plumes ornant son derrière. Le souffle déplacé par ses ailes était, d'une distance aussi courte, un vent violent.
Pendant qu'elles évitaient cette attaque, le gros chien bondit en aboyant. Sa voix était presque humaine mais on n'en sentait que mieux la colère qui lui tenait lieu de pensées. Ses membres trop longs et bâtis attestaient qu'il n'était pas un canidé normal. Elles durent quitter leur abri pour éviter ses dents. Ce qui se cachait dans le buisson ne bougea pas.
Leur mise en scène n'en était plus une, il y avait réellement une attaque ! L'ennemi gagnait en expérience, elles faisaient plutôt face à une poignée de monstres puissants que des dizaines d'empotés. Par chance, le chien était stupide et voulait suivre ses victimes potentielles par le chemin le plus court possible, il se contorsionnait donc avec peine entre les planches de la table et des bancs. Elles purent donc éviter l'aigle, qui était de beaucoup plus vif.
Mercure ralentit davantage le chien en obstruant son passage de glace, mais ce faisant elle s'exposa et l'oiseau lui aurait broyé la nuque dans ses pattes puissantes si Vénus n'avait pas tiré au centre de son aile gauche, hélas sans grand dommage. Le rayon lumineux emporta deux plumes mais n'atteignit pas la chair. La créature dévia instinctivement son vol pour éloigner son aile de ce qui venait de la blesser et ne fit qu'érafler sa cible.
Il prit ensuite de l'altitude, tournant rapidement autour des guerrières. « Burninq Mandala ! » D'un mouvement, il se déplaçait hors du jet. « Moon Tiara Action ! » Un bolide aussi lent n'était même pas un danger pour lui. « Meteor Shower ! » Même en rafales, il maniait si bien son corps qu'il ne recevait rien. « Shine Aqua Illusion ! » L'attaque était médiocre lorsque lancée vers le haut et n'atteignit même pas son altitude. Il s'Éleva davantage, puis plongea vers elles, s'alignant de telle sorte qu'un mouvement minime pouvait le jeter contre n'importe quelle cible. Elles s'aplatirent au sol et il les manqua, mais il n'eut pas à aller loin pour être de nouveau sur elles et, de surcroît, le chien semblait avoir découvert qu'il savait reculer, il approchait et ne semblait pas réjoui du contretemps.
Leur vie tenait trop souvent de ce genre de coïncidences… Makoto arriva juste au bon moment et saisit les pattes arrières du chien avec un mouvement de torsion, le faisant trébucher, et lui coupa le souffle d'un coup de talon de tout son poids dans les côtes. Les sailors se levèrent en hâte et s'enlevèrent de la trajectoire de l'aigle, qui avait pris trop de vitesse et était trop bas pour tourner à leur poursuite. D'un coup de pattes au sol il se redressa et reprit son vol, remontant à quelques mètres. Mars en finit pendant ce temps avec le chien, il était un ennemi misérable. Il n'y avait plus que l'oiseau, et cette paire d'yeux qui ne bougeait pas dans le buisson.
Makoto lança à Moon son bâton de transformation. Bien sûr, la jeune fille ne l'attrapa pas et dut le reprendre du sol. Elle avait bien dit qu'elle savait comment lui permettre de se transformer, ce n'était pas le meilleur moment de lui expliquer que tout ce qu'elle avait raconté était un mensonge destiner à l'appâter hors de chez elle. Elle ferait un peu n'importe quoi avec le bâton, puis lui dirait qu'elle avait cru que ça marcherait, gardant les explications pour un temps plus calme. Levant les yeux, elle vit que l'ennemi n'était pas près d'attaqué, chaque fois qu'il s'alignait pour plonger, Vénus envoyait un trait de lumière qu'il était forcé d'éviter. Elle avait le temps.
Elle pensa un peu, puis eut une idée, une qui avait même des chances de fonctionner ! Elle éleva le bâton de la même manière qu'elle l'avait vu faire par ses gardiennes et cria : « Jupiter Power Make Up ! »
La formule, même prononcée par une voix étrangère, activa le bâton qui se chargea d'énergie, de son énergie. Puis elle sentit de violents chocs électriques dans ses doigts et lâcha l'outil avec un petit cri. Sur le sol, il continua à émettre de petits éclairs. « Tiens, ramasse-le ! » Makoto obéit, et sitôt que sa main se fut refermée sur l'objet, celui-ci la ramena sans douceur à la transformation qu'on avait eu le front d'interrompre, comme si se faire empêcher de finir son travail l'avait mis en colère.
Une fois transformée, elle regarda à nouveau le monstre qui planait en cercles, puis ses alliées. Celles-ci la regardaient, elle. Oh non ! Elle n'avait pas réfléchi, elles pouvaient voir beaucoup de sa peau ainsi, même son maquillage devait être parti ! En plusieurs endroits des vers avaient éclôt, elle tuait tous ceux qu'elle trouvait mais ceux qui, sous sa peau, la dévoraient, créant des vides renfonçant horriblement sa peau criblée de petits trous en tout endroit. Elle avait beau laver toute moisissure s'installant sur sa chair, ça ne changeait rien à son teint livide et malsain. La maigreur de ses membres déshydratés allait parfaitement avec celle de son visage, et près de chaque blessure la chair complètement sèche était foncée et dure. Un liquide jaune mouillait un peu de l'avant de son habit.
Elle savait que les autres ne voyaient pas autant de détails, elles ne semblait pour elles qu'une fille très pâle, maigre et couverte de plaies, très malade en somme, mais à voir leur visage, elles ne s'attendaient pas à ça. Vénus avait négligé d'occuper le monstre, et le voilà qui revenait à la charge, en parfaite position pour s'en prendre à Sailor Moon, figée stupidement par la surprise.
Elle oublia ses soucis du moment, se jeta sur Moon avant lui et la poussa à terre, mais elle n'eut pas le temps de s'éloigner elle-même. L'aigle n'aurait eu que quelques centimètres de correction à faire pour la saisir et la déchirer, pourtant il la manqua. Pire, il la heurta de l'aile, sans assez de force pour l'envoyer à terre, mais assez pour pratiquement faire demi-tour dans son vol, avançant avec un angle rendant ses ailes inutiles, et il s'Écrasa dans un nuage de poussière.
En colère, il se releva et sauta vers l'endroit où il avait été heurté, balayant le vide devant lui d'un bec meurtrier que Jupiter évitait aisément. Elle invoqua la foudre la foudre avec succès, il battit en retraite avec un cri rauque, volant irrégulièrement avec ses ailes aux plumes en partie carbonisées.
« Jupiter ! cria Moon, Il ne peut pas te voir ! … Ce combat dépend de toi !
- Oh non… répondit-elle, il ne peut pas compter sur moi. »
Un regard suffit à expliquer ce raisonnement. Son attaque avait dépensé l'énergie de sa transformation, et celle-ci se déstabilisait. Son costume, ou parfois une parie seulement de celui-ci, perdait sa cohésion et devenait une nuée de rubans, puis se reformait, et le phénomène se reproduisait encore et encore, si bien qu'elle faisait penser à un néon qui clignotait frénétiquement, luttant pour ne pas s'éteindre. « J'ai encore assez de force pour un petit éclair, mais ce ne serait pas très utile. Je ferais mieux de le tenir pendant que vous attaquez.
- Non ! objecta Moon, C'est trop dangereux ! Et si on te touchait ?
- Mais non ! Il est très léger, j'ai su quand il m'a foncé dedans, si Mercure…
- Bien sûr ! interrompit cette dernière, Une petite couche de glace, et il sera trop lourd pour voler ! »
Elles surveillèrent, attendant qu'il plonge à nouveau. Il ne tarda guère, ses ailes déplumées planaient mal et il se fatiguait vite. Il visa Vénus, cette fois, et dès que du sol ce fut visible, elle se jeta à terre et Makoto l'enjamba, prête à l'impact.
Comme prévu, le monstre ne la visa pas le moindrement et d'une poussée à la poitrine, elle le renversa. Il s'Écrasa une seconde fois. Tandis qu'elle le tirait par de grosses poignées de plumes de la queue, seul endroit où ni ses pattes ni son bec ne pouvaient la déloger, pour qu'il ne se relève pas, Mercure n'eut à dépenser qu'un « Shabon Freeze » pour le lester de trop de glace pour ses forces.
Impuissant, il succomba en un instant au sceptre de Sailor Moon. Le danger était passé…
« Et ces yeux dans le buisson ? »
La question de Mars les remit toutes sur leurs gardes et elles approchèrent prudemment le buisson. Comme pour prouver qu'ils n'étaient pas des reflets du soleil, les yeux clignèrent et suivirent les guerrières, sans que rien ne bouge dans le buisson. Mars décida de ne pas attendre qu'il attaque le premier et de prendre l'offensive, mais elle dut retenir son feu car Moon se mit soudainement entre elle et sa cible. « Tu es folle, tête de trou de beigne ? »
Pour toute explication, elle se baissa, se releva et se tourna, tenant un petit chat noir habillé d'un collier rouge. La curiosité ou la peur avait cloué leur troisième ennemi dans sa cachette, il ne leur poserait pas trop de problèmes.
Moon reposa le chat et se défit de sa transformation, imitée par Mars, Mercure et Vénus. Jupiter garda sa forme incertaine. Le danger maintenant passé, elles purent s'inquiéter à loisir de leur amie : « Makoto ! s'exclama Usagi, Comment peux-tu prétendre que tu n'as pas besoin d'aide ? Il va falloir te traîner de force chez le médecin ?
- Je n'ai pas besoin d'un médecin ! répliqua-t-elle d'un ton, ce qui surprit les autres et même elle-même, hargneux. Seule toi pourrais m'aider, mais je te connais trop bien, tu ne ferait jamais ça pour une amie !
- Voyons, tu sais que c'est faux, dis-moi ce que je peux faire et ça va être fait sur le champ.
- Cette énergie que tu me donnes, trouve un moyen et bloque-la ! Je n'en veux plus un joule. C'est elle qui me fait souffrir.
- Mais… et si tu…
- Trop peur de perdre une amie ? Trop peur d'être seule ? Pense un peu aux autres pour une fois dans ton inutile de vie ! Tu me fais vivre un cauchemar, tu aurais dû me laisser mourir !
- Je ne laisserais jamais mourir une amie.
- Garde tes complexes pour toi, égoïste ! Garde ta maudite énergie et si j'en meurs, ce sera déjà mieux que ça ! »
Elle voulut partir mais Usagi lui attrapa un poignet, Rei l'imita, puis tandis qu'elle se débattait Minako la saisissait par la taille et Ami par les jambes, car elle tentait de les éloigner à coups de pieds. Elles parvenaient à l'immobiliser mais savaient bien qu'elles n'iraient pas très loin comme ça. Au moins tant qu'elles la retenaient elle n'irait pas se cacher dans son appartement.
Jupiter se tordit encore un peu pour s'arracher à leur prise, puis abandonna. Il n'y avait qu'une chose à faire : « Supreme Thunder ! » Son pouvoir traversa son propre corps, qu'importait puisqu'elle ne sentait pas la douleur, et se transmit à ceux des autres. Avec un cri de douleur à l'unisson, elles tombèrent, à moitié assommées par le choc. Toute l'énergie de sa transformation dépensée, elle perdit celle-ci et courut dans sa vraie forme pour s'éloigner d'elle. Rei, qui soit avait été frappée moins fort soit résistait mieux, la poursuivit.
Makoto s'arrêta en voyant une planche a côté du sentier, la prit et la brandit. « Va plutôt aider les autres, Rei, c'est un petit conseil. S'il faut que je te batte…
- On va trouver une solution, Mako, laisse-nous t'aider.
- Il n'y a rien qui puisse être fait ! Vous ne pouvez pas me sauver, rien ne le peut, je veux juste partir avec un minimum de dignité, est-ce que c'est trop demander ? Considérez-moi comme morte, et ne m'embêtez plus ! »
Elle lança sa planche vers Rei avec toute sa force, la manquant volontairement mais forçant celle-ci à se baisser, et profita de la distraction pour mettre une distance entre elles. Elle ne s'arrêta plus avant d'être rentrée, barra la porte et la barricada.