À la vie à la mort
Chapitre 6
Une trousse de maquillage, de la taille d'un petit sac à main, rouge avec de petites fleurs blanches, d'un plastique brillant. Ce n'était pas un accessoire qu'on voyait souvent à la main de la jeune femme aux yeux verts qui se déplaçait entre deux cours. Si ce n'était que sa défunte mère l'avait aimé, elle l'aurait jeté il y a longtemps, l'objet n'était ni des plus beaux ni des plus utiles.
En plus de cette trousse, Makoto portait d'épais collants noirs sous sa jupe, des gants de coton, un masque épais d'un maquillage un rien de moins maladroit que le jour précédent et une touche de parfum aux fleurs à l'arôme lourd qui aurait gagné à plus de modération. Son pas lourd et sans entrain la menait vers une salle de bain du premier qui, vu son éloignement de la plupart des classes et son odeur peu subtile, était généralement déserte. Garder une apparence acceptable demandait de plus en plus de travail.
Elle retoucha le contour des yeux où le fond de teint avait été affecté par toutes les gouttes qu'elle mettait dans ses yeux pour les garder humides, et dut doucement frotter ceux-ci avec un cotton-tige mouillé pour déraciner une plaque de moisissure blanche qui avait profité de la moiteur. Elle refit le plein de sa bouteille d'eau et en but une petite gorgée, pas plus pour ne pas alimenter le puits de puanteur que devenait son estomac. Son dernier repas y pourrissait, la gonflant de gaz sans doute atrocement douloureux pour qui sentait encore son corps.
Elle retira ses gants et inspecta ses doigts. Sa main blessée avait maigri, ses chairs se déshydratant vite, autrement ça n'avait pas trop changé. Ses bras de même, sauf pour les points blancs, qui avaient maintenant éclos en d'horribles petits vers grouillants. Elle cria presque de dégoût puis, sans vouloir regarder, imbiba un essuie tout d'alcool et frotta vigoureusement. La plupart des vers fut délogée ou empoisonnée par l'alcool, mais elle savait que les plus précoces étaient déjà loin sous sa peau, faisant un festin de sa chair attendrie par la putréfaction.
Elle abaissa ses manches, remit ses gants et rangea la panoplie de bouteilles qu'elle avait tirées de sa trousse. Sans lever les yeux du sol où elle les avait fixés, elle sortit et se dirigea vers la classe, pour ne pas être en retard.
Vendredi étant jour de réunion pour les guerrières, Makoto se fit violence pour se rendre à leur point de rendez-vous habituel. Tenant à cacher le mal qui la rongeait, elle avait agi comme elle l'aurait normalement fait et préparé les gâteaux qu'elle devait à Usagi avant l'école, ainsi qu'un plat de fondant au chocolat pour Minako, dont ce serait l'anniversaire dans quelques jours.
Ses présents atteignirent leur but, de réjouir leur destinataire, mais elle n'était pas aveugle, pas encore du moins, se forcer à sourire et entretenir ses amitiés n'avait trompé personne. Ainsi, quand elles se séparèrent, Usagi la retint par l'épaule et s'invita à la raccompagner pour, ce que Makoto désirait le moins, discuter.
« Tu as déjà eu meilleure mine, Mako-chan.
- Je suis encore un peu fatiguée, mentit-elle, j'ai été malade cette semaine. Je ne suis pas complètement guérie, je dois même porter des gants parce que le truc sur ma peau est contagieux.
- Heu… je ferais mieux de ne pas toucher mes petits gâteaux ?
- J'ai cuisiné avec les mains dans des sacs de plastique. Tu me prends pour une empoisonneuse ?
- Écoute, je m'inquiète pour toi, tu t'es vu l'allure ? Tu as maigri, et tu caches le moindre centimètre de ta peau, qu'est-ce qu'il y a à cacher ?
- Rien, rien que ce que tu as déjà vu. Cette éruption, tu la montrerais en public, toi ?
- Je… suppose que non. Mais moi, j'irais chez le docteur sur le champ !
- Comment crois-tu que j'ai su que c'était contagieux ? Ce n'est pas très grave.
- J'ai l'impression que… tu penses que c'est à cause de… samedi dernier ? Ami ne veut pas que je te le dise pour ne pas t'inquiéter, mais… tu n'as pas la moindre parcelle d'énergie, aucune réserve ! C'est la mienne que tu utilises, je ne sais pas comment par contre… Peut-être que tu es tombée malade parce que ce n'est pas assez, ou que mon énergie n'a pas la bonne vibration pour toi.
- Ou bien je suis un mort-vivant. Je me sentirais peut-être mieux si je errais dans la ville en mangeant le cerveau des gens… hmm… ouais… ce n'est pas toi qui va m'aider pour ça…
- Est-ce que l'humanité entière conspire pour se moquer de moi ?
- Oh non ! Tu as découvert notre plan ! »
Sur ces mots elle lui tourna le dos et fuit. Usagi fronça les sourcils. Makoto avait volontairement tourné la conversation en ridicule avant de partir, s'assurant ainsi qu'elle n'insisterait pas. Elle s'inquiétait déjà, et ça, n'était-ce pas une preuve qu'elle avait raison ? Bien, elle détournerait sa sortie de demain avec Mamoru pour passer chez Makoto, elle avait l'impression que, si elle y allait seule, elle se ferait fermer la porte au nez. Son amie avait quelque chose à cacher, cette maladie semblait bien plus sinistre qu'elle l'admettait.