À la vie à la mort
Chapitre 5
Six points de suture et une prescription d'antibiotiques, comme Ami l'avait prédit, tout ce qu'il fallut pour traiter sa blessure. Elle avait eu tout son temps pour travailler sur son ordinateur et tirer des conclusions dans la salle d'attente, et il y avait plusieurs choses qu'Usagi voudrait savoir.
Elle lui montrerait tout le lendemain, car ce soir il était très tard, à l'école sans doute, une si petite attaque ne justifiait pas qu'on la ferme. Des informations sur l'ennemi… et sur leur propre groupe.
D'abord, les ennemis n'étaient faits que d'énergie. Envoyés comme attaque par une entité quelconque, ils prenaient forme en pénétrant dans le monde réel, et vu la grossièreté des attaques, leur maître ne devant pas être très expérimenté ou alors c'était un sous-doué, leur corps et leur esprit étaient faibles et imprécis. Elle avait déduit qu'il ciblait les guerrières, mais sans les reconnaître vu l'agressivité aveugle des bêtes. Ces dernières étaient toutes mâles, l'entité devait être de nature Yin, en théorie celles-ci ne devraient pas être maléfiques, mais en pratique celui qui avait émis cette règle était un idiot de première.
Il n'y avait pas de logique quant à la fréquence des attaques, mais elle était en rapport avec la quantité d'ennemis, plus elle tardait, plus il y en avait. Cette proportion fléchissait dernièrement, l'entité faiblissait. Elle était assez stupide pour s'épuiser et se vaincre elle-même ?
Puis il y avait Makoto. Elle avait atténué la chose devant elle, mais l'état de son énergie était tout ce qu'il y a de plus alarmant. Non seulement son niveau excessivement bas, il provenait directement de Sailor Moon, sans qu'elle n'ait aucune réserve, à chacun de ses mouvements elle empruntait sa force à Usagi. Ça ne ferait aucun tort, ou si peu, à cette dernière, mais Makoto serait-elle dépendante à jamais ? En un sens, c'était comme si elle n'avait pas vraiment été ressuscitée.
Makoto se déshabilla devant le miroir. Bien que depuis peu elle ne sente plus la douleur, elle avait senti la chair se déchirer lorsqu'elle donnait ou recevait un coup assez puissant. Son corps était horrible à voir. La plus grande partie de sa peau avait abandonné sa coloration grise pour une pâleur de mort. Sa blessure, entre ses côtes, s'était élargie alors que la chair l'entourant en se déshydratant se rétractait. Tout autours elle était dure et sèche, momifiée. Un liquide jaune teinté de rouge s'en écoulait continuellement.
Malgré le maquillage, on voyait ses joues creuses, ses yeux enfoncés dans son crâne, elle avait perdu beaucoup de poids alors que son corps perdait son eau. Son front était marqué d'une blessure en étoile, un coup qu'elle avait reçu, qui malgré sa profondeur n'avait pas saigné. Ses jointures s'étaient fendues de la même manière. Les écorchures du dernier combat n'avaient pas commencé à guérir, mais séchaient comme l'autre, et une vague odeur en émanait. De petits points blancs étaient incrustés dans celle de son bras.
Elle gardait constamment une bouteille d'eau avec elle, parce que sa bouche était si sèche que sans humecter sa langue et sa gorge de temps en temps elle avait du mal à parler clairement, en plus d'avoir un mauvais goût persistant dans la bouche. Ce qui n'avait pas empêché ses lèvres de se raidir et de se fendre au point qu'elles soient maintenant complètement à vif. Il lui fallait aussi souvent des gouttes pour les yeux, sinon eux aussi tendaient à sécher et elle perdait la vue, en plus de lui donner une désagréable sensation de frottement… comme en ce moment même du côté droit.
Elle s'approcha du miroir et eut un mouvement de dégoût. Ce qui la gênait était un bout de conjonctive sans doute déchiré par un grain de sable et les mouvements de son œil, et lentement pelé par le frottement, qui pendait contre sa paupière. Elle le coupa délicatement entre deux ongles et le jeta dans le drain avec un frisson de dégoût.
Elle se doutait, au fond d'elle, de ce qui se passait dans son corps, mais elle ne voulait pas le savoir. Elle n'allait pas voir le médecin pour cette raison, elle avait peur que la vérité soit pire que l'ignorance. Elle se lava, appliqua de l'alcool sur ses plaies et se mit au lit, sans espérer ni dormir ni veiller vraiment, juste attendre le matin. Elle irait à l'école, peut-être lundi aussi, mardi qui sait, mercredi, mais si sa peur était fondée, sa mascarade ne durerait pas toujours.