À la vie à la mort
Chapitre 3
Mercredi matin Usagi partit en avance pour l'école. Ses yeux se fermaient seuls, elle n'avait pas bien dormi. Vers trois heures du matin, un cauchemar l'avait arrachée au sommeil. Elle revoyait la mort de Makoto, et cet horrible silence qui ne voulait pas sortir de sa tête. Et comme c'était vraiment arrivé, le cadavre s'animait soudainement, sans que ne se brise ce silence.
« Tu m'as abandonnée ! Tu m'as laissé mourir ! »
Elle avait voulu s'expliquer, se justifier, mais les autres s'y mettaient : « On ne peut pas compter sur elle !
- Elle va nous abandonner, nous aussi !
- Elle est égoïste, cruelle, elle va nous sacrifier comme elle a sacrifié Makoto !
- Elle n'est pas digne du nom de guerrière, elle ne sait pas faire sa tâche !
- Assassin ! Traîtresse ! Lâcheuse ! Égoïste !
- Si elle n'était pas arrivée en retard rien ne serait arrivé ! »
Tandis qu'elle battait en retraite devant leurs accusations, une flamme avait entouré Makoto, dévorant sa chair, et le corps qui se désagrégeait à vue d'œil s'avançait en tendant ses bras squelettiques vers elle : « Tu m'as laissé mourir ! »
Elle ignorait ce qui se serait ensuite passé dans son rêve si elle ne s'était pas réveillée, mais elle doutait que ce fut agréable. Puis elle ne s'était pas rendormie, tenue éveillée par l'inquiétude, la culpabilité et la crainte de faire d'autres cauchemars. Et tant qu'à être réveillée, elle préféra se lever tôt pour aller à l'école.
En chemin, elle rencontra Ami, qui marchait lentement, le nez dans un livre. Celle-ci leva la tête, la salua et replongea dans la lecture, tandis qu'elle ajustait son pas pour suivre le sien.. Bientôt elles arrivèrent dans la cour de l'école, et constatant qu'Usagi n'avait pas ouvert la bouche, Ami déplaça son signet et ferma le livre.
« Tu te sens encore mal au sujet de l'incident de dimanche ?
- Pas toi ?
- Je te mentirais en disant que non. Mais on a d'autres soucis, on ne sait toujours rien au sujet des ennemis, ils peuvent attaquer n'importe quand et semblent aimer Juuban.
- Tu as raison, je vous protégerai mieux en éliminant les ennemis aussi vite que possible !
- Il n'y a pas que nous Usagi, souviens-toi que ta mission est avant tout de protéger les humains. On a nos pouvoirs, pas les mortels.
- Nous sommes mortelles ! Ce n'est pas juste, pourquoi ce ne sont pas des durs comme à la télé qui protègent le monde ?
- Parce que ces gens là n'existent pas. Tu vois de quoi je parle ? À t'écouter il faudrait abandonner le combat pour ne pas être blessées. Il ne faut pas penser à ça, il ne faut pas se laisser avoir peur !
- Tu es cruelle, Ami ! »
Usagi laissa là son amie et disparut entre les groupes d'élèves qui commençaient à se former. Durant tout le premier cours, elle eut hâte au second, c'était un cours de rattrapage donc ses amies ne le prenaient pas, elle n'aurait donc pas à prendre de notes. Elle aurait tout de même préféré pas de cours du tout, et son souhait fut exaucé : peu avant le début, son communicateur sonna. C'était Rei : « Des ennemis sont dans mon école, j'en ai compté cinq mais il y en a plus. Faites vite, il y a déjà des blessés. »
L'enseignante, remarquant la sonnerie, interpella Usagi : « Pas de pagette et pas de cellulaire dans ma classe, devrais-je confisquer cet appareil, mademoiselle Tsukino ? »
Usagi ne répondit même pas et courut hors de la classe, puis hors de l'école. Le trajet vers l'école de Rei ne lui était pas très familier, mais elle ne se perdit pas et elle arriva en même temps que Minako, Ami tardant quelque peu. Déjà de l'extérieur des signes d'agitation étaient visibles.
Loin de se prétendre connaisseuse en matière d'écoles catholiques, elle avait fort à parier que ce n'était pas tous les jours qu'une bonne sœur traversait une fenêtre du deuxième étage suivie d'une pluie d'éclats de verre et d'une espèce de loup-garou bipède à la gueule pleine de crocs. Les deux guerrières se transformèrent et d'une seule attaque de sa tiare, Sailor Moon détruisit l'imprudente créature.
Puis elles entrèrent. Tout était sans dessus dessous. Une horde d'élèves terrifiés couraient vers la sortie et elles durent se plaquer contre le mur pour ne pas être piétinées. Plus loin, une jeune fille inconsciente était étendue au milieu du chemin. Souhaitant qu'elle y soit tombée après le passage des fuyards, elle la repoussa hors du passage. Plusieurs des vitres des portes étaient cassées, la peinture des murs était soit arrachée d'un coup de griffes, soit noircie de fumée. Des tessons et des morceaux de plâtre jonchaient le sol au travers de matériel scolaire et d'occasionnelles gouttes de sang.
Le responsable de ce désordre se promenait au bout du couloir et il est inutile de dire qu'il fut ravi de voir arriver deux nouvelles victimes, manquant l'intelligence de réaliser qu'il était en fait celui en danger. C'était une bête mi-homme mi-lion, n'ayant en fait d'un homme que le bas du corps. Sa crinière couleur de feu se mouvait d'elle-même comme si elle avait été de cet élément, et sa queue comme un fouet évoquait un câble chauffé à blanc. Son visage avait ce disgracieux air maléfique de tous les ennemis actuels. Tout en approchant, il ouvrit la gueule, découvrant ses crocs, et cracha un jet de flammes qui balaya le sol devant lui.
Usagi étouffa un gémissement de frayeur, mais Minako ne se laissa pas impressionner. Elle se plaça devant Moon et hurla : « Meteor Shower ! » La bête fut transpercée par les dizaines de rayons lumineux, au point d'être taillée en pièces, qui disparurent avant de toucher le sol. Moon l'attrapa par l'épaule et tira violemment, la forçant à se retourner, puis la saisit par le collet : « NE TE METS JAMAIS DEVANT MOI !
- Voyons Usagi…
- C'est dangereux ! Je te défends de faire ça !
- Tu avais figé, si je n'avais rien fait il t'aurait…
- S'il te plaît, dit-elle plus doucement avec des pleurs dans la voix, ne prends pas de risques pour moi ! »
Minako lui mit la main sur l'épaule et allait sans doute dire quelque chose quand la réalité se fit entendre : Un coup à faire trembler les murs précéda un fracas de verre et un hurlement suraigu. Leur petite scène ruinée, elles n'insistèrent pas et suivirent le son. Elles ne furent aucunement surprises de trouver au bout de leur chemin un autre monstre.
Un torse d'homme aux bras musclés terminait un corps de serpent, qui s'enroulait autour d'une nonne et l'étouffait lentement. Usagi n'hésita pas cette fois et lança sa tiare. Sa tête arrachée, les guerrières s'attendirent à le voir disparaître, mais il continua sa mortelle tâche tandis qu'une autre tête lui poussait, celle d'un serpent cette fois. Tandis qu'elle grossissait, le poitrail d'homme s'enfla, puis se déchira comme un cocon et tomba en deux moitiés au sol, laissant les deux jeunes files faire face à un monstrueux serpent de vingt mètres. Il serra la nonne, laissant entendre un craquement d'os, et jeta son corps immobile par terre. Puis il fonça vers elles, la bouche ouverte exposant des crocs empoisonnés.
Vénus attaqua à son tour, sans s'exposer cette fois, et tandis que l'ennemi évitait habilement chacun des traits de lumière, Moon activait son sceptre et fut prête à lui donner le coup de grâce avant qu'il ait l'occasion d'attaquer. Lui mort, elle s'assura que la sœur vivait et soupira. « c'est moi ou ils deviennent plus forts ?
- Celui-là était plus fort, ça ne veut rien dire. Tu as remarqué qu'il n'y a pas eu un seul ennemi femelle ?
- Tu crois qu'on devrait les frapper sous la ceinture ? »
Vénus secoua la tête avec découragement, puis elles poursuivirent leur avance dans les couloirs ravagés. Retrouver Mars aiderait sans aucun doute, elle devait en savoir plus sur la logique de cette attaque, mais cette école était grande et pleine de dédales.
Après avoir rencontré deux autres ennemis, une sorte de sanglier géant qui était si bête qu'il chargea dans un mur et se défonça lui-même le crâne et un ridicule nabot à la tête de souris qui, grand comme la main et trop occupé à fuir pour représenter une menace, eut droit à leur clémence, elles arrivèrent à un corridor aux murs complètement carbonisés qui sentait la fumée. Soit leur prochain ennemi serait un dragon, soit Mars était passée par là.
Des sections de mur étaient intactes, mais il y avait assez de traces de feu pour facilement suivre leur chemin. Strictement aucun monstre ne s'y trouvait, laissant croire que c'était bien là l'œuvre de leur alliée. Non, pas tout à fait, elles virent bien un ennemi, dans une classe, mais il ne mérita pas non plus leur attention : une sirène mâle rampait faiblement, ses branchies s'ouvrant vainement sur son cou. Les monstres étaient vraiment envoyés au hasard, en tout cas Moon n'y voyait aucune logique.
Au bout d'un moment, elles virent une forme noire traverser rapidement un couloir plus loin devant et partirent à sa suite. Arrivée à portée de tir, Vénus commença son attaque et s'interrompit après deux syllabes. Ce qu'elle avait un instant pris pour un monstre était en fait Sailor Mars, rendue méconnaissable par les batailles. Elle n'était pas défigurée, mais tant de fumée avait été dégagée de ses attaques que la suie avait entièrement noirci sa peau et son costume.
« Mars ! appela Moon. Tout va bien ?
- Oui ! J'ai nettoyé l'aile C, avec la quantité de monstres qu'il y avait il ne doit plus trop en rester !
- On en a tué quatre et deux autres ont filé. Tu comprends quelque chose à cette attaque ?
- Ils sont apparus aux alentours de la classe, certains dans la classe, mais ils attaquent n'importe qui et n'importe comment, ils se sont dispersés. Il n'y a rien à comprendre, l'ennemi a du temps à perdre !
- Je crois qu'on ferait mieux d'aider les gens à évacuer plutôt que juste se battre, les monstres qui restent, les balles des policiers et des militaires s'en chargeront. Mais s'il reste des élèves ici ils sont en danger !
- D'accord, je vous guide ! »
Réfugiés dans des locaux divers, c'était parfois des classes entières qui attendaient en craignant le pire. Escortant des groupes d'adolescentes et d'enseignantes terrifiées, elles rencontrèrent bien quelques monstres, mais le pire était passé et elles sortirent une soixantaine de personnes du péril. Puis les autorités se montrèrent et les guerrières s'éclipsèrent.
« Je devrais y retourner, dit Rei après un moment.
- Quoi ! cria Usagi.
- Pas dans l'école, dans la cour. Ils vont recenser les élèves pour voir s'il y en a toujours à l'intérieur, je ferais mieux d'être là.
- Ah, d'accord.
- Ami n'est pas là ? Elle qui est si vigilante d'habitude…
- Oh non ! Je ne l'ai pas attendue, elle doit être allée là toute seule ! Elle est peut-être blessée, peut-être morte ! Il faut aller la sauver ! Je…
- Usagi, l'interrompit Minako, si c'est le bon horaire que j'ai Ami était en éducation physique quand Rei a appelé, elle ne devait pas avoir sa montre-communicateur avec elle.
- Mais si elle était partie après le cours, en recevant le message ?
- Tu t'inquiètes trop. Minako fit une pause puis ajouta : Usagi, tu devrais aller voir un psychologue, tu vas te faire du mal à te sentir coupable comme ça. »
Usagi nia se sentir coupable, c'était purement et simplement de l'inquiétude, insistait-elle, mais ne dit rien d'autre avant de repartir vers son école.