À la vie à la mort

Chapitre 2

Usagi était comme de coutume déjà en retard et pour ne rien arranger, sa mère l'arrêta sur le chemin de la porte : « Téléphone Usagi, fais ça vite ou tu vas être en retard.
- Je suis déjà en retard maman. Moshi moshi ?
- Usagi, fit une voix étranglée, c'est Mako.
- Ça n'a pas l'air d'aller, qu'est-ce que tu as ?
- Rien, répondit-elle avec une difficulté évidente, un rhume. On a les mêmes cours aujourd'hui, tu peux me dire ce que je manque après ?
- Bien sûr Mako-chan ! Tu es sûre que ce n'est rien ? On dirait que tu parles avec une patate dans la bouche.
- Merci Usagi. »
Makoto ne dit rien d'autre mais la ligne ne fut coupée qu'un long moment plus tard. Usagi partit pour l'école et un vrai miracle se produisit : elle écouta vraiment en classe et prit sérieusement des notes. Par amitié elle faisait bien des choses qu'elle négligeait par devoir. Sur l'heure du midi, elle rejoignit Ami au local d'informatique où elle mangeait d'une main et travaillait de l'autre. Voilà pourquoi il y avait tant de miettes dans les claviers, pensa-t-elle.
« Ami ? Je te dérange ?
- Mais non voyons ! Tu as un problème ?
- Oui, je m'inquiète pour Makoto.
- On a tous eu peur de la perdre hier, je crois qu'on va tous s'inquiéter un bon bout de temps, c'est normal.
- Quand on est parties hier, elle était tellement pâle, et ce matin elle m'a appelée parce qu'elle ne pouvait pas venir à l'école. Si tu avais entendu sa voix au téléphone, on aurait dit que parler exigeait un effort surhumain.
- On va lui faire une visite surprise ce soir, s'assurer qu'elle va bien. Sinon on la traînera de force à l'hôpital, d'accord ? »
Usagi hocha la tête, sans pouvoir chasser cette espèce de peur qui ne la lâchait pas. Ce désespoir qu'elle avait ressenti en écoutant le silence de la mort la hantait, elle y pensait sans arrêt. Bien sûr qu'elle avait peur pour Makoto ! La plus forte du groupe, une guerrière mystique dotée de puissants pouvoirs… vaincue par une simple flèche, les Sailors n'étaient guère plus que des mortelles, plus fragiles encore vu les grands danger qu'elles affrontaient. Bien sûr qu'elle sentait son groupe effroyablement vulnérable ! Elle pourrait perdre une de ses amies n'importe quand, cette fois pour de bon !
Alors qu'elle regardait Ami se remettre au travail, elle sentit les larmes lui venir aux yeux. Ami était tout le contraire de Makoto, toute délicate, timide et silencieuse. Elle avait l'air si fragile ! Et elle était mortelle ! MORTELLE ! Elle devait les protéger toutes, elle avait échoué il y avait moins de vingt-quatre heures de ça. Comment espérait-elle protéger la Terre si elle laissait mourir ses amies ?
Elle était souvent vue en train de pleurer, mais cette fois elle avait honte, honte de son échec, et elle courut se cacher dans les toilettes. De toute la journée, elle ne toucha même pas son dîner.


Mamoru, après le collège, attendait Usagi devant son école, elle sortait généralement de retenue à l'heure où il arrivait, et il ne la manqua pas cette journée non plus. Car il arrivait qu'elle ne soit pas gardée après la classe, ou qu'elle le soit plus ou moins longtemps. Mais cette fois elle faillit passer devant lui sans le voir. Accompagnée d'Ami, elle marchait rapidement et sans flâner. Son air sérieux semblait sérieusement déplacé sur son visage, elle qui était toujours si insouciante. Quelque chose n'allait pas.
« Usako, l'interpella-t-il, Usako, tout va bien ?
- Mamo-chan ! Tu veux venir avec nous s'il te plaît ? Je me sens toute triste.
- Mais qu'est-ce qui se passe, odango ?
- Je n'ai pas réussi à protéger mes amies, avoua-t-elle tête baissée, Makoto a été tuée. Le cristal d'argent l'a sauvée, mais j'ai tellement peur de la perdre encore. Ou une des autres. Ou toi, Mamoru !
- Usagi, tu devrais te réjouir de l'avoir sauvée ! Tu es une bonne guerrière et je sais que nous sommes en sécurité avec toi !
- Non ! Me faire confiance a assez fait souffrir !
- Usako, tout ira bien, tu verras. »
Ils frappèrent à la porte de l'appartement. Il n'y eut pas de réponse, mais la jeune femme étant généralement confiante elle oubliait souvent le verrou, ils entrèrent donc quand même. Sur la table basse du salon, les tasses vides et l'assiète de biscuits de la veille n'avaient pas été rangés. Laisser traîner ses choses n'était pas digne de Makoto pourtant, même malade.
Usagi appela, puis avança davantage dans l'appartement, suivie des autres. Les vêtements ensanglantés étaient toujours sur le plancher de la salle de bain. La porte de la chambre était ouverte, elle entra. Makoto était sous le drap, l'oreiller sur la tête et un bras sur l'oreiller, sur le côté. Son pantalon était sur le sol, mais elle n'avait pas enlevé son gilet, froissé par la nuit.
À son approche, la main se crispa, agrippant la taie, et s'abaissa en emportant l'oreiller. Derrière, Ami et Mamoru entraient. Makoto avait les cheveux défaits, on ne la voyait pas souvent ainsi, ça ne lui allait pas si mal, et fixait un de ses grands yeux verts sur l'intruse, l'autre caché par le drap. « Encore là pour mes fleurs, je suppose ? »
Usagi ne comprit pas tout de suite, puis se souvint du jour précédent et sourit. « Idiote, on est venus pour toi ! » La brunette déplia une jambe et roula sur le dos, ses mains ne bougeant absolument pas par rapport à son corps, comme si elle avait été un mannequin de bois. Sur sa joue droite, sur laquelle elle avait été appuyée, une large marque blanche s'étendait de la tempe à la mâchoire. « Makoto ! s'écria-t-elle, Ta figure ! »
Ami s'approcha et regarda de plus près. La marque était vraiment très pâle, tout juste un peu jaunâtre, et floue. Si elle se souvenait bien, les problèmes de pigmentations avaient généralement un contour net et n'apparaissaient pas du jour au lendemain. « Je n'ai jamais entendu parler de rien de tel, commença-t-elle, mais bien sûr, il y a un gros paquet de choses que je ne sais pas encore sur la médecine. Tout ce que je peux dire, c'est qu'on ne voit pas ça tous les jours.
- Quoi ? fit Makoto, Qu'est-ce que c'est ? Mamoru, il y a un miroir dans le tiroir du haut à côté de toi, donne-le-moi. »
Le jeune homme s'exécuta et elle en saisit le manche, l'inclinant vers son visage. « Oh, ce n'est que ça ? À vous entendre on dirait qu'il me manque la moitié de la face ! » Elle tendit le miroir et Mamoru le reprit.
« Ma mère acceptera sans doute de te voir si je lui demande, proposa Ami, c'est un bon médecin.
- Non merci, j'ai déjà un rendez-vous.
- Gratuitement.
- J'ai une assurance, qu'est-ce que tu pensais ?
- Parlant d'assurance, s'inséra Usagi, tu as relu ton contrat d'assurance-vie ? Si les mots sont assez larges tu peux peut-être réclamer ta prime !
- Je crois que la résurrection n'est pas couverte. Et puis c'est toi qui toucherait la prime.
- Moi ?
- L'assurance-vie venait avec le reste et je n'ai pas de famille.
- Heu, je crois que j'en ai manqué un bout, dit Mamoru. Makoto, ton bras ne fatigue pas ? »
Makoto regarda et constata que malgré qu'elle l'air laissé retomber, son bras avait gardé la pose et était toujours dressé au-dessus d'elle. Elle l'abaissa. « J'ai des crampes comme ça depuis hier, c'est pour ça que je ne vais pas à l'école, ce n'est pas très grave, ça ne fait même pas mal, c'est juste embêtant.
- C'est quand ton rendez-vous ? demanda Usagi.
- Mercredi.
- C'est deux jours ! Tu ne vas pas mourir d'ici là ?
- Ah non ! Une fois par semaine c'est assez ! »
Ils repartirent à peu près une demi-heure plus tard, Mamoru réalisant qu'on ne lui avait pas cédé assez d'informations pour bien comprendre ce qui se passait. Usagi n'était que vaguement rassurée, d'accord Makoto s'en tirerait, mais son état n'était pas brillant. Elle espérait bien qu'elle guérisse vite, et pas seulement parce qu'elle devait porter attention en classe pour prendre des notes pour elle.

Chapitre 3