À la vie à la mort
Chapitre 10
Après plusieurs minutes à voyager dans l'espace à la vitesse de la lumière, un message parvint à la géante gazeuse à la surface tourmentée. Jupiter recevait les prières de sa gardienne et lui accorda la puissance qu'elle demandait. Pour un certain temps, elle pourrait à nouveau se transformer et aurait un peu plus de force que d'ordinaire dans chacune de ses attaques.
Par le temps que mit sa planète à réagir et la réponse à revenir, Makoto avait conclu qu'elle priait en vain, aussi s'était-elle recouchée, pleine de pensées haineuses et de projets de vengeance. Elle aurait dû chasser cette mouche qui avait pondu sur son œil, comme prévu les larves l'avaient mangé, non que ça la dérange vraiment, mais s'il lui fallait combattre Sailor Moon pour mourir elle pouvait avoir besoin de voir. Tant pis. Ces choses là venaient par paire, il lui restait toujours un œil.
Elle n'y pensait pas quand l'énergie arriva dans une lueur verte faible mais prolongée entourant son outil de transformation. Elle ne pensait qu'au nombre de fois qu'elle planterait son meilleur couteau dans le ventre d'Usagi. Au départ elle ne voulait que se libérer, mais la colère prenait le dessus, elle ressentait un plaisir pervers à s'imaginer dépeçant celle qui il n'y avait pas si longtemps était sa meilleure amie.
Par la fenêtre toujours ouverte, une petite volée de trois corbeaux entra, attirée par l'odeur de la mort. Elle tolérait les mouches, mais ça c'était trop, elle les chassa à grand cris et ferma le moustiquaire malgré l'entrave qu'il opposait peut-être au vent. Elle fit le tour de l'appartement, vérifia la porte grossièrement réparée puis, en retournant vers le lit où elle avait laissées à elles-mêmes en se levant quelques dizaines d'horribles bestioles, elle vit la lumière entourant son bâton.
Tiens, il semblait qu'elle sortirait ce soir…
De mauvaise humeur, Usagi marchait de long en large dans sa chambre, mangeant pour se forcer au calme un gros biscuit au chocolat que sa mère avait fait. Elle voulait faire quelque chose, mais quoi ? Comment trouver quoi ? Elle n'avait pas la connaissance ni l'intelligence d'Ami et strictement aucun pouvoir psychique. Avec beaucoup de patience peut-être pourrait-elle convaincre Makoto que la mort n'était pas la solution, mais ça ne lui révélerait pas la dite solution. Elle n'avait pas la puissance et ne saurait pas comment procéder, l'eut-elle possédée.
Elle aurait eu besoin de l'aide des autres, mais non, elles voulaient tuer Makoto ! Si c'était ça des amies, elle s'en passerait ! Elle n'avait toujours pas trouvé la solution, elle avait depuis longtemps fini l'assiette de biscuits, Luna s'était depuis longtemps endormis quand sa mère passa la tête par la porte, les cheveux en bataille et une expression mi surprise mi fatiguée sur le visage.
« Usagi, dit-elle d'une vois pâteuse, il est passé minuit, tu pourrais arrêter de taper du talon comme ça ? Couche-toi, tu n'as pas d'allure !
- Maman, il y a un truc qui me préoccupe, je peux te poser une question ?
- Si ça peut bien t'aider à dormir…
- Si j'avais un cancer en phase terminale et que je vivais seulement avec des machines, et que je pourrais vivre peut-être des années à être terriblement malade sans espoir de guérison, et que je te supplierais de me débrancher, tu le ferais ?
- Je… c'est une question difficile que tu me poses là… Si c'était moi, je voudrais mourir au plus vite, mais tu es mon enfant, je ne pourrais pas te tuer, je n'en serais pas capable. Ce n'est pas joyeux comme question, pourquoi tu penses à des choses comme ça ? Tu n'es pas malade, j'espère ?
- Non… je me demande ce qu'on doit faire au nom de l'amour. Qu'est-ce qui est bien ? Tuer ou laisser souffrir ? Je sais que je ne voudrais pas souffrir, est-ce que je devrais penser la même chose pour une autre personne ?
- Je crois que la bonne chose à faire serait tuer cette personne. Mais moi, je ne le ferais pas, surtout si c'est quelqu'un que j'aime. Tu en as des questions toi ! Mais pour en revenir à ma question, tu pourrais te mettre au lit ?
- Heu… oui maman. Merci. »
Elle se déshabilla et enfila son pyjama, mais ne se mit pas au lit. D'abord parce qu'elle n'avait pas plus sommeil que tout à l'heure, puis parce qu'une fenêtre venait d'être cassée à l'étage inférieur. Par un réflexe qu'elle avait développé à force d'être guerrière, elle courut vers le danger, pour ne rien trouver sauf la maison obscure et un carreau fracassé.
La grande fenêtre du salon, ce serait cher à remplacer ! Enfin, ce n'était pas son problème immédiat. Si un voleur était entré, elle devait l'arrêter et pour se faire, elle devait être Sailor Moon. Se cachant, au cas où sa mère rôderait toujours, elle se transforma et entreprit d'allumer les lumières pour ne pas laisser le bandit la surprendre, et aussi parce qu'elle avait un peu peur du noir.
Rien en vue, c'était le pire. Elle inspecta le salon, si elle trouvait une pierre ou quoi que ce soit, cet acte serait celui d'un vandale, elle n'aurait pas trop à craindre. Mais non, et pire que tout, des traces de pas boueuses prouvaient que quelqu'un était passé. L'intrus s'était essuyé les pieds quelques pas plus loin, si bien que ses empreintes ne trahiraient pas sa position.
Moon supposa qu'il n'était pas non plus dans le salon. Elle, plutôt, les empreintes étroites faisaient plutôt penser à une chaussure pour femme, une grande femme à en juger par la longueur. Elle sortit et, allumant dans la cuisine, ce qu'elle vit d'abord fut une flaque de sang. Alarmée, elle contourna la table et vit ce qu'elle craignait le plus de voir. Sa mère était accroupie dans un coin, les mains sur le visage et les bras tout couverts de sang.
Elle réprima l'envie de crier « Maman ! » et l'appela plutôt « Madame Tsukino ! » La pauvre femme écarta les doigts, laissant paraître un grand œil terrifié, cria et poussa le sol des talons comme pour s'enfoncer dans le mur. « Pitié, ne me faites pas de mal, ne touchez pas à ma famille ! Prenez tout ce que vous voulez mais par pitié…
- Madame Tsukino, tout va bien, je ne suis pas celle qui vous a attaquée. Je suis Sailor Moon, je suis là pour vous aider. Je vais arrêter le bandit qui a fait ça, il faut seulement que vous restiez calme. Vous restez ici et je vais m'assurer que votre famille est en sécurité ! »
Ikuko, se laissant convaincre, retira les mains de son visage ensanglanté. La blessure ne semblait pas très sérieuse, une coupure moyennement profonde du front à la joue, manquant l'œil de peu mais le manquant tout de même. Elle garderait peut-être une cicatrice, mais sûrement pas. Elle hocha la tête en tremblant, puis cria en pointant la justicière du doigt.
Par un quelconque miracle, celle-ci comprit immédiatement et se retourna d'un mouvement, permettant de justesse à un long couteau bien affûté de terminer la courbe circulaire qu'il avait amorcée dans l'air, plutôt qu'être arrêté sans grâce par le contact de la garde contre la base de sa nuque, la lame souillée de sang et d'humeurs. Quoique celle-ci n'était déjà pas de la plus grande propreté, un motif complexe de gouttelettes rouges en embrumait le tranchant, provenant sans doute des veines de sa mère.
La femme qui tenait le couteau n'était nulle autre que Jupiter. Elle avait bien menacé de revenir la tuer, mais Moon n'aurait jamais cru qu'elle passerait à l'acte ! Elle saisit le bras armé, mais la mort n'avait pas affaibli son adversaire. Au contraire, sans la douleur et la fatigue, rien ne limitait sa force et la colère faisait d'elle un ennemi sans merci.
Jupiter parvint à tourner le poignet malgré les deux mains le retenant, et une fois son arme ainsi pointée sur le ventre de Moon elle força en cette direction. Moon résistait, mais quand le second bras se joignit au premier elle dut changer de technique, se contenter de se défendre ne la sauverait pas.
Un bon coup de tête au visage aurait normalement dû avoir un effet assez marqué, mais deux dents arrachées de leurs racines n'importaient guère à qui ne pouvait souffrir. c'était en vain, il n'y avait aucun moyen de se battre contre ce cadavre animé plus fort que soi au départ. L'énergie du désespoir lui achèterait bien une minute, mais c'était un miracle qu'il lui fallait !
Il n'en fallut pas tant. Ikuko savait sa famille en danger, cette folle n'était pas venue l'attaquer pour repartir comme ça ! C'était de la légitime défense, se répétait-elle en s'emparant d'un couteau à viande attendant sur le comptoir d'être lavé avec d'autres pièces de vaisselle. Sailor Moon ne devait pas perdre, ou elle et ceux qu'elle aimait seraient sans défense ! Si ce n'était de cette pensée, elle aurait hésité indéfiniment.
Mais elle se décida et plongea la lame dans l'épaule de la grande femme. c'était plus difficile que percer un rôti, mais de peu. S'attendant à la voir se retourner, car elle savait bien que la blessure qu'elle lui avait infligée n'était pas mortelle, elle recula, gardant le couteau qui étrangement n'était pas souillé de sang. Devant l'absence de réaction, elle l'enfonça encore et encore dans le dos qui se présentait à elle, puis réalisa que c'était inutile et s'attaqua à un des bras menaçant d'une mort atroce la jeune fille qui avait voulu la défendre.
La femme ne saignait pas ni ne semblait souffrir, elle ne devait pas être humaine, elle ne se détournait pas de Sailor Moon pour se défendre d'elle, elle en doutait de pouvoir agir. Mais après deux passages de la lame sur l'avant-bras ganté, quelque chose céda et le couteau qu'il tenait tomba. Elle s'éloigna vers la porte, prête à fuir.
Moon eut du mal à en croire ses yeux alors que si près d'en finir avec elle Jupiter échappait son couteau et la lâchait, tentant vainement de faire jouer sa main soudainement paralysée. Le bout des doigts bougeait mais le poing refusait de se fermer, à chaque tentative c'étaient les bouts des muscles sectionnés dépassant d'une entaille faite dans son bras qui se rétractaient dans la plaie.
Jupiter se pencha pour reprendre au plus vite son arme, mais Moon fut plus rapide et l'envoya hors de sa portée. Jupiter en fit peu de cas, la poignarder n'était que sa première idée, elle en avait plein d'autres : « Sparkling Wide Pressure ! »
La cible ne reçut pas toute la puissance de l'attaque mais fut tout de même touchée. Le choc l'envoya contre le mur où elle tomba, à moitié sonnée. Jupiter avança sur elle, l'antenne de sa tiare émettant de modestes éclairs, témoignant qu'elle était prête à attaquer à nouveau. Plus le choix, il n'y avait vraiment plus le choix. « Moon Tiara Action ! »
Elle avait visé bas, toujours déterminée à ne pas la tuer. Mais de sa position la précision était un luxe. La tiare l'atteignit à la hanche gauche, ne laissant que quelques lambeaux de chair pour rattacher sa jambe à son corps. Elle tomba et renonça enfin, forcée à fuir en rampant.
Moon s'attarda près de sa mère, sous prétexte de s'assurer qu'elle allait bien, en fait pour donner de l'avance à Jupiter, puis elle courut soi disant à sa poursuite et redevint Usagi. Elle ne voulait surtout pas tuer Makoto, il valait mieux la laisser rentrer chez elle, elle n'attaquerait plus dans cet état !
Quand Usagi rentra, sa mère se jeta littéralement sur elle : « Mais qu'est-ce que tu faisais dehors ?
- J'ai entendu la vitre se casser, je suis allée voir.
- Mais c'est dangereux, qu'est-ce qui a bien pu te passer par la tête ?
- Je m'excuse… maman, qu'est-ce que tu as sur la figure ?
- Quoi ? Oh, une coupure. Une folle est entrée, et tu ne le croiras pas, Sailor Moon s'en est mêlée, bien.. toute une histoire bizarre. Je ne sais pas si je devrais appeler la police ou non.
- Peut-être, pour la vitre en tout cas, mais si tu racontes tout ça va être difficile à expliquer.
- Je vais appeler, j'ai tout mon temps. Toi va te coucher, tu as de l'école demain. »