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a lune éclairait plutôt fort cette nuit, si fort que le départ d'un nuage l'obscurcissant suffit à réveiller le jeune Kage, six ans, qui rêvait d'aventures spatiales et de guerres intergalactiques en compagnie des héros qu'il rencontrait chaque jour sur le petit écran. Déçu de retrouver une fois de plus la réalité, il tenta de se rendormir, mais une sensation oppressante au bas du ventre l'en empêcha.
Il soupira d'agacement, se leva et sortit de sa chambre. Il n'alluma pas la lumière de la salle de bain, il ne voulait pas avoir mal aux yeux et la lune brillait assez pour l'éclairer tant qu'il gardait la porte ouverte, baissa le rebord de son pantalon de pyjama et urina une minute entière, pas moins

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il pourrait le jurer.
Un carré de papier hygiénique pour la petite goutte qui ne voulait pas tomber, un autre pour celle qui l'était mais pas à sa place, puis il retourna à sa chambre, sans faire partir l'eau parce que la nuit, ça réveille tout le monde.
Il allait sagement se recoucher quand il remarqua une ombre sur le mur qui n'était pas là d'habitude. Il se figea, ces peurs dont on savait qu'elles ne signifiaient rien étaient bien les pires. Les voleurs, on savait que la police les arrêtait, son père était policier et il lui avait expliqué que les méchants s'en tiraient rarement, ce n'était pas comme à la télévision mais c'était rassurant de savoir que la police faisait bien son travail. Les animaux, comme le gros chien de son oncle qui l'avait déjà mordu et qui lui faisait toujours peur, ça ne rentrait pas dans la maison. Les monstres, les

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fantômes, chaque fois qu'on se disait « ça n'existe pas », la réponse était: « Alors qu'est-ce qu'il y a sous le lit ? » C'était idiot mais comme ça.
Pour se prouver que l'ombre n'était qu'une ombre, il marcha vers elle, et faillit hurler en découvrant qu'il avait tort; cette forme qui se prenait pour un homme en était bien un ! Il ne dit rien, son papa avait déjà dit que les méchants dangereux, il ne falait pas les faire fâcher, et il trouvait que c'était une excellente idée.
L'homme recula légèrement et alluma la lumière sans même avoir à chercher l'interrupteur. Kage fut ébloui un moment mais ses yeux s'habituaient vite. L'étranger n'avait pas l'air très méchant, si ce n'était de son manteau long comme celui des gangsters dans les films qui faisait un peu suspect. Il était même assez beau pour un homme de son âge, pas

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encore très vieux, mais plus que son père.
Il n'avait pas de cheveux et était assez maigre, avec quelques petites rides, et il était surtout très grand, avec des yeux très noirs, un teint un peu foncé et une toute petite barbe noire elle aussi.
« Ton nom est bien Kage, petit ? demanda-t-il.
- Heu… oui… Qui êtes-vous ?
- Je suis le capitaine Hikari, des services secrets intergalactiques, en mission pour empêcher l'invasion de la planète Terre par les insectoïdes de la planète Néphidia, une race perfide déterminée à dominer l'univers. Désolé de t'avoir fait peur, je sais que tu n'es pas encore prêt, mais une expédition primordiale doit être menée à bien dans les plus brefs délais et aucun de nos agents n'en sera capable.
- Quoi ?

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- Je sais que tu as du mal à me croire, mais je peux tout t'expliquer. »
L'homme enleva son grand manteau. Sous celui-ci, il portait une combinaison assez ajustée mais non moulante de couleur bleue trop foncée pour être criarde mais assez claire tout de même, qui ne laissait que deviner sa musculature fine mais puissante. Aux coutures, un ourlet de tissus cuivré devait couvrir des tubes ou des fils à en juger par la manière dont ils étaient tous reliés à une boîte couverte de voyants et de boutons sur sa poitrine. De la même couleur, sa ceinture comprenait plusieurs compartiments comme celle de Batman, dont un contenant une arme, un modèle inconnu d'un métal vert, qui ne comportait pas de canon mais une sorte d'électrode conique assez petite par rapport à la crosse, qui soit contenait le circuit assurément compliqué faisant

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fonctionner le tout, soit n'avait cette taille que pour mieux être tenue.
Un sigle était tracé au centre de la boîte sur sa poitrine. Un ovale noir bordé de jaune et au centre, deux courbes réunies en un point central, représentant la spirale double d'une galaxie.
« Je sais que ce n'est pas une preuve, dit-il en désignant son badge, et que tu dois avoir du mal à y croire, alors je t'invite au quartier général, si tu me fais assez confiance pour ça.
- Vous pouvez nous téléporter ?
- Non, les Néphidiens nous détecteraient, il ne faut surtout pas qu'ils découvrent nos bases. Le meilleur moyen de voyager incognito à la surface de cette planète est encore le taxi.
- Et… ce serait… pour quoi faire ? La mission, je veux dire…

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- C'est très dur pour un agent aussi jeune, aussi je comprends si tu refuses. Un cryo-incubateur a été découvert dans Tokyo. C'est une incroyable menace, des millions d'œufs y sont gardés en stase, en quelques heures des centaines de guerriers peuvent être produits, il est impératif de détruire cet incubateur avant toute autre tentative. Nous avons trouvé un chemin menant aux contrôles en ne rencontrant qu'un garde, malheureusement il passe par un conduit trop étroit pour nos agents, voilà pourquoi il nous faut quelqu'un de petit.
- D'accord. Je viens.
- Nous te prêterons un uniforme, bien sûr, mais pour la route, tu ferais peut-être mieux de mettre autre chose qu'un pyjama. »
Le capitaine tourna le dos et Kage en profita pour suivre son

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conseil et enfiler un jeans et un chandail. Il le suivit ensuite en silence à l'extérieux, où un taxi les attendait déjà. L'homme paya le taxi une fois arrivé et désigna un grand édifice gris qui avait toutes les allures d'un bloc appartement: « Voici la base. Les locaux sont disposés en damier entre les appartements, où il y a des gens qui n'ont aucune idée de l'existence de la base. Comme ça la bâtisse a tout à fait l'apparence d'un complexe d'appartements normal. Nous allons à l'approvisionnement, au sous-sol, pour t'équiper. »
Kage le suivit jusque dans ce qui de l'extérieur ressemblait à un appartement ordinaire, mais qui n'en avait rien. Une odeur désagréable mais supportable de métal, d'huile et de renfermé montait d'un coin encombré de bidons, détail, du lot, le moins impressionnant. Un râtelier couvrant un mur entier

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supportait des centaines d'armes de dizaines de modèles différents. Des étalages supportaient des uniformes semblables à celui du capitaine Hikari, des combinaisons spatiales et d'autres dont l'utilité était inconnue, des rangées de bonbonnes plus ou moins grosses, des fioles de substances diverses, des appareils sophistiqués et mystérieux. De quoi occuper la curiosité d'un jeune garçon des années durant.
L'homme chercha un moment et extirpa de la rangée d'uniformes un contre supportant un habit bourgogne, d'une coupe semblable à celle du sien.
« Comme je le pensais, il n'y en a pas à ta taille. On ne croyait pas avoir à recruter un agent aussi jeune, d'habitude on les laisse finir leurs études secondaires, au moins. Ne mets que la veste, elle ne te gênera pas. C'est un tissu spécial qui résiste à tous les produits chimiques, ça te

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servira. Les Néphidiens crachent du venin mais puisqu'ils ne comprennent pas l'anatomie humaine ils visent le centre du corps. Il ne tue pas, ce n'est pas la fin du monde si tu en reçois, mais ça fait plus mal que mettre la main sur un fer rouge. Si tu en reçois sur ta veste, enlève-la avant de ressortir, en rampant dans les conduits tu t'en mettrais plein les jambes, et ton jeans ne te protégera pas. »
Kage enfila la veste mais Hikari l'arrêta avant qu'il puisse attacher la fermeture. Il prit deux petites bonbonnes argentées et les glissa dans une poche intérieure prévue à cet effet, puis le laissa finir de s'habiller. Il lui tendit ensuite des gants et des couvre-chaussures sensés aussi le protéger, puis le trouva enfin prêt à faire un tour du côté de l'arsenal.
«  Le modèle à la crosse cuivrée, là, c'est un paralyseur, expliqua-t-il. Le préféré des agents contre des ennemis

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humanoïdes. À puissance maximale, il peut tuer, mais il est sans effet sur les Néphidiens, leur cerveau est trop différent du nôtre. Il en existe un, celui avec deux électrodes blanches, qui est sensé les affecter, mais c'est expérimental, je ne te ferai pas risquer ta vie avec ça. Ce qui va le mieux, c'est encore le bon vieux désintégrateur atomique… »
Il prit une arme semblable à la sienne et la lui présenta. La forme générale faisait penser à un revolver, toute la technologie du monde n'enlevait pas sa fonction première à la crosse, soit être tenue, la forme ne variait donc que peu, la détente était fixée sous un renflement qui devait contenir la source d'énergie, et l'électrode ressemblait à un court canon.
« Celui-là est calibré pour réduire les atomes de carbone en plasma, c'est tout indiqué pour la matière organique. Je vais tout t'expliquer ce que tu as besoin de savoir en route… »

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Le cryo-incubateur était camouflé sous le couvert d'un temple Shintô. Mais même de l'extérieur, on pouvait sentir les fuites de l'atmosphère fétide que respiraient les extraterrestres. Hikari le guida vers son entrée improvisée, et il s'y engouffra après une dernière hésitation. La Terre était en jeu, il ne pouvait se permettre d'avoir peur. Comme prévu, il rencontra une trappe au bout de quelques mètres et appuya sur un bouton cousu à son uniforme avant de l'ouvrir. Il fallait activer le système dispensateur d'oxygène car l'air, à l'intérieur, n'en contenait pas. Ce conduit étroit était plutôt court, la trappe s'ouvrant vers le haut débouchait sur un couloir. À en juger par la distance des murs et du toit, les Néphidiens n'étaient pas très grands, mais très larges.

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Il avança jusqu'à une porte au bout du couloir, c'était celle qu'il devait franchir. Le garde serait derrière, il en était sûr. Il la fit coulisser, son arme toute prête à la main.
La chose était là. Ce qui ressemblait à un monstrueux crabe géant, aux mandibules énormes et dentelées terminées par des pinces servant aussi de mains, avec une énorme gueule ornée de deux courts tentacules gustatifs partageant leur base avec de longues antennes segmentées qui se croisaient mollement au-dessus de la tête et les redoutables tubes à venin. Son exosquelette noir et brun luisait d'une substance visqueuse et quatre yeux dépassaient de sa tête, deux fixes et deux montés sur des antennes.
Elle n'avait pas d'arme mais n'en avait pas besoin, il ne pouvait se permettre d'hésiter, en une seconde il pouvait être aspergé de venin des pieds à la tête et pendant qu'il se tordrait

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de douleur, être découpé en rondelles par ces redoutables pinces. Il brandit son arme et tira. Le Néphidien émit un crissement horrible mais ne tomba pas, au contraire il se leva sur ses huit pattes, prêt à charger. Un énorme trou carbonisé interrompait sa crête ventrale, dégoulinant d'un sang jaune et d'entrailles noires.
Plus hardi une fois la créature blessée, il entra complètement dans la pièce, sans toutefois prendre le temps d'en examiner les détails. Il tira à nouveau. Le grésillement de la décharge et le son de la chair explosant était répugnant, et le nuage d'oxygène que son habit émettait ne le protégeait pas de l'odeur impossible de la créature et de son sang qui brûlait.
Le deuxième coup l'atteignit près de l'emplacement du premier, transformant le trou en un huit un peu oblique. Le monstre s'effondra, mais ses pattes tentaient toujours de le

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faire avancer, et ses mandibules préhensiles se tendaient vers lui. Il approcha, tout juste hors de portée des pinces, visa entre les yeux fixes et tira. La blessure s'étendait jusqu'à la base des yeux mobiles, dont un se détacha. La sang gicla et il en reçut, mais Hikari avait précisé que ce n'était pas dangereux.
Il se rendit enfin aux contrôles et chercha un bon moment le bouton marqué du bon symbole, qu'il avait sur un papier, si longtemps qu'il eut à changer la bonbonne rendant son air respirable. Il appuya sur le bouton quinze secondes, comme Hikari le lui avait indiqué, afin d'augmenter le débit de liquide réfrigérant pour congeler et tuer les larves.
Il abandonna le papier ainsi que la bonbonne vide sur place, et ressortit par le même chemin qu'il avait pris pour entrer. Une fois à l'extérieur il débrancha la seconde bonbonne pour

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éviter de gaspiller son air. Il n'avait pas refermé sa veste qu'un craquement se faisait entendre derrière lui. Alarmé, il courut une cinquantaine de mètres avant d'oser regarder derrière lui, laissant tomber en chemin la bouteille. Rien ne le poursuivait, c'était son imagination. Le capitaine Hikari le rejoignit.
« Tu as été très courageux, agent Kage, félicitations. Grâce à toi, nous pourrons attaquer les postes néphidiens sans crainte de représailles.
- J'ai échappé la bonbonne qui n'était pas vide, est-ce que je vais la chercher ?
- Inutile. De plus, mieux vaut ne pas s'attarder ici, l'ennemi peut découvrir l'intrusion à tout moment, à deux on ne peut pas tous les affronter. Ne te sens pas mal pour avoir eu peur, c'est ce qu'il y a le plus normal la première fois, tu as

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fait du très bon travail. »

Le matin suivant, Kage se réveilla tout habillé. Il n'avait pas oublié sa nuit mouvementée mais prétendit le contraire lorsque sa mère lui demanda pourquoi il semblait aussi fatigué. Le diable récompense ses alliés, et Kage fut bien récompensé. Longtemps persuadé que des bonnes notes feraient de lui un véritable agent des services secrets intergalactiques, il prit l'habitude d'étudier sérieusement, et la garda longtemps après avoir oublié sa raison, ce qui en fit un excellent élève et lui une carrière pleine de succès et une vie heureuse.
Le père de Kage remarqua, peu après e départ de son fils pour l'école, que son arme de service était tachée de carbone alors qu'il n'avait pas tiré. Il en conclut qu'il avait dû

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oublier de la nettoyer après sa dernière séance de tir, puisqu'aucune cartouche ne manquait.
Le grand-père de Rei, réveillé par trois coups de feu, parcourut rapidement la maison et le temple. Il allait conclure que ça venait de dehors quand il remarqua quelques empreintes de pas sanglantes, provenant de la chambre de sa petite fille. Il entra, alluma et hurla. Rei gisait, immobile, dans une énorme flaque de sang. Paniqué, il appela la police, croyant bien que son cœur le lâcherait avant qu'on lui réponde.
Hino Rei fut transportée à l'hôpital où on parvint à la sauver. Hélas, une des balles avait pénétré son crâne de biais par le front et ressorti juste avant la tempe, une trajectoire courte et superficielle, cependant suffisante pour creuser un léger sillon dans son cerveau, dont on ne pouvait

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prévoir les conséquences. Par chance ces balles étaient conçues pour blesser et non tuer, même la blessure de sortie était relativement nette et étroite.
La police découvrit sur les lieux du crime deux bouteilles de bière vides couvertes d'empreintes digitales graisseuses, une dans la chambre de la jeune femme, l'autre à l'extérieur, une facture de pizzeria où se lisait le poème suivant:
« Rei Hino est une grosse pute,
Qui a peur d'user son cul,
La dernière fois je l'ai pas eue,
La prochaine fois je la bute. »
et des traces de pas ensanglantées, où ne se discernaient pas de motif particulier. C'était excellent. La facture était récente, la pizzeria aurait toujours le reçu et avec, l'adresse de la livraison. Le monstre qui avait fait cela serait vite

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derrière les barreaux.














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uand Usagi s'éveilla, elle eut un moment de panique. N'était-elle pas sensée dormir chez Rei ? Où était-elle ? Puis elle reconnut sa propre chambre. Oui, après avoir anxieusement regardé Rei méditer plusieurs heures durant, elle était repartie. Son amie était épuisée après un tel effort mental mais voulait la veiller, Usagi avait donc conclu que le seul moyen de lui permettre de dormir était d'être ailleurs.
Elle s'était attendu à une nuit blanche, après son dernier cauchemar elle l'aurait même souhaitée, mais quelques instants elle avait fermé les yeux et le sommeil avait profité de son inattention pour l'emporter. Elle n'avait même pas rêvé ! Elle se leva et retira sa chemise de nuit, puis s'empara de sous-vêtements propres et de vêtements pour l'école. À

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son niveau, il n'y avait plus d'uniformes, c'était pratique.
Elle avait déjà enfilé ses sous-vêtements et sa jupe quand elle sentit une présence derrière elle. Elle n'eut pas le temps de se retourner qu'une main la saisissait par la taille et qu'une autre pressait son sein. Par miracle, elle ne cria pas. Elle donna un coup de tête vers l'arrière, et les mains perdirent leur prise. Elle se retourna enfin... « Maman ? »
La femme avait été désorientée par le coup et sa lèvre saignait, mais elle reprit vite ses esprits : « Qu'est-ce qu'il y a Usagi ? Tu n'aimes pas ta maman ? Tu ne veux pas de mon amour... maternel ?
- Je te reconnais ! Tu n'es pas ma mère ! C'est encore un rêve, je suppose ? Comme hier ?
- Mais non ma chérie, tu es bien éveillée, et c'est bien le corps de ta mère, ne fais pas la difficile. Je posséderais

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n'importe qui pour te posséder, belle déesse...
- Je ne désirerais pas ma mère, pas plus que toi, violeur dégoûtant ! Laisse-moi tranquille sinon...
- Sinon tu détruis ce joli corps ? Tue ta mère, si ça te chante, mais ça ne m'atteindra pas. Je n'emprunte son corps que temporairement, rassure-toi.
- Mais qu'est-ce que tu me veux ?
- Moi ? Toi voyons... Mais mon maître veut...
- ...Vénus, je le sais déjà. Il ne l'aura pas, au cas où la mémoire lui ferait défaut.
- Je me doute qu'il la veut toujours, mais ce n'était pas à ce sujet. Ta chère maman voulait enregistrer ses téléromans, mais la cassette vierge est restée sur le bras du divan, quel dommage. Mon maître Lucifer y a gravé son message, les informations de ce soir. Si tu veux, tu peux montrer ça à

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quelques journaux à sensations, la cassette qui prédit l'avenir, il y a de l'argent à faire avec ça... Maintenant que j'ai transmis mon message, revenons-en à nos moutons...
- Non ! Tu ne comprends donc pas quand on te dit que tu n'es pas le bienvenu ?
- Personne ne m'a repoussé aussi longtemps, guerrière, je te désire plus que jamais !
- Va-t-en !
- Soit. Mais sache que je saurai tôt ou tard briser ta résistance, tu me suivras et tu connaîtras pour l'éternité des plaisirs toujours plus abjects, ta jouissance n'aura pas de fin. Cède tôt, tu t'en féliciteras. »
Ayant conclu, il la regarda avidement un instant, puis tituba comme s'il avait reçu un objet lourd derrière la tête. « Usagi ? Qu'est-ce que je fais dans ta chambre ? Pourquoi

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tu es à moitié nue ? »
Usagi hésita, puis décida que ce devait vraiment être sa mère qui lui parlait. « Tu... voulais m'avertir que j'allais être en retard et tu as oublié de cogner. Ce n'est pas grave, remarque.
- Ah... ah oui, vite, tu vas être en retard !
- Le collège commence un peu plus tard, tu te souviens ? Je n'ai pas à courir.
- Bien, mais fais attention de ne pas le devenir, en retard...
- Non non maman. »
Ikuko quitta la pièce, toujours confuse, et elle put enfin terminer de s'habiller. Descendant à la cuisine, elle fut doublée par Shingo, qui courait pour arriver à temps, comme elle l'avait fait si longtemps. Elle fit un arrêt au salon où elle s'empara de la cassette vidéo oubliée sur le bras du

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divan, puis retourna déjeuner avant de partir pour l'école.
Durant sa première pause, elle se rendit à l'audiovisuel, demanda à utiliser un vidéo, ce qui s'obtenait aisément au collège, le brancha et y inséra la cassette.
Les images étaient on ne peut plus explicites. Mamoru, les menottes aux poignets et encadré de deux policiers, se dirigeait vers une voiture de police sans résister. D'après sa démarche il était totalement ivre. La présentatrice expliquait qu'il était accusé de tentative de meurtre, dont la victime ne serait nulle autre que Hino Rei, reposant dans un état stable au même hôpital où, Usagi le savait, Ami se trouvait. Elle les verrait toutes deux après la classe.
Bien sûr, elle n'écouta guère du reste du jour, mais en quoi cela importait-il ? Elle se savait en voie de perdre une guerre où elle laisserait dans doute la vie.


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En se rendant à l'hôpital le soir venu, elle repensa au contenu de l'enregistrement. Elle vérifierait bien sûr si les renseignements étaient authentiques, mais s'ils l'étaient, elle ne reparlerait à Mamoru que pour lui dire qu'il ne la reverrait plus jamais. Ces preuves ne pouvaient être ignorées. La télévision avait montré les pièces à conviction, la veste verte que Mamoru portait toujours tachée de sang, des bouteilles de bière vides couvertes de traces de doigts et une petite feuille carrée où un message était inscrit. Même en arrêtant l'image elle n'avait pu le lire, mais c'était définitivement son écriture.
Elle s'assit auprès du lit de sa dernière alliée, un peu plus tôt elle n'aurait pas pu le faire, ils venaient juste de la transférer depuis les soins intensifs. C'était horrible, ce qu'on lui avait fait. Un coup l'avait manquée, un second

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l'avait atteinte à la poitrine et un autre, pour la rachever, à la tête.
Personne ne savait si elle sortirait du coma. Comme Makoto. Et un peu comme Ami, si elle était paralysée à vie, ce n'était guère mieux. Elle resta longtemps là, à regarder sa meilleure amie respirer lentement. Elle était laide à voir. Son visage, là où la balle avait passé, était horriblement enflé et bleui, et du sang séché raidissait ses cheveux, enfin la partie qui n'avait pas été rasée. Elle tint sa main, molle et froide, jusqu'à sentir que si elle restait ne serait-ce qu'une minute de plus, elle éclaterait en sanglots. Elle partit.
Usagi fit route vers la chambre où elle avait déjà visité Ami deux ou trois fois. Elle rencontra en chemin la mère de celle-ci, qui fit demi-tour pour l'accompagner. Elle lui expliqua : « Ami ne va vraiment pas bien. Elle a essayé de se suicider,

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elle a vraiment besoin d'être accompagnée, elle est en train de devenir folle.
- Se suicider ? s'étonna Usagi, Mais comment ? Elle est... je veux dire, elle ne peut pas...
- Elle a mordu le tube du respirateur jusqu'à ce que le manque d'air lui fasse perdre connaissance. Maintenant ils lui ont fait une trachéotomie, mais l'empêcher de recommencer n'enlève pas sa douleur.
- Ils ont dit qu'il y aurait des tests pour savoir si elle guérirait, ça a été mauvais ?
- Non, on n'avait pas les résultats encore. En fait c'est encourageant. Quinze pour-cent de la section de sa moelle épinière a été irrémédiablement endommagée, et le reste a été comprimé, il s'est déjà vu des cas comme ça où la guérison a été complète.

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- Ah, c'est bon ! Elle le sait ?
- Oui, mais elle sait aussi que ça peut prendre des années. Elle sait aussi qu'elle peut ne jamais guérir du tout, elle étudie en médecine, elle sait beaucoup trop de choses pour son moral. »
En arrivant à la hauteur de la chambre, elles se turent. La mère d'Ami retourna près du lit qu'elle venait de quitter et Usagi se glissa de l'autre côté, évitant avec gêne les conduits des machines. Elle changea d'idée après une vaine lutte contre les fils et les tubes qui semblaient vouloir la forcer à s'emmêler avec, rebroussa chemin et se posta au côté de madame Mizuno.
Elle était embarrassée, ne sachant pas quoi dire. Son amie était parfaitement éveillée, elle la regardait, son visage montrait aussi bien ses sentiments que d'habitude, et ils

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n'étaient pas heureux, mais elle ne pouvait ni bouger ni parler. C'était plus dur à voir que Rei, qui au moins n'avait pas conscience de son état, et que Makoto, qui même si elle était devenue dépendante au point de ne plus pouvoir manger par elle-même ou aller à la toilette, ne semblait pas en souffrir.
« Salut Ami... J'ai appris que tu allais guérir, c'est ce que ta mère dit, c'est génial, non ? »
La jeune fille se contenta de la fixer sévèrement, puis forma quelques mots des lèvres. Usagi n'y comprit rien, mais Mme Mizuno eu l'obligeance de lui traduire : « Elle te dit de ne pas perdre ton temps, elle ne veut pas te revoir tant que tu n'auras pas fait ce que tu as à faire. Je ne sais pas de quoi elle parle, vous vous êtes disputées ? Ça a rapport avec ce qui lui est arrivé chez toi ?

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- Non... non, c'est quelque chose entre nous. Ami, quand ce sera fait tu seras la première à le savoir, mais en attendant, tu ne devrais pas être toujours toute seule ! »
Cette fois la réponse fut suffisamment courte pour qu'Usagi la comprenne. Deux syllabes, qui auraient été criées si le moindre son avait pu les accompagner, une vive colère se lisant sur ses traits. « Va-t-en ! »

Usagi sursauta malgré le silence, recula, puis fit demi-tour et partit malgré les protestations de la mère d'Ami. Elle devait absolument affronter ce démon, elle devait le vaincre ! Mais il était si fort... À moins que, comme Mars le disait, il n'ait que des illusions pour s'opposer à son pouvoir à elle, qui était réel. Si elle le revoyait, elle l'affronterait. Oui, elle était prête !

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uelques jours passèrent encore, et bientôt ce fut à nouveau vendredi. Ce démon qui semblait servir le premier, toutefois pas autant qu'il se servait lui-même, la harcelait plus que jamais, mais elle avait appris à se réveiller dès qu'il s'infiltrait dans ses rêves. Par conséquent, bien sûr, elle dormait peu, et elle se sentait prête à perdre la tête.
C'était l'heure du midi, et elle avait encore oublié son goûter. Avant, elle aurait pigé dans celui de Makoto, pensa-t-elle en laissant échapper un sanglot. Makoto ! Et Ami ! Minako... Ce maudit démon lui avait pris ce qu'elle avait de plus cher... et Mamoru qui allait être jugé pour tentative de meurtre... c'était aussi sa faute, elle savait bien

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que son Mamo-chan n'aurait pas commis un tel crime de lui-même, ne serait-ce que pour éviter ce surplus de travail.
À force de le rencontrer, elle avait appris des choses sur le démon, mais ce n'était pas toujours préférable. Elle aurait voulu ignorer qu'il pouvait la surveiller à tout moment. Quoique ça l'assurait que, advienne-t-il qu'elle veuille négocier, il l'entendrait. Et si elle changeait de stratégie ?
Rei avait dit que ce démon avait l'orgueil pour vice, elle pourrait en profiter, s'il était si arrogant, il ne refuserait pas un duel, elle pourrait y définir des conditions qui lui donneraient l'avantage. Oui ! Elle dévia de sa route pour une rue moins achalandée. Déserte serait l'idéal, mais il n'y en avait pas dans le coin.
Sans se soucier le moindrement du monde des passants, elle hurla : « Avoue que tu as peur de moi, Lucifer, avoue que tu

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as recours à ces illusions parce que tu es trop faible pour m'affronter ! Si tu n'es pas un lâche montre-toi et battons-nous ! »
Les trois personnes en vue sursautèrent, les gens anormaux qui criaient tous seuls n'étaient pas rares, mais tout de même assez minoritaires pour qu'une folle criant des menaces à l'intention de Lucifer surprenne. Le silence se fit, et Usagi commença à se sentir bête. Elle garda toutefois une main sur sa broche de transformation, au cas.
Elle frappa le sol avec dépit, puis retourna sur son chemin. Ça n'avait pas fonctionné. Elle aurait dû s'en douter, plutôt elle aurait dû en avoir la certitude, pourtant elle fut surprise de soudainement découvrir son champ de vision obstrué par le beige d'un imperméable à l'ancienne mode. C'était lui, juste sur son chemin, et d'après les réactions des personnes

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plus nombreuses sur cette route que sur celle qu'elle venait de quitter, si son image était une illusion elle n'était pas seule à être trompée.
« Tu tenais à m'affronter, Sérénité ? Pas d'illusions, pas de rêves, pas de manipulations, je serai aussi vrai que vrai. Je te laisse même le temps de te transformer. Satisfaite ?
- Pas encore, mais ça ne saurait tarder : Eternal Make Up !
- Félicitations, Sérénité, tout le monde pouvait voir ta chatte, obscène comme transformation, tu ne trouves pas ? Voilà, tu as mon être véritable devant les yeux, mon énergie et tout ce qui va avec. Ainsi je suis plus vulnérable, mais aussi plus puissant, à toi de choisir comment te battre.
- Silver Moon Crystal Power Kiss ! »
L'énergie de l'attaque dissipa le démon. Moon n'en croyait pas ses yeux. C'était si facile ? Les gens s'éloignaient en se

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prenant la tête, la force du démon était telle que sa seule présence avait suffi à leur donner des malaises, une fois le spectacle fini ils n'avaient pas particulièrement envie de rester. C'était commun.
Alors c'était tout ? D'une certaine façon il y avait une insatisfaction à cette victoire facile, voire de quoi s'inquiéter. La rue devenait de plus en plus déserte. Soudainement, le ciel s'obscurcit, aussi nettement qu'un interrupteur qu'on abaisse, et dans un grand éclair de ténèbres son ennemi réapparut. « Pour une déesse de ton ampleur, c'était plutôt puissant, bravo. Si je laissait paraître mes blessures sur ce corps que j'affiche, j'aurais quelques contusions. Remarque que c'est beaucoup, pauvre guerrière, tu n'as aucune idée de ma puissance. »
Il s'approcha d'un seul geste vif et assuré, se saisit de sa

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gorge d'une seule main, d'un mouvement doux qui ne trahissait pas de colère, et serra durement, sans cesser de la fixer dans les yeux de son regard noir d'abysse, à l'apparence sage, candide et bienveillante, une expression presque affectueuse sur le visage. Usagi tenta désespérément d'arracher la main de sa gorge, frappa au hasard le bras et le corps de son opposant, paniquant de plus en plus, en pouvant même pas hoqueter ou tousser tant la poigne l'étranglait habilement. Au moment où elle perdait conscience, elle se sentit tomber, et le choc du bitume et de sa tête la ramena à la réalité.
« Pauvre, pauvre petite déesse, tu n'es pas à ma taille. Je pourrais t'écraser entre deux doigts, je pourrais te téléporter au fond de l'océan ou dans la gorge d'un volcan, je pourrais te transformer en ver ou en brin d'herbe, ton pouvoir n'est

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véritablement rien. Qu'est-ce que tu as ? D'accord des milliers d'humains rêvent d'une déesse qui aurait leur visage, leur esprit humain, un héros, et c'est assez pour te donner existence et même une bonne force, mais as-tu de véritables fidèles ? Très peu ! Je te fais honneur en m'en prenant à ta petite bande. Je suis la divinité la plus puissante de cet univers, tout le monde croit en moi, je suis le mal, qui me nierait ? Même Chaos n'était qu'un démon mineur, tu ne peux pas te mesurer aux vraies puissances. Abandonne !
- Jamais ! »
Lucifer secoua la tête avec désolation, puis désigna du doigt, tour à tour, diverses fenêtres et vitrines bordant la rue, puis disparut. Moon n'eut pas le temps de faire un pas qu'une douleur atroce éclata dans sa tête alors que la pression

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menaçait de lui percer les tympans, et une seconde plus tard, toutes les vitres précédemment pointées explosèrent, leurs éclats acérés convergeant vers elle.
Lacérée de toutes parts, couverte de sang, Eternal Sailor Moon hurla, puis courut dans une fuite dans but, éclaboussant les trottoirs de gouttelettes rouges.

Après une course interminable, elle se retrouva dans un quartier familier, c'était celui où elle avait accompagné Naru après la mort de Néphrite. Si elle se souvenait bien elle pourrait y trouver de l'aide, ce prêtre qu'elle avait connu était de la même religion que le démon Lucifer.




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