Aurdalia

Par Ephy

" Un jour viendra, où la Lumière et les Ténèbres s’uniront pour combattre un ennemi commun, pour aimer des choses communes, et ce jour-là naîtra l’Aurdalia "
Partie I : la Naissance d’Aurdalia


  1. Histoire de la guerre du Soleil contre Hadès.
  2. ~~ 1 ~~

    Terre soupira. Un an déjà était passé depuis la bataille contre la garde des Echecs mais Soleil ne lui avait toujours pas fait signe. Elle se trouvait actuellement sur Terre, les autres guerriers étaient éparpillés un peu partout sur la planète. Leurs corps avaient maintenant seize ans mais avaient déjà pris l’apparence de vingt, car c’était l’âge auquel leur corps s’accordait au mieux avec leurs pouvoirs. Excepté elle-même, bien sûr, qui avait l’air d’avoir plutôt vingt-cinq, trente ans.
    Elle repensa à sa mission. Gaïa Terre était jadis une Donneuse de Vie d’Héra, mais la reine des dieux l’avait " offerte " à Soleil afin qu’elle l’aide à se réincarner. En effet, la déesse de la Lumière dépense déjà beaucoup d’énergie à faire renaître ses guerriers et elle n’a presque plus de force pour revenir elle-même à la vie. Alors, elle lance un appel à Terre qui l’aide avec les pouvoirs que lui a donné Héra. Mais je n’ai pas que ceux-là, pensa-t-elle en souriant.
    Soudain, elle le ressentit. L’appel. Le moment tant attendu était arrivé – bien que, vu d’une autre manière, cela annonçait aussi le prochain retour d’Hadès…
    Terre haussa les épaules, et s’envola vers l’astre de lumière.

    ***

    Améthyste ressentit une douce chaleur l’envahir et les rayons du soleil se firent caressants. Il sourit, sachant ce que cela signifiait. Il se tourna sur le dos et ouvrit les yeux. Le soleil était beau. Mais il n’était rien à côté de sa déesse. Le protecteur sentit que Soleil s’approchait de la Terre, et se leva enfin. Il s’épousseta d’un geste, et s’envola vers l’endroit où Soleil allait atterrir.
    Lorsqu’il arriva, les autres étaient déjà là à attendre.

    - Tu es le dernier, Améthy ! fit Vénus en riant.

    Améthyste soupira en entendant le surnom qu’elle lui avait trouvé. Améthy ! Et pourquoi pas Améthounet ? Cependant, il n’exprima pas sa pensée à voix haute : Vénus aurait été capable de le prendre au mot.

    Soudain, deux sphères se posèrent. Terre fit disparaître la sienne, et posa un genou au sol.

    - La déesse Soleil est de retour !

    Les autres guerriers s’agenouillèrent à leur tour. Seul Améthyste resta debout, selon son habitude. Soleil sortit de sa sphère éclatante, et sourit chaleureusement.

    - Mes chers guerriers… Merci pour tout ce que vous avez fait.

    Elle s’approcha d’abord de Rubis, et le fit se relever.

    - Je sais par quelles épreuves tu as dû passer, et je te remercie pour ce que tu as fait.

    <

    >Rubis s’inclina, et Soleil posa sa douce main sur la pierre du protecteur. Aussitôt, il fut entouré d’une lumière pure et son bras se reforma, tout comme ses autres blessures guérirent. Soleil passa ainsi en revue tous ses guerriers, les guérissant et les félicitant, et finit par s’arrêter devant le guerrier de Saturne qui se tenait toujours debout.

    - Améthyste…

    Il s’inclina. Les autres s’attendaient à ce que la déesse fasse comme pour eux, mais elle secoua la tête.

    - Tu as guéri tes blessures. Ce n’était pas trop difficile ?
    - Non, vous le savez.
    - … Tu sais que si je reviens…
    - Il vous suivra de près.
    - Tu n’es pas obligé de rester…

    A nouveau, Améthyste s’inclina et cela mit fin à leur discussion. Soleil soupira, puis se tourna vers les autres.

    - Allons au Palais Solaire.

    ***

    Il faisait chaud, comme toujours au Palais Solaire. Comme partout où se trouvait Soleil, se dit Améthyste. Il faisait bon, on se sentait envahi par un sentiment de sécurité, de bonheur… Chaud… Chaud… Coupant. Coupant et froid comme la glace. Le protecteur se redressa d’un coup. Le changement de sensation avait été si brusque qu’il mit un temps avant de reprendre ses esprits. Enfin il se leva, et frissonna. Cela ne pouvait dire qu’une chose… Sa paix était terminée. Il était revenu.

    ***

    Soleil se trouvait dans la salle principale, et elle discutait avec ses guerriers quand elle le ressentit. Elle s’arrêta en plein milieu d’une phrase et les autres la regardèrent.

    - Qu'y a-t-il, Soleil ? demanda Vénus. Tu te sens mal ?
    - Non, je vais bien… Saphir, va chercher Améthyste !

    Comprenant que c’était urgent, Saphir sortit en courant.

    - Mais qu'y a-t-il ?
    - Il est revenu…

    Les guerriers se regardèrent tristement. Hadès.

    ***

    Une fois hors d’entente des autres, Saphir cessa de courir pour marcher. De toute façon, il savait déjà ce qu’il trouverait dans la chambre du protecteur de Saturne. Ou plutôt ce qu’il ne trouverait pas. C’était toujours la même chose, à chaque fois qu’ils combattaient Hadès. Améthyste disparaissait, et ne reparaissait qu’une fois la bataille terminée. En général, cela ne durait pas trop longtemps, Hadès n’avait plus vraiment attaqué la Voie Lactée depuis la première fois, celle où Améthyste s’était joint à eux. Saphir haussa les épaules, et pressa un peu le pas.

    ***

    Saphir retourna dans le salon, et annonça la nouvelle à laquelle tous s’attendaient :
    - Améthyste est déjà parti.

    Soleil soupira. Il était parti, une fois encore.

    Les guerriers ne posèrent aucune question, il y avait longtemps maintenant qu’il avaient compris que leur déesse ne dirait rien à ce sujet. Sans doute était-ce lié à la mystérieuse identité d’Améthyste. Après quelques minutes de silence, Terre prit la parole :
    - Peut-être devrions-nous y aller ?
    - Ils attaquent déjà ? fit Vénus, surprise.
    - Oui, ils sont sur Terre.
    - Qui ? questionna Mars.
    - Le spectre qui dirige la première branche du pentacle, je crois… fit la déesse. Bon, allons-y inutile d’attendre qu’ils tuent des humains.
    - Ça m’étonnerait qu’il n’y ait pas déjà des morts… souffla Mercure.

    Et ils s’envolèrent.

    *** Petite parenthèse de l’auteur ***

    Bon, pour que vous compreniez mieux la composition de l’armée d’Hadès, j’ai décidé de faire un tableau :

    1e branche

    2e branche

    3e branche

    4e branche

    5e branche

    Spectres

    Cataclysme

    Maladie

    Peur

    Mort

    Ténèbres

    Fantômes

    - Tremblement

    - Folie

    - Angoisse

    - la Fileuse

    - Nuit

    - Eruption

    - Epidémie

    - Epouvante

    - la Destinée

    - Obscurité

    - Raz-de-marée

    - Virus

    - Panique

    - l’Inflexible

    - Noir

    Zombies

    Accidents

    Microbes

    Frayeurs

    Défunts

    Ombres

    Donc, l’armée est composée de cinq branches (les cinq branches du pentacle maléfique), chacune est dirigée par un Spectre. Chaque Spectre a sous ses ordres directs trois Fantômes, qui eux dirigent les Zombies. Les Spectres et les Fantômes sont fixes, et ce sont des vivants ressuscités en même temps qu’Hadès. Les Zombies eux sont des habitants vivants de l’Enfer.
    La Garde des Echecs, qui comprenait Reine, Chevalier, Fou, Tour et Pion est une armée à part qui ne sera pas ressuscitée.

    *** Fin de la parenthèse ***

    Les guerriers atterrirent.

    - C’est bel et bien l’œuvre de Disaster du Cataclysme, le spectre de la première branche du pentacle… murmura Soleil.

    Ils étaient en plein milieux d’un champ de bataille ; on aurait dit que les éléments s’étaient unis contre les humains. Des tornades, des tremblements de terre, des raz-de-marée… Au milieu de tout cela se trouvait un jeune homme aux longs cheveux d’un blond cendré. Son visage était fin et ses traits réguliers, et ses yeux étaient d’un bleu profond. Il était vêtu entièrement de noir, et portait une étoile à cinq branche sur son front. Ayant remarqué les intrus, il se dirigea vers eux et s’inclina.

    - Vous prenez plus de temps à chaque fois, déesse.
    - Et toi, tu es plus meurtrier à chaque fois, Cataclysme. Cesse tes fausses galanteries ! Mes guerriers vont te chasser de cette terre qui n’est pas tienne !
    - Le fait que je soit au service d’Hadès ne m’empêche pas d’être galant avec les belles déesses et les belles femmes… Mais puisque tel est votre désir, battons-nous ! A vous le premier coup.
    - On va pas se gêner ! dit Vénus. Spirale d’Ambre !

    L’attaque fonça vers le spectre qui ne fit même pas un mouvement pour éviter, et qui la regarda approcher, le sourire aux lèvres. La spirale s’abattit sur lui sans lui causer aucun dommage et son sourire s’accentua devant l’air éberlué des guerriers.

    - Vous pensiez vraiment que cette attaque qui n’avait même pas réussit à faire bouger Fou de la garde des Échecs pouvait me blesser ? Allons, un peu de sérieux, guerriers de la Lumière !

    Vénus serra les dents et Soleil soupira. Résignée, la déesse s’avança.

    - Comment déesse Soleil ? Ne me dites pas que vous allez vous battre !

    - Je ne peux risquer la vie de mes guerriers si je sais pouvoir triompher de mon adversaire seule.
    - Comment ?
    - Mais Soleil, intervint Cristal, tu n’es pas une guerrière ! Tu ne sais pas te battre, alors comment vas-tu faire ?
    - Ne t’en fait pas, Cristal, je possède la puissance de la Lumière !

    Cataclysme se mit à trembler, mais on peut lui rendre cette justice qu’il ne fit pas un geste de fuite. Soleil se concentra…

    - Lumière ! Essence de vie, symbole d’espoir ! Viens à moi et purifie ce lieu ! Purification de l’Aube !

    Elle tendit ses main vers le spectre, et une onde de lumière en sortit qui entoura Cataclysme. Celui-ci luttai de toute sa puissance des ténèbres, mais il fut bientôt submergé et finit par se dissoudre complètement.

    - Repose en paix jusqu’à ton prochain réveil, Disaster de Cataclysme. Nous nous reverrons sans doute.

    Les guerriers allaient s’en aller lorsqu’ils entendirent un rire cruel. Ils se retournèrent, et virent un homme aux cheveux rouges sang, qui les fixait. Il était habillé de noir, une cape rouge flottant dans son dos. Ses yeux étaient fous, et il portait sur son pourpoint le symbole du pentacle.

    - Vous partez déjà, guerriers ? Vous allez donc laisser vos chers humain se mourir lentement par la faute d’un virus incurable ?
    - Maladie…
    - Illness Maladie, spectre de la deuxième branche du pentacle, s’il vous plaît ! Soyons polis dans nos présentations ! Mais il est vrai que nous nous sommes déjà vus… N’est-ce pas ma chère Mercure ?

    La combattante frémit. Lors de leur dernier affrontement contre le spectre de la deuxième branche, il avait inséré un microbe inguérissable dans son corps et elle avait littéralement pourri de l’intérieur.

    - Vous avez bien facilement tué Disaster, honte à lui !
    - Tu ne vas pas tarder à avoir le même sort, Maladie ! Par la Lumière divine ! Purification de l’Aube !

    L’onde arriva jusqu’au spectre, mais elle le traversa sans s’arrêter et frappa le sol.

    - Tututu, déesse ! Je ne me laisserai pas faire aussi facilement ! Si vous analysez méticuleusement tout cela, vous comprendrez que tout n’est qu’illusion !

    Il claqua dans les mains et le décor changea : les guerriers se trouvaient à présent dans une verte prairie parsemée de fleurs odorantes aux couleurs merveilleuses. Maladie avait disparu. Soudain, ils se retrouvèrent à nouveau sur Terre mais autour d’eux se trouvaient non pas un mais une centaine d’images de Maladie !

    - Alors ? Vers lequel allez-vous diriger vos attaques ? questionnèrent en même temps toutes les images.
    - Je n’aime pas utiliser mes pouvoirs, fit tristement Soleil, mais tu ne m’en laisse pas le choix… Éclat du Soleil !

    L’énergie de la Lumière s’étendit, non pas en une onde mais dans toutes les directions, emplissant les moindres recoins. Les guerriers fermèrent les yeux afin de ne pas être aveuglés, et ils entendirent un hurlement horrible, dans lequel cohabitaient rage, peur et haine. La lumière décrut lentement, mais lorsqu’ils purent à nouveau voir autour d’eux il ne restait pas un grain de poussière du spectre.

    - Maintenant, retournons au Palais Solaire…

    *** Enfer ***

    - Comment ! Deux de mes spectres tués en une seule journée !
    - Oui, Seigneur…
    - Incapables ! Bon… Envoyez les trois fantômes de la cinquième branche.
    - Des fantômes, maître ?
    - Tu discute mes ordres ?
    - N… Non… Il sera fait selon votre désir.
    - Très bien.

    L’ombre raccrocha. Elle était bien contente de ne pas se trouver face au dieu, elle aurait passé un mauvais quart d’heure… Le zombie s’envola et alla transmettre les ordres.

    ***

    - Je ne suis pas rassurée…
    - Pourquoi donc s’inquiéter, Mars ? Soleil a vaincu facilement nos deux premiers adversaires et nos ennemis ne se sont pas montrés depuis.
    - C’est bien cela qui m’inquiète, expliqua la combattante du Quartz. Hadès ne nous avait pas habitué à ça.

    Soleil acquiesça.

    - Je suis d’accord avec Mars. De plus, j’ai l’impression qu’une ombre s’étend lentement sur la Terre.
    - J’ai ressenti cela aussi… fit Terre.
    - Une ombre ? Vous ne pouvez pas être plus claires ?
    - C’est une menace voilée, peu précise. Comme une maladie qui ronge lentement les gens sans qu’ils s’en aperçoivent. Tout va plus lentement, tout le monde est fatigué et triste. La nature elle-même semble se laisser aller.
    - Mais il faut réagir ! dit Mercure avec son habituelle fougue. Il faut aller sur Terre ! La prise de cette planète par nos ennemis signifie la perte de la Voie Lactée. Sans doute un adversaire que nous n’avons jamais combattu utilise ces techniques pour mener la Terre à sa perte sans que nous nous en rendions compte !
    - Tu as raison, acquiesça Mars. Peut-être est-ce le dernier des spectres, celui même que nous n’avons jamais combattu… Le spectre de la cinquième branche, Ténèbres !

    Soleil pâlit.

    - Non, ce n’est pas lui.
    - Pourquoi penses-tu cela ?
    - J’ai mes raisons. Mais l’idée de Vénus était bonne, rendons-nous sur Terre et tentons de préciser la nature de cette menace.

    Quelques secondes après que Soleil ait pris cette décision, les guerriers et la déesse atterrissaient sur Terre dans un petit village. L’ambiance était lugubre, il n’y avait aucun autre bruit que celui du vent. Ils avancèrent, sentant la menace de plus en plus fort. Enfin, Mercure ne tint plus et elle s’élança.

    - Montrez-vous ! Nous savons que vous êtes là, suppôts d’Hadès ! Montrez-vous si vous n’êtes pas des lâches !

    La réaction fut immédiate. Tout d’abord, l’ombre d’une maison bougea. Une main émergea du coin, puis une autre, et enfin un homme en sortit. Ses cheveux longs étaient d’un beau bleu sombre, et ses yeux étaient noirs. Il était vêtu entièrement de noir, et portait le symbole du pentacle.
    Ensuite, un nuage de fumée se forma au milieux de la place, et un autre homme en jaillit. Lui avait les cheveux argentés coupés courts, mais avait les mêmes yeux et les mêmes vêtements que le premier.
    Enfin, un coin du ciel sembla se détacher et prendre la forme d’un homme dont les cheveux noirs étaient attachés en queue dans son cou. Les trois hommes se regroupèrent et le premier prit la parole :
    - Nous ne nous laisserons pas insulter impunément ! Mon nom et Night de Nuit, premier Fantôme de la cinquième branche !
    - Je suis Obscurity d’Obscurité, second Fantôme au service de Ténèbres.
    - Et moi, on m’appelle Black de Noir, je suis le troisième des Fantômes et aussi celui qui aura l’honneur de vous porter le premier coup.

    Les guerriers se mirent en garde, et Black lança son attaque :
    - Au nom du ciel ! Par la couleur des Ténèbres !

    Aussitôt, le ciel s’obscurcit comme en pleine nuit et se laissa tomber sur les guerriers sans qu’ils puissent réagir ; seule Soleil eut le temps de dresser un bouclier de Lumière. Lorsque le poids du ciel s’enleva enfin, la plupart étaient gravement blessés. Saphir, Émeraude, Rubis et Cristal, qui avaient été protégés par le bouclier de la déesse, se relevèrent et firent face aux trois hommes. Ils allaient contre-attaquer quand le deuxième des Fantômes invoqua :
    - Au nom de l’air ! Par la nature des Ténèbres !

    Un nuage noir s’éleva, et s’abattit sur les quatre protecteurs. Il les entoura complètement, les empêchant de respirer et même de bouger. Heureusement, ils eurent la bonne idée de faire briller leurs pierres et la fumée se dissipa.

    - Tu perds la main, Obscurity, fit Night d’un air moqueur. Ils s’en sont tirés sans la moindre blessure.
    - Essaye donc de faire mieux !
    - Bien sûr que je vais faire mieux, je ne suis pas le premiers des Fantômes pour rien… Au nom de la terre ! Par le moment des Ténèbres !

    Ce fut au tour de la terre de devenir noire, et elle se referma sur les guerriers interloqués, broyant leurs os et leur infligeant de multiples blessures. Elle se rouvrit sur des guerriers tenant à peine debout, certains restèrent même à terre. Les trois Fantômes les regardaient d’un air triomphant quand Émeraude et Saphir attaquèrent en même temps.

    - Étoiles d’Urania !
    - Instant de Chronos !

    Obscurity ne put éviter tout à fait les attaques, et il tomba à genoux.

    - Vous allez nous le payer cher ! fit Night. Au nom des puissances de la terre et des Ténèbres ! TERNIT !

    Une dizaine de rayons noirs sortirent de différents endroits de la terre et virent frapper les deux protecteurs.

    - Avouez-vous vaincus ! lança le Fantôme de la Nuit. Vous n’êtes pas de taille et vous le savez.
    - C’est… ce que tu crois !
    - Pff… Allons donc, vous tenez à peine debout et vos attaques sont impuissantes !
    - Ce n’est pas l’avis de ton ami de l’Obscurité… fit remarquer Saphir.

    Enervé, Night lui envoya une sphère noire qui explosa au contact du protecteur. Saphir sombra dans l’inconscience, et Vénus ne put retenir un cri.

    - Vous ne perdez rien pour attendre !
    - Et comment comptes-tu t’y prendre ?

    Soleil joignit ses mains, et la pierre mauve qui terminait la chaîne qui pendait autour de sa taille se mit à briller.

    - Je t’en prie… Aide-nous… fit-elle d’une voix cassée.

    Les trois Fantômes ne virent pas ces gestes, trop occupés qu’il étaient à se moquer des guerriers. Enfin, Obscurity se prépara à donner le coup final.

    - Il est temps pour vous de mourir ! Au nom des Ténèbres de la cinquième branche et de l’air ! PAR A…

    Il ne termina jamais sa phrase. Sa tête vola à plusieurs mètres et roula jusqu’à rencontrer un mur.

    - On n’utilise pas le nom de la cinquième branche impunément…

    Les deux Fantômes se retournèrent, et les guerriers levèrent la tête… Un jeune homme se tenait là, droit, cheveux noirs court et vêtu de noir et de mauve. Un masque noir cachait son visage…

    - Améthyste !
    - Tu vas payer ! gronda Black.
    - Tu n’as pas changé, Black. Tu parles toujours trop vite.
    - Qui es-tu ?
    - Tu ne me reconnais plus, Fantôme du Noir ?

    Night et Black se figèrent.

    - Est-ce possible… ? Vous, Seigneur…
    - En personne !
    - C’est faux ! s’écria Night. Et je vais le prouver en brisant ce masque ! Au nom des Ténèbres de la cinquième branche et de la terre ! PAR TANARTZ !!

    Une dizaine de fils sortirent de la main du Fantôme et immobilisèrent Améthyste alors qu’un rayon noir touchait son masque. Améthyste ferma les yeux, puis les rouvrit. Le masque qui avait caché son visage pendant si longtemps s’était brisé en deux, et les deux parties tombèrent au sol avec un bruit mat. Les guerriers retinrent leur souffle ; c’était la première fois qu’ils voyaient le visage de leur ami. Il était fin, ses traits réguliers, et ses yeux d’un magnifique bleu. En le regardant sous un certain angle, les guerriers eurent l’impression qu’il leur rappelait quelque chose, quelque chose de très désagréable, mais sans savoir quoi. Contrairement à ce qu’avait dit Soleil, les combattantes et les protecteurs n’éprouvèrent aucun dégoût particulier en le regardant, sans doute grâce à leurs pouvoirs spéciaux. Les fils qui retenaient le protecteur de Saturne tombèrent au sol. Night et Black le regardèrent sans trop y croire, puis ils tombèrent tout deux sur un genoux, tremblants.

    - Je… Je vous présente mes excuses, Seigneur… Je ne savais pas…

    Améthyste sembla enfin se réveiller, et il fixa les deux Fantômes agenouillés devant lui d’un regard froid.

    - Ca va plutôt être à vous de payer ! Vous avez osé blesser Sa Divinité Soleil, et ça je ne vous le pardonnerai pas ! Et lorsque vous serez morts, j’enverrai les spectres vous rejoindre et je m’occuperai d’Hadès !

    Soudain, on entendit quelqu’un applaudir lentement.

    - Quel beau petit discourt…

    Tout le monde se retourna, pour voir deux hommes vêtus de noir et portant le symbole du pentacle. Le premier, qui frappait dans ses mains, était assez petit. Ses cheveux gris foncé flottaient au vent, et ses yeux noirs étaient froid, cruels et moqueurs. Son compagnon était très grand, avait des cheveux bruns en bataille et des yeux mauves.
    Améthyste serra les poings.

    - Mort et Peur… Spectres de la troisième et de la quatrième branche…
    - Mais tout le monde ici nous connaît ! repris le premier homme qui était Mort. Je me présente tout de même : Dead de Mort, spectre de la quatrième banche et bras droit de Sa Divinité Hadès !
    - Et moi, mon nom est Fear de Peur, spectre commandant à la troisième…
    - On sait, coupa Améthyste. Que faites-vous ici ?
    - Pour te remercier de ton beau discourt, Sa Divinité Hadès a décidé de te donner une chance de le voir se réaliser…
    - Comment !
    - Inclinez-vous, devant Hadès, Dieu de la Mort et des Enfers !

    Mort et Peur s’agenouillèrent. Un trou noir apparut à un mètre du sol, et s’agrandit lentement. Une main se posa sur le bord, et enfin Hadès apparut. Cheveux noirs de corbeau, lisses sur ses épaules ; un œil noir et l’autre bleu ; teint blafard ; visage fin et bien dessiné ; le dieu n’avait pas changé. Il était beau, et de lui se dégageait une aura magnétique malgré le fait qu’elle soit emplie de ténèbres. Il portait son éternel vêtement noir, cousu de fils d’argents, et la pierre sacrée des dieux ornait son front. La sienne était d’un gris foncé aux reflets bleutés.

    - Cela faisait longtemps, Soleil…

    La voix du dieu était aussi belle que son apparence, mais contrairement à celle de la déesse de la Lumière elle n’apportait ni chaleur ni réconfort.

    - J’aurai préféré que ce temps soit venu plus tard, répondit Soleil.
    - Tu m’en vois désolé.

    Il tourna son regard vers Améthyste, et s’approcha de lui lentement. Le protecteur, qui jusqu’alors avait gardé la tête baissée, la releva fièrement et plongea ses yeux dans ceux du dieu. Les guerriers comprirent alors pourquoi ils avaient eut l’impression d’avoir déjà vu le visage d’Améthyste ; il ressemblait énormément à celui du Dieu des Enfers et de la Mort. Leur port de tête et leur manière de marcher aussi était la même, ainsi que leur manière de s’exprimer.

    - C’est impossible… murmura Mars.

    - Tu as changé, dit Hadès.
    - Vous pas.
    - Tu protèges toujours la déesse Soleil ?
    - Comme vous le voyez.
    - En effet, je le vois. Tu as même tué Obscurité…
    - J’en avais le droit.
    - Je ne dis pas le contraire.
    - Mais vous auriez aimé qu’il en soit autrement.

    Hadès sourit.

    - Finalement, tu n’as pas tant changé.

    Le même sourire vint aux lèvres d’Améthyste.

    - Non, en effet.

    Les deux hommes continuèrent à s’affronter du regard. Après de longues secondes, Hadès sembla voir la surprise sur le visage des guerriers.

    - Tu ne leur as toujours pas dit qui tu étais à ce que je vois.
    - Je ne comptais pas le faire.
    - Je m’en chargerai, alors.

    Il se tourna tout à fait vers les guerriers, qui bougèrent légèrement. Leur curiosité les poussait à écouter ce qu’allait dire le dieu, mais leur sixième sens les avertissait que cela n’allait pas être spécialement agréable à entendre. Et ça ne le fut pas. Les pires idées de Mars s’avérèrent être justes…

    - Ce guerrier que vous appeler Améthyste se nomme en réalité Dark des Ténèbres. C’est lui qui dirige la cinquième branche du pentacle et…

    Les guerriers se tournèrent vers leur ami avec stupeur, mais celui-ci détourna les yeux, et ils comprirent que le pire était encore à venir.

    - … c’est mon fils.
    - QUOI !?

    Vénus se tourna vers Améthyste et elle se mit à crier :
    - Ce n’est pas vrai, n’est-ce pas ?
    - Il se moque de nous ! repris Mercure. Dis-moi qu’il se moque de nous !
    - Non…

    Il releva la tête vers Hadès, et ses yeux étaient emplis de haine.

    - Mon nom est bien Dark des Ténèbres, spectre de la cinquième branche du pentacle, et ce dieu que vous voyez devant vous… est mon père.

    ~~ 2 ~~

    Les mots d’Améthyste résonnèrent. Saphir, Terre et Soleil semblaient être au courant, mais les autres guerriers n’en revenaient pas. Lui, leur ami, un protecteur, fils d’Hadès ! Comment cela était-ce possible ?
    Mars remit de l’ordre dans ses idées. Même s’il était le fils de leur pire ennemi, il les avait aidés durant de longs siècles, et ce qui était surprenant ce n’était pas qu’il soit le fils d’Hadès mais plutôt le fait qu’il se soit joint à eux… Elle se tourna vers Soleil, et vit que la déesse pleurait en silence, tout en contemplant Améthyste. Le protecteur-spectre, lui, continuait de fixer son père d’un regard qui exprimait toute la haine qu’il éprouvait.

    - Apparemment, tout le monde veut reprendre le combat alors continuons ! fit Hadès tout en dégainant son épée.

    Sans répondre, Dark fit apparaître son sabre d’ombres, et il se jeta sur son père. Ils échangèrent des passes, ayant apparemment l’air calme, mais Hadès avait nettement le dessus. Soudain, Dark entendit les cris de ses amis et il recula d’un bond pour voir ce qui se passait. Mort et Peur s’amusaient avec les guerriers, profitant du fait qu’ils soient blessés pour tenter de les achever.

    - Sales traîtres…
    - Tu me laisse, Dark ? dit Hadès. Nous n’en avons pas fini…
    - Grrr…

    Le protecteur-spectre tenta d’aller vers ses amis, mais son père lui coupa la route et il fut obligé de reprendre le duel. Enfin, Hadès se dégagea mais ce fut pour se rapprocher de la déesse Soleil. Dark s’élança, mais Mort et Peur lui barrèrent le passage et son père pris Soleil par les cheveux et posa sa lame sur le cou délicat.

    - Maintenant, Dark, c’est à toi de décider !
    - Comment !
    - Oui… Si tu accepte ma proposition, je laisserai tes amis et la chère déesse en vie jusqu’à la prochaine fois. Si tu refuse, ils mourront !
    - Quelle proposition ?
    - C’est simple… Tu vas cesse de jouer au protecteur, et tu vas sagement me jurer fidélité et revenir sous mes ordres.
    - …
    - Alors ?
    - Merde… pensa Dark. Il sait que jamais je ne trahirai un serment. Si je lui jure fidélité, je devrai lui obéir et combattre mes amis ! Mais d’un autre côté, si je refuse…

    La déesse gémit et Dark pris sa décision.

    - Très bien j’accepte.

    Un sourire de triomphe vint aux lèvres d’Hadès, alors que des larmes coulaient le long des joues de Soleil.

    - Dark…
    - Vas-y, mon fils, je t’en prie.

    Dark posa un genoux à terre, tendit sa main droite vers son père et prononça les paroles qui scellaient sa destinée :
    - Moi, Dark des Ténèbres, je jure fidélité au grand Hadès, dieu de la Mort et des Enfers ! Je le servirai et le protégerai au péril de ma vie, et j’obéirai au moindre de ses ordres. Je le jure sur ma vie, je le jure sur mon âme, je le jure sur mon honneur, je le jure !
    - Très bien. Et moi, je te renomme spectre de la cinquième branche du pentacle.

    Hadès lâcha Soleil, qui s’écroula par terre. Mort fit mine de s’approcher d’elle, mais le dieu l’arrêta.

    - Il faut toujours tenir la parole donnée. Nous rentrons en Enfer.

    Le trou noir qui avait permis à Hadès de venir réapparut, et Mort et Peur s’engouffrèrent à l’intérieur. Night et Black prirent le corps d’Obscurity et les suivirent, et enfin Hadès entra.

    - Viens, mon fils.

    Dark se releva, jeta un dernier regard à Soleil, puis enfin :
    - J’arrive, père.

    Il s’engouffra dans le trou qui disparut aussitôt.

    - NOOOOOOOOONNNNNNNNNN ! hurla Soleil de toute la force de ses poumons.

    La déesse fondit en larmes. Vénus se leva difficilement, et alla la relever, puis elle la prit dans ses bras et la berça doucement.

    ***

    Dark pénétra dans la chambre obscure. Il n’aurait jamais cru revoir un jour cet endroit. Et franchement, il aurait préféré qu’il en fut ainsi. Le spectre serra les poing. Il haïssait son père, et il détestait l’idée de devoir le servir durant toute sa vie. Il savait que jamais il ne serait libéré de son serment, jamais. Et il savait aussi que Soleil allait mourir, avec tout ses guerriers. Sans son aide, ils étaient trop peu puissants pour vaincre Hadès, ils n’avaient même pas réussit à repousser les trois Fantômes de la cinquième branche ! Il est vrai que ces fantômes étaient de loin plus puissants que Maladie et Cataclysme réunis, étant leur supérieur Dark le savait bien, mais tout de même…
    Il fallait trouver quelque chose. Puisqu’il ne pouvait pas sauver Soleil, il fallait voir autre chose. De toute manière, elle ressusciterait à un moment ou à un autre. En fait, songea le prince des Enfers avec une certaine mélancolie, il valait mieux qu’elle meure au plus vite afin de lui épargner des souffrances inutiles. Ensuite, il faudrait qu’elle ressuscite sans se faire remarquer, et qu’elle et les guerriers s’entraînent dans un autre monde, afin d’être à l’abris d’Hadès. Ils ne pourraient pas s’entraîner maintenant, car Hadès ne tardera pas à les éliminer et ils ne savent pas partir rapidement. Il ne reste que cette solution.
    Dark s’adossa contre le mur. L’idée de tuer au plus vite Soleil et les guerriers ne l’enchantait pas, mais il n’y avait que ça à faire. Et il savait même comment faire.

    *** Palais Solaire ***

    Les guerriers étaient rentrés au Palais Solaire, blessés, abattus, mais toujours en vie. Soleil n’avait cessé de pleurer dans les bras de Vénus, et les autres n’en menaient pas large. Tous s’étaient regroupés dans la salle principale pour tenir un conseil, mais que dire, que faire face à des ennemis si puissants ?
    Soleil finit par se calmer et elle regarda ses guerriers. Elle savait qu’ils ne pourraient rien faire contre le puissant Hadès maintenant qu’il avait déployé toutes ses forces, surtout sans Dark… Mais il ne fallait plus penser à lui. Ils ne pourraient même pas fuir, ce serait abandonner la Voie Lactée ! Et de toute façon, Hadès les rattraperait bien assez tôt… La seule chose qu’ils pouvaient faire maintenant, c’était lutter de toutes leurs forces, et espérer qu’ils renaîtraient rapidement.
    La déesse se leva et prit la parole :
    - Mes chers guerriers… Vous savez aussi bien que moi que nous n’avons presque aucune chance de vaincre… Mais nous allons combattre jusqu’à la limite de nos forces ! Au pire, nous mourrons, mais nous ressusciterons pour faire payer à Hadès tout les sévices qu’ils commettra durant notre sommeil !

    Les guerriers acquiescèrent, et finirent par retourner dans leurs chambres. Soleil alla également dans la sienne, et seuls Terre et Saphir restèrent dans la sale principale.

    - Soleil tente de nous remonter le moral… fit Terre. Mais nous ne vaincrons pas. Jamais nous ne pourrons avec notre force actuelle !

    Le protecteur de Pluton acquiesça.

    - Je le sais bien… Mais ce dont j’ai surtout peur, c’est qu’Hadès, en tant que maître de la mort, nous empêche de ressusciter par la suite ! Toi et moi seront alors les seuls à revivre, et nous ne pourrons rien faire, sauf mourir à nouveau.
    - Même si nous ressuscitons tous, Hadès n’aura qu’à nous attaquer aussitôt pour nous vaincre…
    - Dans ce cas, nous devrons nous cacher dans un autre monde et nous entraîner. Héra ou Chronos accepterons sûrement…
    - Oui, tu as raison. Mais pourquoi ne pas y aller dès maintenant ?
    - Hadès ne nous laissera pas partir si facilement ! Tu penses, alors qu’il tient la victoire dans sa main, il ne nous laissera pas partir.
    - … Et Dark ?
    - Il aura sans doute fait le même raisonnement que nous et il s’arrangera pour nous tuer au plus vite, afin qu’Hadès ne décide pas de nous torturer à la place…
    - Espérons-le.
    - Ayons confiance en lui. Toi et moi savons ce par quoi il est passé ; tu était déjà vivante à ce moment, et moi je suis un gardien du temps…
    - Mais maintenant, rentrons dans nos chambres pour nous reposer, cela vaut mieux…

    Les deux amis se séparèrent et se rendirent dans leurs chambres respectives.

    *** Enfer ***

    Le Grand Conseil se réunissait dans la vaste salle de conférence. Il comptait le dieu, les cinq spectres et les quinze fantômes – en tant que dieu des Morts, Hadès ne s’était pas gêné pour ressusciter les victimes de la guerre. Les membres débattaient depuis plusieurs heures déjà. Le sujet : comment se débarrasser de Soleil et de sa clique ?

    - Mon idée est la meilleure !
    - Non, ça serait complètement stupide de faire cela ! Moi, je me range à l’avis de Maladie !
    - Je pourrais me débarrasser d’eux seul, inutile d’avoir un plan.
    - On ne sait jamais à quoi s’attendre avec ceux-là ! Ils ont peut-être encore des armes cachées…

    Dark soupira. Ils n’allaient pas beaucoup avancer si ça continuait comme ça… Jusqu’alors il n’était pas intervenu dans le débat, mais il valait mieux qu’il prenne la parole sinon ça allait s’éterniser…

    - Vous êtes tous des imbéciles.

    Tout le monde se tut et se tourna vers lui.

    - Il est inutile de monter tout un plan. Une chose est sûre : ils n’ont plus aucune ressource. Ils n’ont aucune puissance comparé à nous, mais leur esprit d’équipe est dangereux. La manière la plus simple et la plus sûre de déblayer ces guerriers est une attaque en force.

    Les membres du conseil dévisagèrent Dark. Il était pour le moins surprenant que cet homme – ou plutôt ce demi-dieu – qui avait été jusqu’à trahir son père pour aider la déesse de la Lumière, leur déclare aussi calmement qu’il était très simple de tuer ses anciens amis ! Personne ne mettait en doute sa fidélité maintenant qu’il avait donné sa parole, mais on ne s’attendait pas à le voir participer…
    Maladie le premier sortit de sa torpeur :
    - Tu es sûr de ce que tu dis ? Nous ne…
    - Je crois connaître suffisamment les guerriers pour savoir de quoi je parle, coupa le spectre des Ténèbres. Mais peut-être veux-tu prendre ta revanche et aller à nouveau te battre contre Soleil ?

    L’autre serra les dents. Enfin, Hadès intervint :
    - Je suis de l’avis de Dark. Ils ne survivrons pas à une attaque groupée. Les cinq spectres iront leur rendre une petite visite demain à neuf heures.

    Comme les autres acquiesçaient, le dieu se leva.

    - La séance est levée, vous pouvez disposer.

    ***

    La nuit s’était écoulée, et déjà arrivait l’heure prévue pour l’attaque du Palais Solaire. Dark passa son uniforme – il avait repris l’uniforme noir des armées d’Hadès – et se dirigea vers le salon noir où l’attendaient les autres spectres. Maladie et Cataclysme surtout étaient impatients de se venger, alors que Mort souriait ; la perspective de tuer ou de torturer l’enchantait toujours. Par contre Peur était plutôt indifférent. Il voulait surtout en finir rapidement. Hadès était également présent, mais il n’allait pas prendre part à l’expédition ; il fallait garder un minimum de dignité…

    - Vous êtes tous prêts ?

    Les spectres acquiescèrent.

    - Alors, allez-y !

    Un trou noir s’ouvrit vers le Soleil et les cinq hommes pénétrèrent à l’intérieur.

    ***

    Vénus ressentit soudainement la présence de cinq personnes à l’énergie négative et elle fonça vers la chambre de Soleil ; il fallait impérativement défendre la déesse. Les autres arrivèrent rapidement, et tous se dirigèrent vers la grande salle où les cinq spectres les attendaient nonchalamment.

    - Illness de Maladie ? Disaster de Cataclysme ? Mais vous étiez morts ! s’exclama Mercure.
    - Idiote ! répliqua Illness. Sa Divinité Hadès dirige la mort, ce fut un jeu d’enfant pour lui de nous ramener à la vie !
    - Calme-toi, fit Dark. Inutile de perdre son sang-froid.
    - Dark… souffla Soleil.

    Le spectre laissa glisser son regard vers la déesse, mais il se reprit rapidement et détourna les yeux.

    - Inutile de traîner. Allons-y !
    - Mais pourquoi se presser ? susurra Dead. Nous avons tout notre temps…

    Le regard du spectre de la mort devint cruel, et il passa sa langue sur ses lèvres. Les guerriers frémirent en voyant ses yeux : leur mort y était écrite en toutes lettres. Mais avant la mort, la souffrance…
    Dark fit cesser le petit jeu d’intimidation de Dead en lançant la première attaque :
    - Black Tornado !

    Les guerriers l’esquivèrent facilement ; à force de voir exécuter une attaque on sait comment l’éviter, même si elle n’est pas dirigée vers nous !
    Dark fronça les sourcils. Fear de Peur lança à son tour une attaque, et s’occupa de Saphir, et Vénus. Dead passa à nouveau sa langue sur ses lèvres froides et s’approcha du petit groupe qu’avaient formé Émeraude, Rubis et Cristal. Quant à Illness et Disaster, ils s’élancèrent vers Mercure, Mars et Terre.
    Le prince des Enfers resta seul face à Soleil. La tristesse ne quittait plus les yeux de la déesse, et Dark regretta d’en être la cause. Il pensa un moment refuser de combattre, mais ça serait trahir son serment et cela il ne le ferait pour rien au monde. Durant sa vie, la seule noble chose que lui avait enseigné son père c’était le code de l’honneur. Il ne l’avait jamais trahi, et il savait que de toutes façons Soleil ne le lui pardonnerait pas s’il le faisait.

    - Il faut vraiment que nous nous battions ? demanda enfin la déesse.
    - A moins que vous vous laissiez faire, oui.
    - Je ne me laisserai pas faire !
    - Je ne le sais que trop bien.
    - …
    - Vous n’avez rien d’autre à ajouter ?
    - Non…
    - Dans ce cas en garde, Aurore ! Je ne te ferai pas de cadeau !
    - Je connais tout de ta technique, je sais comment me défendre.
    - Mais j’ai d’autres tours dans ma manche…
    - Ton épée ?
    - Je n’utiliserai jamais une épée contre un adversaire qui n’en possède pas, surtout pas contre une femme, déesse ou humaine ! Mais tu ne connais pas tout mes tours… BIG BLACK TORNADO ! !

    L’attaque s’envola vers Soleil tellement rapidement que celle-ci n’eut pas le temps de réagir. Elle était encore plus rapide que le " Black Tornado " que Dark utilisait d’habitude, et plus puissante aussi. Quand la déesse se releva elle avait de nombreuses coupures, toutes sans importantes mais dangereuses par leur nombre. Le prince des ténèbres se remit en position d’attaque.

    Illness et Disaster avaient uni leurs forces, et déjà les trois combattantes contre qui ils luttaient n’arrivaient plus à se relever.

    - On dirait que vous êtes à bout de forces… remarqua ironiquement Disaster.
    - Dans tes rêves ! lança Mercure, en même temps qu’une boule d’énergie que les deux spectres esquivèrent facilement.
    - Vous ne pouvez plus rien ! Sauf… Mourir ! Par la peste noire !!
    - Mars, attention ! cria Mercure.

    Elle courut le plus vite qu’elle pu et se jeta devant son amie pour la protéger, s’exposant ainsi elle-même à l’attaque.

    - Mercure !

    La combattante au jade sourit faiblement, mais déjà des taches noires apparaissaient sur sa peau. Elle se mit à trembler de fièvre, et s’écroula. Terre alla vers son amie pour l’examiner alors que Mars s’écriait :
    - Qu’avez-vous fait ?
    - C’est simple, répondit Illness. Je lui ait tout simplement transmis le virus de la peste noire, avec un surplus qui le rend plus rapide. Dans quelques secondes, ton amie passera dans l’Autre Monde !

    La combattante malade expira, et Terre lui ferma les yeux.

    - C’est terminé.
    - Me… Mercure… Vous allez payer !
    - Pff… Vous vous répétez, fit Disaster. Orage !!

    A son tour, Mars tomba. Terre baissa la tête, mais ses yeux verts prirent une couleur plus intense. Deux larmes coulèrent, une pour chaque amie, puis elle se releva et fit face aux deux spectres.

    - C’est fini pour vous.

    Dead saisit le cou du protecteur d’Uranus et serra. Émeraude tenta de se libérer, mais chaque geste lui envoyait des vagues de douleur dans tout le corps. Le spectre de la mort avait brisé ses bras, puis ses jambes, et il l’achevait maintenant en prenant tout son temps, en se délectant de sa souffrance.

    - Le visage des humains est très expressif, expliqua Dead au guerrier qu’il tenait à bout de bras. J’aime observer un humain quand il se rend compte qu’il n’y a plus d’échappatoire, qu’il va mourir sans rien pouvoir faire. Quand il comprend que se vie va se terminer, et qu’il est trop tard pour réagir. C’est exactement la tête que tu as en ce moment.

    Émeraude tenta d’inspirer, mais sa respiration était totalement bloquée par la prise du spectre. Il allait mourir étouffé. Rubis et Cristal tentèrent de bouger, mais eux aussi étaient sévèrement blessés et le moindre mouvement leur causait des douleurs intolérables. Enfin, le protecteur de Jupiter réussit à élever sa main, et il y concentra toute l’énergie qu’il y pouvait. Il envoya la boule lumineuse sur Dead, mais celui-ci ne bougea même pas.

    - Ne sois pas impatient, ton tour viendra, dit-il simplement.

    Enfin, Émeraude cessa de bouger. Son cerveau avait cessé de fonctionner, privé d’oxygène.

    - Bien, comment vais-je tuer les deux autres ? fit le spectre de la mort avec un sourire qui fit frémir les deux protecteurs à ses pieds.

    Fear s’amusait comme un fou. Les deux guerriers dont il s’occupait étaient désespérément amoureux et ils se blessaient chacun à son tour en protégeant l’autre. Déjà Saphir n’avait plus qu’un bras et Vénus était tombé à genoux sans pouvoir se relever.

    - Vous êtes pathétiques.

    Le spectre sortit son fouet, et envoya Saphir valser de l’autre côté de la pièce. Le protecteur se releva, haletant, et tenta de l’attaquer mais Fear ne cessait de projeter des illusions et il se trompa de côté, visant un de ses doubles. Il apparut derrière lui et lui souffla :
    - Encore raté… Tu uses ton énergie sur des simples images. Pourquoi continuer ?

    Ce disant, il lui donna un coup qui le projeta à nouveau près de sa chère Vénus.

    - Tu ne peux rien.

    A ce moment, un immense désespoir envahit Saphir. C’était vrai, il ne pouvait plus lutter. Tout était vain, il ne pouvait plus rien faire. Il allait mourir, c’était aussi simple que ça. Et Vénus, sa chère Vénus allait mourir aussi, tout comme Soleil et les autres guerriers. Il baissa la tête et serra les poings.

    - Tu as enfin compris ? Vous n’êtes rien comparé à nous, à quoi bon continuer de combattre ?
    - Parce que nous défendons une cause juste ! Parce que nous nous aimons, et que nous savons que les autres n’abandonneront pas, alors nous continuons pour les soutenir !

    La combattante de l’Ambre se redressait sur son coude, et elle lançait ces mots à la figure du spectre.

    - Vous avez beau combattre ensemble, vous êtes gênés par les autres ! Vous ne pensez qu’à protéger vos soi-disant amis et vous mourrez ainsi !
    - Parce que la vie de mes amis est plus importante que ma vie propre à mes yeux ! Je les aime, ce sont mes amis et je me dois de les protéger !
    - Ridicule ! Vous dites cela mais en réalité vous les trahissez dès que vous en avez l’occasion !
    - C’est faux !
    - Il n’y a rien de plus vrai. L’homme est fait ainsi, il ne vit que pour lui-même. Les êtres humains sont égoïstes, et l’amitié n’est guère qu’une chose qui réunit les gens faibles ! Mais dès que quelqu’un acquiert une plus grande puissance, il n’a plus besoin de ses " amis " et il s’en va seul.
    - Jamais je ne ferai cela !
    - C’est sans doute ce que tu pense, mais lorsque le moment arrivera tu verras par toi-même !

    Vénus plongea ses yeux dans ceux de Fear, et elle y vit un appel au secours. Elle comprit que ce spectre qui se trouvait devant elle avait dû horriblement souffrir durant toute sa vie pour dire des choses ainsi.

    - C’est faux… Il est vrai que certains hommes sont comme cela, mais l’amitié existe vraiment ! Les parents aiment leurs enfants, et les enfants aiment leurs parents ! Je tiens à mes amis parce que je sais qu’ils m’aident quand j’en ai besoin, et j’en fais autant pour eux.
    - Balivernes ! Je renonce même à t’écouter ! L’amitié, l’amour filial ou parental, tout cela n’est que sottises ! Bien des fois, j’ai vu des parents abandonner leurs enfants, ou des enfants tuer leurs parents. J’ai vu des hommes qui s’étaient dit amis en temps de paix s’entre-tuer quand des problème survenaient.
    - Tu l’as vu ou tu l’as vécu ? demanda doucement la combattante.

    Fear fut troublé. Il voyait dans les yeux de cette femme un sentiment qu’il n’avait jamais lu dans aucun regard auparavant… Mais son cœur s’était durci, et il méprisa tout cela.

    - Meurs !

    Et la tête de Vénus tomba. Celle de Saphir la suivit de près.

     

    Illness et Disaster en avaient fini et ils regardaient Dead achever de découper Cristal en morceaux, commençant par les pieds pour terminer par la tête. Rubis avait subit le même sort peu de temps auparavant, après avoir été brûlé vif. Fear se joignit à eux juste au moment où le protecteur de Jupiter rendait son dernier soupir. Les quatre spectres se tournèrent alors vers Dark, qui continuait de se battre contre Soleil.

    - Black ray !
    - Rayon lumineux !

    Les deux attaques se croisèrent. Soleil reçu le coup à l’épaule, alors qu’en face d’elle Dark esquivait aisément. La déesse tourna la tête vers les spectres. Ainsi, tout ses fidèles guerriers étaient morts.

    - Oui, ils sont tous morts, dit Dark comme s’il avait lu dans ses pensées. C’est à ton tour de l’être maintenant.

    Le prince jeta un regard aux spectres, et il comprit qu’il devait en finir. Soleil tentait à peine debout, et il ressentait sa souffrance comme si elle était sienne. Il se concentra et fit apparaître son sabre d’ombres. La déesse eut un faible sourire.

    - Je croyais que tu n’utilisais pas ton épée face à un adversaire désarmé ?
    - Je ne vais pas l’utiliser pour lutter contre vous, mais pour vous achever. Inutile de continuer notre petit duel de magie, vous tenez à peine debout.

    Elle tomba à genoux, et Dark s’approcha. Il leva son épée, puis la plongea directement dans le cœur de Soleil. La déesse de la Lumière tomba, puis son corps et ceux des guerriers disparurent pour se régénérer avant leur prochaine réincarnation. Les spectres n’en croyaient pas leurs yeux. La rumeur courait qu’il aimait la déesse, et ils n’auraient jamais cru qu’il allait oser porter le coup fatal ! Le prince des Enfers tendit la main, et un trou noir apparut.

    - In ne servirait à rien de rester plus longtemps. Rentrons.

    Il pénétra dans la porte et les quatre spectres, ne trouvant rien à répondre, le suivirent.

    ***

    Dark entra dans la pièce où étaient entreposés les corps des guerriers et de Soleil, là même où il avait affronté Fou pour la première fois, alors qu’il tentait de ramener Émeraude à la vie. Les corps se trouvaient dans des cercueils de verre, et les âmes dans des urnes. Même morte, Soleil rayonnait dans l’obscurité. Le prince des Enfers s’approcha de celle qu’il aimait, et caressa doucement le couvercle.
    Des pas retentirent.

    - Qui est là ? demanda sèchement Dark.
    - Ce n’est que moi, répondit la voix d’Hadès.

    Le dieu se rapprocha de son fils, qui leva les yeux.

    - Que voulez-vous ?
    - J’ai besoin de tes pouvoirs. Il faut entourer le soleil d’une barrière de ténèbres afin que les zombies puissent se rendre sur les différentes planètes du système.
    - Entourer le soleil ?

    Dark frissonna. Il savait ce que cela signifiait, en dehors du fait que lui exposait son père. Il acquiesça cependant, et suivit son père vers la surface. Arrivé sur Terre, il se concentra, et tendit les mains vers l’étoile scintillante.

    - DARK WALL !!

    Une sphère noire partit droit vers le soleil, puis s’étendit jusqu’à l’entourer complètement. Des éclairs noir la parcouraient, et elle ondulait comme une mer durant un orage. Dark grimaça sous l’effort, et la barrière sembla se stabiliser. Enfin, elle devint complètement lisse et les éclairs disparurent. Dark baissa les bras et repris son souffle, puis il se tourna vers son père. Hadès avait l’air satisfait, et il hocha la tête.

    - Très bien. Je retourne en Enfer.

    Il disparut. Dark fixa le soleil, dorénavant noir et presque invisible, et il serra les poings. Le soleil était mort. Aurore ne renaîtrai jamais plus. C’était fini. Une ère maléfique débutait en ce jour : l’ère du Dieu des Morts…

     
    -- Note de l’auteur -----

    Pour une meilleure compréhension de l’histoire, il est conseillé de lire l’annexe n°1 avant de lire la suite ; il raconte la rencontre entre Améthyste et Soleil.

    ~~ 3 ~~

    L’urne brilla légèrement. Doucement, le couvercle s’ouvrit, et tomba sur le sol en faisant un bruit métallique. L'orifice laissa passer une sphère de couleur bleue, qui avança quelques mètres puis s’arrêta. Le globe fut agité de spasmes, et commença à se transformer. Tout d’abord, il s’allongea puis fit apparaître quatre membres à ses extrémités. Lentement, une tête apparut, puis des doigts, des pieds… Finalement, il ne resta qu’un homme couché en position fœtale qui avait une couleur bleutée, presque transparente.
    L’homme ouvrit les yeux, et se leva difficilement. Il observa un moment l’endroit où il se trouvait, puis il se rapprocha de l’un des cercueils.

    - Vénus…

    Une seconde urne se mit à briller, d’une lueur blanche. L’homme regarda la sphère blanche sortit, puis se transformer en femme, puis il se releva.

    - Terre, tu te sens bien ?

    Elle ouvrit les yeux, et se leva en s’appuyant sur l’homme.

    - Oui, je vais bien… Et toi, Saphir ?
    - Aucun problème, mais… Pourquoi n’avons-nous pas regagné nos corps ?
    - Hadès a dû sceller les cercueils avec sa puissance des ténèbres… Mais ce qui m’inquiète plus, c’est de voir que nous sommes deux seulement à avoir ressuscité…
    - C’est ce que nous craignions. Ils ont sans doute mis une barrière autour du soleil…
    - … Nous devons sortir d’ici et nous rendre sur Terre afin de voir où en sont les chose, et aussi essayer de découvrir combien de temps nous avons mit avant de ressusciter.

    Saphir acquiesça. Il regarda une dernière fois sa chère Vénus puis sortit de la pièce, suivit de Terre.
    Le gardien et la Donneuse de Vie réussirent à sortir de l’Enfer sans se faire remarquer. Apparemment, il était bien plus facile d’entrer ou de sortir de cet endroit qu’au moment de leur mort. Sur Terre il faisait nuit, ou du moins c’est ce que crurent tout d’abord les deux amis. Ils se rendirent compte qu’en fait, le soleil était bel et bien entouré d’une barrière noire qui empêchait la lumière de passer. La vie sur cette planète était maintenue uniquement grâce à la puissance magique d’Hadès. L’ambiance était à la fête, et Saphir demanda à un passant – une ombre – ce qui motivait tout ce bruit.

    - Comment, vous n’êtes pas au courant ? fit l’ombre, surprise. On fête le millenium ! Cela fait aujourd’hui mille ans qu’Hadès a pris le contrôle de la Voie Lactée ! La fête va durer toute la semaine.

    Saphir et Terre eurent un coup. Mille ans ! Saphir remercia l’ombre et ils décidèrent de chercher le dieu des Morts.
    Ils le trouvèrent enfin dans un grand château obscur. Ils purent entrer sans difficulté car les humains étaient spécialement autorisés à venir. Les cinq spectres étaient là aussi, et à la grande surprise de Saphir et Terre Dark ne portait pas son masque.

    - On dirait qu’il a réussi à acquérir une puissance suffisamment grande pour contrôler les ténèbres, dit Saphir.
    - Il a beaucoup changé… souffla la combattante.

    En effet, durant ces mille ans Dark n’avait pas ressuscité aussi il avait maintenant l’apparence d’un bel homme d’une vingtaine d’années. Il avait l’air plus mûr, plus grave. Sa bouche n’avait plus sourit sauf ironiquement et il avait pâli. Il était vêtu de noir, plus richement que les autres spectres mais moins qu’Hadès. A son front, un serre-tête orné d’une pierre noire, symbole qu’il était le prince des Enfers. Mais dans tout cela, le plus frappant était ses yeux : la joie les avait déserté et ils étaient devenus calculateurs et glacés, comme ceux de son père. Il n’y avait même plus cette petite étincelle malicieuse de jadis, juste de la dureté et de la froideur. Terre et Saphir préférèrent ne pas imaginer ce par quoi leur ami avait dû passer pour avoir ces yeux-là…

    ***

    Dark en avait assez de ces fêtes absurdes. Il aurait largement préféré être en train de se promener, sur Saturne ou tout simplement dans son palais personnel. Il se tourna vers son père, se demandant encore une fois pourquoi il avait tenu à ce qu’il soit présent. Hadès lui avait parlé d’un cadeau, et bien que cela ne l’intéresse pas il était curieux de voir de quoi il s’agissait. Enfin, le dieu se leva et demanda le silence.

    - Mes chers sujets ! J’ai décidé d’être magnanime en ce jour de millenium, aussi j’ai décidé d’accorder un vœu à chacun de mes spectres.

    Dark sursauta. Un vœu ?

    - Ils pourrons me demander n’importe quoi, tant que se soit en mon pouvoir ils seront exaucés !

    La foule applaudit. Illness formula en premier son vœu, puis ce fut à Disaster et à Fear. Dark était songeur, et il n’écouta pas leurs vœux, pas plus que celui de Dead qui fit frémir la foule. Son plus cher désir allait-il enfin pouvoir être réalisé ? Il espérait que son père accepte… Enfin, il se rendit compte que c’était son tour et après s’être levé, il se dirigea vers son père.

    - Libérez-moi.

    Hadès n’eut même pas l’air étonné.

    - Je me doutais que tu allait me demander cela. Je te libère de ton serment mais à une condition !
    - Laquelle ?
    - Même libre, tu n’auras pas le droit d’ôter la barrière que tu as placée autour du soleil.

    Dark hésita une seconde, puis haussa les épaules.

    - Très bien.

    Hadès déclara à haute voix, qu’il libérait son fils de son serment et qu’il était dorénavant libre de faire ce qu’il voulait. Dark sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Enfin ! Il était libre, après mille ans de servitude ! La fête continua, mais le prince s’éclipsa pour aller respirer dans les jardins.

    Terre et Saphir étaient satisfaits. Ils avaient assisté à la scène et comprenaient que Dark pouvait dorénavant être de nouveau un allié. Ils le suivirent dans les vergers et attendirent qu’il soit seul pour l’accoster.

    - Pssst ! Dark !
    - Qui est là ? demanda-t-il en se retournant.

    Voyant Saphir et Terre, il n’en cru pas ses yeux.

    - Im… Impossible ! Vous ?
    - Et oui, c’est nous ! Tu n’es pas content de nous revoir ?
    - Vous avez ressuscité ? Et les autres ?

    Un nuage passa dans les yeux de Terre, qui résuma la situation.

    - Je comprends… Mais il faut partir d’ici, si un fantôme, un spectre ou Hadès vous voit, vous êtes cuits ! Vous avez déjà de la chance que je vienne juste d’être libéré de mon serment…
    - Nous l’avons vu… Mais où aller ?
    - Sur Saturne, l’Oratoire de Saturne existe toujours.

    Les trois amis s’envolèrent, et se posèrent bien vite sur Saturne. Il n’y avait personne, car Dark avait bien fait comprendre qu’il ne tolérerait la présence de personne sur sa planète, et même Hadès n’y était jamais venu.

    - Il faut faire renaître Soleil.
    - Pour cela, il faut détruire la barrière que j’ai placé autour du soleil. Je ne peux le faire, j’ai donné ma parole ; vous devrez vous débrouiller sans moi pour cela. Mais je peux déjà vous rendre vos corps. Espérons juste qu’Hadès ne se rendra pas compte que vous avez ressuscité…

    Dark se concentra, et fit apparaître les deux corps de Saphir et Terre. Le gardien et la Donneuse de Vie se glissèrent à l’intérieur, et un sentiment de bien-être s’empara d’eux.

    - Ca fait du bien ! Mais il reste le problème de savoir comment faire revivre Soleil et les autres…
    - Je n’ai pas de réponse à cette question. A deux, vous ne pourrez jamais détruire la barrière maléfique.
    - Et toi, tu as bien failli faire ressusciter Émeraude, pourquoi pas Soleil ?
    - J’aurais pu le faire, mais uniquement avec l’aide de la déesse. Je ne pourrais pas le faire seul.
    - Moi je le peux, dit Terre.

    Saphir et Dark se tournèrent vers elle, surpris.

    - Je le peux avec ton aide, Dark, mais il me faut aussi un morceau de soleil et l’astre est inaccessible. Il n’y a aucune solution à ce problème.
    - Si, moi ! fit une petite voix.

    Les trois amis se tournèrent, et aperçurent une petite fille à la peau lumineuse et qui portait la tunique propre aux guerriers. Mais que faisait-elle donc là ? Se ressaisissant, Dark demanda d’un ton coupant :
    - Qui es-tu et que fais-tu ici ?

    La petite fille rit, on aurait dit une cascade d’eau claire.

    - N’ayez crainte, je suis ici pour vous aider ! Mon nom est Étoile, et j’ai le devoir d’aider les guerriers en pareil cas.
    - Étoile ? Je n’ai jamais entendu parler de toi…
    - C’est normal, un cas comme celui-ci ne s’est jamais présenté auparavant. Soleil m’a créée en même temps que les autres guerriers, mais je ne me suis incarnée dans un corps humain qu’il y a sept ans.
    - Tu disais que tu avais la solution au problème ?

    Étoile acquiesça et fit apparaître une sphère opaque. Au centre, on distinguait une pierre de couleur orange.

    - Cette pierre est celle de notre déesse. Elle contient un morceau de soleil. Avec cela, vous pourrez faire ressusciter Soleil, qui elle fera ressusciter les guerriers.
    - C’est exactement ce dont j’avais besoin ! s’exclama Terre. Commençons tout de suite !

    Étoile fit sortir la pierre de la sphère qui la protégeait et Terre posa ses mains dessus et dit à Dark d’en faire autant.

    - Concentre ton énergie dans tes mains, je m’occupe du reste !

    Terre se concentra également, et se mit à prononcer des incantations dans un langage étrange. La pierre se mit à briller, et le corps de Soleil apparut. La pierre échappa à Terre et à Dark et alla se loger sur la poitrine de la déesse. Un globe de lumière apparut juste en même temps, et il pénétra à l’intérieur du corps. Dark, Terre et Saphir écarquillèrent les yeux lorsque la déesse se leva, et posa son regard sur eux.

    - Bonjour à vous… Merci, Étoile. Merci, Gaïa Terre.

    Étoile, Terre et Saphir s’inclinèrent.

    - Maintenant, ressuscitons les autres !

    La déesse de la Lumière fit apparaître les corps des guerriers et leurs âmes retournèrent à l’intérieur. Saphir se jeta dans les bras de Vénus, tout heureux de la retrouver saine et sauve. Dark resta un peu en retrait, Soleil ne l’avait pas encore vu. Soudain, la déesse se tourna et l’aperçut. Elle eut un coup : c’était la première fois que le prince des ténèbres avait une apparence plus âgée que celle de quinze ans, et il était très beau…

    - Dark… Mais ?
    - Hadès m’a rendu ma parole, je suis à nouveau libre de faire de que je désire. Je… Je suis désolé pour…
    - Il ne faut pas. Tu as fait ce qu’il fallait.

    Soleil sourit et Dark se sentit envahi par une douce et bienfaisante chaleur, chose qu’il n’avait éprouvé depuis mille ans. Saphir et Terre furent rassurés en voyant ses yeux reprendre leur sombre douceur habituelle. La déesse de la Lumière fit apparaître une pierre mauve dans sa main, et elle l’envoya vers Dark qui la rattrapa de justesse.

    - L’améthyste… murmura-t-il en caressant doucement la pierre.
    - Elle t’appartient. A toi de voir ce que tu vas en faire.

    Dark sourit, et, après avoir fait disparaître la pierre noire qui ornait son serre-tête, il y incrusta l’améthyste.

    - Maintenant, nous allons tous devoir nous entraîner afin d’augmenter nos puissances. Sans cela, nous ne vaincrons jamais Hadès.
    - Mais où aller ? demanda Mars. Si nous nous rendons en Olympe, Hadès sera rapidement au courant !
    - Je vais demander à Chronos si nous pouvons nous rendre dans son monde du temps, déclara Saphir.
    - Bonne idée ! fit Soleil. Chronos et moi avons toujours été amis, il acceptera sûrement. D’autant plus qu’il n’aime pas beaucoup Hadès…
    - Personne n’aime Hadès, dit Dark.

    Le gardien Saphir se concentra, et entra en contact avec son ancien dieu. Il lui expliqua la situation, et Chronos accepta sans problème d’héberger Soleil et ses guerriers durant quelque temps. Le Titan ouvrit une porte qui les conduisit à lui, et les guerriers commencèrent à s’entraîner.

    ***

    Durant un an, les guerriers s’entraînèrent sans relâche pour avoir une chance de vaincre le dieu de la Mort. Enfin, ils décidèrent de quitter le Monde du Temps pour retourner dans la Voie Lactée. Ils remercièrent Chronos et Saphir ouvrit une porte vers le Palais Solaire. Lorsqu’ils en sortirent, ils furent consternés : le palais était en ruine.

    - On dirait que Cataclysme est venu s’amuser, remarqua sarcastiquement Dark.
    - En effet… fit Soleil. Bon, je vais reconstruire.
    - Non ! l’empêcha Mars. Si tu fais cela, tu vas dépenser beaucoup d’énergie. Il vaut mieux attendre la fin de la bataille qui nous opposera à Hadès pour reconstruire.
    - Mars a raison, dit Rubis. Et de plus, nous avertirons Hadès de notre présence si nous utilisons nos pouvoirs.
    - Très bien, je me plie à votre avis, vous qui de nous tous avez l’esprit le plus pratique et logique, décida Soleil en souriant. Reposons-nous quelques minutes, puis rendons-nous sur une des planètes afin d’y attirer Hadès. Notre combat ne doit pas avoir lieu ici.
    - Nous pouvons aller sur Saturne, proposa Dark. Il n’y a aucune vie et personne n’y habite.

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    Émeraude poussa le spectre-protecteur du coude.

    - Tu t’es encore arrangé pour empêcher tout le monde de toucher à ta planète en oubliant celle des autres…
    - Quoi ? Mais, mais…

    Tout le monde se mit à rire en voyant le visage à la fois ahuri et désolé que faisait Dark. Vénus le rassura.

    - Ne t’en fais pas, enfin ! Ce n’est pas grave…
    - Si, c’est très grave au contraire ! dit Émeraude d’une voix sévère.
    - Toi, Émeraude à la noix, tu te tais ! gronda Vénus en tapant sur la tête du protecteur.
    - D’accord, d’accord ! A vos ordres, chef ! fit Émeraude en grimaçant.

    Et tout le monde repartit d’un éclat de rire. Les guerriers continuèrent à plaisanter en volant vers Saturne, et quand ils atterrirent ils avaient entièrement récupéré. Dark les fit entrer dans le palais et leur montra la Terre. La planète n’était plus bleue mais grise, et on pouvait distinguer des éclairs tout autour.

    - Voici l’œuvre d’Hadès.

    Les guerriers ne dirent rien, il n’y avait aucune parole à prononcer, mais tous serrèrent les poings de rage.

    - Il a ressuscité Cataclysme, Maladie et Obscurité et détruit les autres palais comme vous avez pu le voir.
    - Il faut l’appeler ici… Mais comment le faire venir ?

    Un sourire glacé vint aux lèvres de Dark.

    - Il est si sûr de vaincre qu’il attaquera dès qu’il aura senti nos présences. Si Soleil dégage suffisamment de lumière pour qu’il la sente, il viendra.
    - Alors j’y vais.
    - Attend ! interrompit encore Mars. Nous devrions avoir un plan.
    - Que veux-tu préparer ? demanda Émeraude. Nous devons juste combattre !

    Comme Mars n’avait rien à répondre, Soleil relâcha sa puissance et son aura bénéfique s’étendit sur Saturne. Les muscles des guerriers se détendirent et ils oublièrent leurs tourments durant quelques instants. Après s’être laissés aller pendant une ou deux minutes, ils rouvrirent les yeux, plus déterminés que jamais.

    ***

    Hadès crispa ses doigts, brisant son verre en morceaux, et quelques gouttes de sang perlèrent sur la peau blanche du dieu. Dead se releva calmement, et essuya la main de son maître avec un fin mouchoir noir alors que les autres spectres se regardaient d’un air paniqué.

    - Mon fils a trahi sa parole. Elle est vivante.
    - Non, fit Dead, la protection d’ombre est toujours autour du soleil.
    - Alors comment ? explosa le dieu.

    Le spectre de la mort haussa les épaules pour montrer son ignorance. Ses yeux et ceux d’Hadès se rencontrèrent et ils se regardèrent en silence durant quelques minutes, comme s’ils parlaient. Enfin, Hadès saisit sa cape noire et la fixa à son dos.

    - Nous y allons.

    Ils s’envolèrent vers Saturne à tout allure.

    ***

    Les yeux de Dead brillaient de haine et d’excitation contenue. Il jubilait intérieurement de pouvoir à nouveau affronter les guerriers de Soleil. Un rictus cruel passa sur ses lèvres, et son visage habituellement si froid se déforma jusqu’à devenir un parfait masque d’agressivité. Il n’était pas seulement Mort, non, il était aussi Cruauté et Haine. C’était cela qui le plaçait au-dessus des trois autres médiocres spectres, et qui l’avait élevé jusqu’à devenir le bras droit du dieu des Enfers.
    Il jeta un œil à Hadès, qui lui rendit son sourire malveillant. Ils se comprenaient. Ils haïssaient la lumière, et n’avaient de respect pour personne d’autre qu’eux-mêmes.
    Enfin, ils arrivèrent en vue de Saturne et les traits de Dead reprirent leur apparente indifférence. L’impassibilité déstabilisait bien plus les ennemis que la colère.
    Les spectres se posèrent et firent face aux guerriers.

    - Je ne pensais pas vous revoir un jour, Soleil, fit Hadès.
    - Moi non plus, répondit la déesse.

    Tout deux étaient face à face, et les spectres comme les guerriers étaient prêts à bondir au moindre mouvement.

    - Partez de la Voie Lactée, dit enfin Soleil. Ce monde n’est pas le vôtre.

    Les lèvres du dieu des Enfers s’ouvrirent en un sourire moqueur.

    - Et si nous refusons ?
    - Nous nous battrons !
    - Et vous mourrez.
    - Je n’en suis pas si sûr, intervint Dark. Mais si vous le désirez, nous pouvons toujours vérifier…
    - Très bien… En garde !

    Le père et le fils dégainèrent et se jetèrent l’un sur l’autre.

    ~ 4 ~

    Deux ombres, aussi noires l’une que l’autre…
    Deux personnes issues des Ténèbres, des Enfers…
    Deux hommes aux mêmes cheveux noirs, au visage aussi pâle…
    Et pourtant, l’un se bat pour la lumière et l’autre pour lui-même.
    Un père et un fils qui se ressemblent, mais sont aujourd’hui opposés par des idéaux différents.
    Et l’un prend l’avantage, profitant d’une expérience que l’autre n’a pas.

    L’épée noire d’Hadès s’enfonça dans le bras de Dark. Réprimant un cri, celui-ci se dégagea et guérit sa blessure d’une rapide incantation. Le dieu des Enfers ne lui laissa pas le temps de se soigner entièrement et attaqua, profitant de son avantage. Son fil esquiva, et le blessa à son tour.

    - Hum, tu as fait des progrès… jugea Hadès. Mais tu es encore loin de mon niveau !

     

     
    À quelques mètres de là, Fear combattait Vénus et Terre. Les deux combattantes avaient amélioré leurs techniques, mais Vénus hésitait à porter le coup fatal à son adversaire. Elle se souvenait de ses paroles lors de leur dernier combat lorsqu’il l’avait tuée, elle se souvenait de l’appel qu’elle avait lu dans ses yeux, et elle voulait l’aider. Mais le spectre ne l’entendait pas de cette oreille et l’attaquait sans cesse de son fouet sans écouter ses paroles. Terre aidait son amie de son mieux ; après tout, si Vénus représentait les sentiments, Terre symbolisait Gaïa La Fertile, mère de la terre et ancêtre de tout les êtres vivants.

    - Fear, cesse donc ! Combats avec nous, tu pourras enfin connaître l’Amitié !

    - Je te l’ai déjà dit, la véritable amitié n’existe pas !

    Fatiguée de parler sans avoir de réaction positive, Vénus appela Saphir qui combattait jusqu’alors Illness avec Cristal.

    - Cristal, tu te charges de lui ?
    - Pas de problème. Il n’arrive déjà plus à se relever !
    - Fais tout de même attention…

    Le protecteur de Jupiter lui fit un signe d’intelligence, et Saphir courut rejoindre sa belle.

    - Écoute, lui souffla celle-ci. Terre et moi allons immobiliser Fear. Tout de suite après, fais-moi plonger dans sa mémoire.
    - Je ne peux pas faire cela ! C’est très dangereux d’entrer dans la mémoire des gens !
    - Je t’en prie, Saphir ! Je veux aider ce spectre, et je n’y arriverai jamais si je ne sais pas ce qui le tracasse !

    Saphir s’apprêtait à refuser à nouveau, quand Vénus prit son petit air de chien battu auquel il ne savait pas résister.

    - Bon, d’accord ! Mais je t’aurai prévenue !
    - Vivi !!!

    Reprenant son sérieux, la combattante s’élança à la suite de Terre et elle lancèrent une attaque combinée :
    - Par l’araignée, fils de soie !

    Des fils sortirent de nulle part et paralysèrent le spectre. Il tenta de se débattre, mais cela ne fit que resserrer l’emprise de l’attaque.

    - Vas-y !
    - Par le temps, par Chronos et par Mnémosyne ! MEMORIA !

    Une colonne de lumière bleue s’abattit sur Fear, et Vénus s’écroula : son âme avait quitté son corps pour voyager dans les souvenirs du spectre.

     
    Dead fronça les sourcils. Il ne s’attendait pas à rencontrer une si grande résistance de la part des guerriers. Il était vrai qu’ils avaient beaucoup évolué depuis leur dernier affrontement… Mais bon, ils ne faisaient toujours pas le poids contre lui. Il lécha les quelques gouttes de sang qui avaient giclé sur sa main lorsqu’il avait blessé la combattante de Mercure, puis se prépara à une nouvelle attaque. Il s’apprêtait à envoyer une boule d’énergie quand Émeraude attaqua :
    - Éclats de verre !

    Dead esquiva l’attaque facilement, mais Mercure surgit dans son dos alors qu’il était en l’air et il la vit trop tard pour esquiver son attaque.

    - Tempête de Jade !

    Il fut projeté sur le mur, mais se reprit rapidement et envoya plusieurs boules d’énergie sur ses adversaires. Le combat promettait d’être long…
    Le spectre de la Mort jeta un regard à la ronde. Hadès jouait avec son fils, il s’en débarrasserait facilement mais Soleil était prête à intervenir en cas de besoin et s’ils unissaient leurs forces le dieu pourrait avoir du fil à retordre. Disaster n’en menait pas large, il mourrait sûrement. Ce n’était pas une grande perte, mais c’était tout de même ennuyeux. Illness allait sans doute le suivre. Fear luttait contre trois guerriers, mais il était impossible de déterminer l’issue du combat. Apparemment, il serait plus sur un plan psychologique… Dead se tourna vers ses proies, et décida qu’il avait assez joué. Actuellement, tout était encore possible et il valait mieux qu’il déblaye Mercure et Émeraude afin d’aider les autres. Les deux guerriers frissonnèrent devant le sale sourire qui naquit sur les lèvres du spectre.

    Tout allait de mal en pis. Disaster n’arrivait plus à résister aux assauts combinés de Mars et Rubis, et il sentait sa dernière heure qui approchait. Bah, Hadès le ressusciterait sans doute, mais comme c’était parti peut-être que le dieu lui-même serait enfermé dans les Enfers pour plusieurs siècles… Il se mit à réfléchir à toute vitesse. Il fallait trouver un moyen. Vite. Rubis se rapprochait de lui avec l’évidente intention de lui porter le coup de grâce, et il devait s’en tirer. Soudain, une lumière éclaira ses pensées. Mais oui ! Comment ne pas y avoir songé plus tôt ! Le point faible des guerriers, ce qui allait le faire gagner, c’était… Le cour de ses pensées s’arrêtèrent net et sa tête roula au sol.

    - Mars, allons aider Mercure et Émeraude contre Dead ! Les autres guerriers s’en tirent bien, et nous ne pouvons intervenir dans le combat entre Dark, Soleil et Hadès.
    - Très bien !

    Du côté de Cristal, tout allait bien. Au départ, Illness de Maladie avait eu le dessus, mais il ne pouvait plus rien à présent. Cet homme était fou. La seule chose qui l’intéressait, c’était de voir ses victimes mourir dans les atroces souffrances que leur causaient les microbes qu’il créait, mais il ne savait pas se battre au corps à corps. Et quand on est protégé par la déesse de la Lumière dont personne n’égale le pouvoir de guérison… L’âme d’Illness s’en alla rejoindre celle de Disaster dans l’autre monde, en attendant leur prochaine réincarnation. Cristal alla rejoindre ceux qui se battaient contre Dead, puisque visiblement le combat contre Fear se faisait plus dans son passé que dans le présent.

    Terre jeta un coup d’œil aux autres, et fut surprise de voir le spectre de la mort toujours en vie. Il était en train de se battre avec cinq guerriers et ne semblait même pas blessé… La Donneuse de Vie reporta son attention sur Saphir.

    - Alors ?
    - Pour le moment, ça a l’air d’aller.
    - Peux-tu visualiser ce qui se passe ?
    - Bien sûr, répondit-il en faisant apparaître un globe de saphir dans sa main. Il se concentra avant d’incanter : par le temps et la mémoire, que le passé de cet homme dans ce globe soit visible !

    ***

    Vénus marchait depuis plusieurs jours à la recherche de Fear. Elle savait qu’à l’extérieur seules quelques minutes s’étaient écoulées, mais elle n’en ressentait pas moins la faim et la fatigue. Saphir l’avait rendue invisible afin qu’elle ne risque pas de détruire les souvenirs du spectre, mais elle n’avait encore rencontré personne. Elle n’en crut pas ses yeux lorsque enfin, elle aperçut un petit village. Elle se concentra, et finit par trouver l’aura de celui qu’elle cherchait. Elle se dirigea vers une petite maison, très propre, et entra doucement. Toute la famille était rassemblée autour d’un arbre de Noël, et on distribuait des cadeaux. Elle se mit à scruter les visages, mais aucun n’était Fear. Soudain, elle le vit.

    - Un petit garçon…

    Les cheveux en batailles, il était roulé en boule dans un coin. Ses vêtements étaient sales et il sentait mauvais. Il ne partageait pas la bonne humeur générale, et jetait de temps à autre des coups d’œil furieux vers les autres. Ses yeux mauves n’avait pas la moindre trace de joie en ce jour de fête.
    Vénus s’approcha de lui, et vérifia rapidement qu’il s’agissait bien du futur spectre. Ayant eu cette confirmation, elle retira le voile qui la rendait invisible juste assez pour que Fear la voie, et pas suffisamment pour que les autres en fassent de même.
    Le petit garçon sursauta en voyant la jeune femme apparaître soudainement devant lui. Un éclair de peur passa dans ses yeux, et Vénus tenta de le rassurer en souriant.

    - Bonjour !
    - B… Bonjour…

    Il hésitait encore sur la conduite à avoir, mais la curiosité l’emporta sur la peur et il se décida à demander :
    - Qui es-tu ?

    Vénus sourit à nouveau.

    - Il vaut peut-être mieux qu’on sorte pour discuter, non ? Ca serait plus pratique. Ou alors on va dans ta chambre ?

    Il hésita encore une seconde, puis se leva et sortit de la pièce sans faire de bruit, accompagné par la combattante. Il la guida jusqu’à une sorte de hangar. Il poussa la porte et alluma une chandelle posée à même le sol.

    - C’est ici ta chambre ? s’étonna Vénus.

    L’endroit était sombre, froid et mal meublé. En fait, il n’y avait qu’un hamac et un panier qui devait servir d’armoire.
    L’enfant acquiesça cependant.

    - Maintenant, dis-moi ton nom ! exigea-t-il.
    - Je… Je m’appelle Keiko. Et toi ?
    - Moi, c’est Fabien.
    - Je suis enchantée de te rencontrée, Fabien.

    Il s’assit, et invita Vénus à en faire autant.

    - Que veux-tu ?
    - Ne t’en fais pas, je veux juste te poser des questions. Dis moi Fea… Fabien… tu as beaucoup d’amis ?

    Il prit un air boudeur.

    - Pas tellement…
    - C’est à dire ?
    - …
    - Peux-tu me dire le nom de l’un de tes amis ?
    - …
    - Fabien ?
    - J’ai pas d’amis, lâcha-t-il enfin. Y sont tous cons dans ce bled paumé.
    - Les autres ne veulent pas jouer avec toi ?

    Le garçon se redressa, blessé.

    - C’est pas eux ! C’est moi qui les trouve cons.
    - C’est toi qui ne veux pas avoir d’amis ?
    - Ouais ! Y sont tous cons, cons, cons ! Même Marthe, elle est con !
    - Et moi, je suis aussi ‘con’ ?
    - Ben… J’sais pas… J’te connais pas…
    - Mais tu me trouve con ?

    Fabien se leva, et se mit à tourner autour d’elle, le front plissé. Sérieux comme un notaire qui va divulguer le secret d’un testament, il l’inspecta sous toutes les coutures, puis se rassit pour annoncer sa sentence.

    - Non, toi, t’es pas con.

    Le sourire de Vénus s’accentua.

    - Alors, tu veux bien que je soie ton amie ?
    - Ben…

    L’enfant était pris au dépourvu, et il bafouilla pendant quelques secondes avant de hocher la tête.

    - Mais attention, tu ne devra dire à personne que je suis là. En plus, tu as vu, tu es le seul à pouvoir me voir.
    - D’accord. On joue à quoi ?

    Saphir poussa un soupir d’exaspération.

    - Irrécupérable…
    - Qui a-t-il ?
    - Nous sommes en plein combat, et tout ce que Vénus trouve à faire c’est de jouer à chat perché avec notre ennemi !

    La Donneuse de Vie eut un sourire indulgent.

    - Allons, elle essaye de le mettre en confiance, c’est tout !
    - Oui, mais quand même… Y faut pas exagérer…

    ***

    Huit ans avaient passé. Fabien avait maintenant quatorze ans, et était toujours autant dépourvu d’amis. Seule Vénus le réconfortait, jouait avec lui, arrivait à le faire rire. Parfois, elle lui soufflait même les réponses durant les interrogations à l’école. Ils étaient très liés. Mais leurs rapports changeaient, et Vénus le voyait bien. Elle commença à devenir plus distante pour tenter de contrebalancer l’amour que tout doucement Fabien commençait à éprouver pour elle. Elle aimait déjà, elle avait déjà choisi, et il fallait que Fabien se détache d’elle maintenant qu’il avait grandi.
    Après une longue réflexion, la combattante décide de lui parler franchement. Dès qu’il rentrerait de l’école, elle l’attirerait à l’écart et lui dirait ce qu’il fallait. Bien qu’elle aie peur de briser leur amitié et qu’elle ne veuille absolument pas lui briser le cœur, elle ne pouvait plus attendre. Si plus de temps passait, ça deviendrait plus dur encore, et ça l’était déjà assez comme ça.
    Vénus se faisait ces réflexions quand elle vit le jeune garçon passer. Elle alla dehors pour l’accueillir, et il vit tout de suite à sa figure que quelque chose n’allait pas. Il salua tout le monde, et se dépêcha d’aller dans la grange qui lui servait toujours de chambre pour lui parler.

    - Keiko ? Qu’est-ce qu’il y a ?
    - Fabien… Ecoute, je vais être franche. Je sais que tu éprouve certains sentiments à mon égard…

    Le brun baissa la tête.

    - … mais… Moi, je te considère comme un ami, Fabien. Un ami.
    - Un… un ami… répéta-t-il d’un air égaré.
    - Oui, Fabien.
    - Tu… Tu en aimes un autre, c’est ça ?

    Autant ne pas mentir.

    - Oui. Je le connais depuis toujours – et je suis bien plus vieille que toi, bien plus vieille que tu ne puisse le croire. Et lui m’aime aussi. Je l’ai laissé durant quelques années pour m’occuper de toi, mais un jour je retournerai auprès de lui et tu devras te débrouiller seul. Tu ne peux pas dépendre de moi toute ta vie.
    - C’est injuste ! explosa Fabien.
    - Mais c’est ainsi. Calme-toi, Fabien… Je resterai encore longtemps… Et nous serons toujours amis.
    - C’est tout de même injuste ! cria-t-il en se levant. C’est dégueulasse ! Tu ne peux pas faire ça, tu ne peux pas !

    Il se mit à taper du pied comme un enfant contrarié, et Vénus, touchée de son émotion, le prit dans ses bras et le berça doucement comme un bébé fragile. Des larmes s’étaient mises à couler sur les joues du futur spectre, et il se laissa faire, enfouissant son visage dans le creux de cette épaule amie.
    Après quelques minutes, il se releva et essuya ses larmes d’un revers de main.

    - Je suis désolé…
    - Non, c’est à moi de m’excuser, fit Vénus. J’aurais dû te dire ça depuis longtemps… J’ai trop laissé traîner les choses…

    Fabien ouvrit la bouche, mais fut interrompu par un vacarme effrayant au dehors. Tout deux coururent à la fenêtre et ce qu’ils firent les épouvanta : des chevaliers noirs étaient occupés à mettre le village à sac, et déjà des maisons brûlaient et des gens étaient à terre. Le bruit qui les avait averti était celui d’une partie de la petite église en pierre qui s’était effondrée sous les coups des zombies. Car c’étaient des zombies, ces cavaliers à l’air si effrayant, les soldats de l’armée d’Hadès. Le dieu lui-même n’était pas présent, mais on sentait une forte puissance au sommet de la colline et Vénus reconnut Dead, le spectre de la Mort. Elle se mit à réfléchir à toute vitesse à ce qu’elle pourrait bien faire, mais fut tirée de ses pensées par Fabien qui ouvrit la porte.

    - Où vas-tu ?
    - Il faut partir !
    - Fuir ? Et le village ? s’exclama la combattante.
    - Nous ne pouvons rien contre eux, ils sont trop nombreux et trop bien armés ! fit remarquer le jeune garçon avec justesse.

    Vénus acquiesça machinalement et le suivit à l’extérieur. Ils se fondirent dans la foule mais soudain elle perdit Fabien de vue. Elle se retourna et vit qu’il avait trébuché, et qu’il allait être rattrapé par les soldats noirs.

    - Mon dieu, Fabien !

    Elle se mit à courir vers lui, mais une poutre se détacha quelque part au-dessus d’elle et lui tomba dessus. Elle était trop entraînée pour être plus qu’étourdie, et tenta de se dégager, mais secoua trop fort et tout un pan de mur s’écroula. Elle perdit connaissance quand une pierre la toucha à la tempe.

    ***

    Fabien regardait de tout les côtés, apeuré. Il n’avait jamais appris à se battre, et maîtrisait à peine la magie qui était en lui. Car il avait un grand potentiel magique. Keiko lui avait expliqué que les gens le sentaient, que cela leur inspirait la méfiance, et que sans doute était-ce pour cette raison qu’il avait tant de mal à se faire des amis. Mais où était-elle, Keiko, maintenant qu’il avait besoin d’elle ?
    Il se retint de crier son nom, cela ne servirait à rien et de toute façon si elle n’était pas là elle ne pouvait pas l’entendre. Il se retourna, et vit avec effarement le chef des zombies s’approcher de lui sur son énorme cheval noir. Il commença à courir, mais ses pieds s’emmêlèrent et il tomba à terre dans un bruit mat. Lorsqu’il vit le sourire cruel du spectre, il comprit, ou crut comprendre. Keiko l’avait abandonné. Elle aussi. Sa mère, d’abord l’avait abandonné alors qu’il était bébé. Puis tout ses amis, un par un. Et maintenant elle. Elle avait trouvé quelqu’un d’autre, et l’avait laissé là. Il était de nouveau seul. Seul. Il comprit qu’il serait toujours seul.
    Il ne résista même pas quand, sous un ordre de Dead, les zombies attachèrent des chaînes à ses poignets.

    ***

    Mars, Rubis, Mercure, Émeraude et Cristal avaient joint leurs forces, et Mars s’étonnait de voir Dead réussir à résister à leurs assauts combinés. Le spectre de la Mort ne dégageait pourtant pas une grande énergie, peut-être un peu plus que l’un d’eux mais certainement pas plus qu’eux cinq.
    Elle évita une attaque du spectre d’une roulade, puis se décida à mettre son ordinateur de poche en marche.

    - Bon, voyons voir…

    Elle tapa quelques touches, puis laissa à l’ordinateur le soin d’étudier la situation. Après une ou deux secondes, un ‘bip’ sonore la prévint que l’analyse était terminée, et elle s’apprêta à regarder les résultats quand un avertissement la prévint d’une nouvelle attaque de leur adversaire. Elle l'esquiva, puis reporta son attention sur son ordinateur. Ses yeux s’agrandirent de surprise lorsqu’elle lut le rapport.

    - Impossible…

    Elle demanda à l’ordinateur de recommencer, mais le même résultat s’afficha. Au bout de la troisième analyse, elle se dit que son ordinateur devait être déréglé et elle appela le protecteur de Neptune.

    - Rubis !
    - Oui ?

    Il réussit à se rapprocher de son amie, et elle lui montra ce qui l’avait tant étonnée. Ce fut au tour de Rubis d’être stupéfait.

    - Mon ordinateur doit être en panne. Essaye avec le tiens.

    Rubis acquiesça, et la petite machine se mit à calculer.

    ***

    Quand Vénus se réveilla, elle sentit une sourde douleur au front. Elle avait l’impression qu’un orchestre avait élu domicile dans les environs de son cerveau et qu’il jouait à cœur joie. Lorsque son mal de tête se calma un peu, elle ouvrit les yeux et battit des paupières pour se réhabituer à la lumière crue de l’après-midi. Enfin, elle déplaça la poutre qui immobilisait sa jambe gauche et se releva. Et n’en crut pas ses yeux. Autour d’elle, il n’y avait rien. Rien. Néant. Il ne restait rien du petit village de campagne qu’elle connaissait si bien, et elle se rendit compte qu’elle avait eut de la chance de n’avoir pas été tuée, elle aussi. Chance qu’elle devait sans doute à son invisibilité.
    C’est à ce moment qu’elle se rappela de Fabien. Où pouvait-il être ? Elle se concentra une seconde, et, retrouvant la trace de son protégé, se lança à la poursuite de l’armée du dieu des Enfers.

    Elle les rejoignit trois semaines plus tard. Ils avançaient rapidement, mais étaient ralentis par les esclaves qu’ils avaient capturés et qui étaient sans doute destinés à servir Hadès tout le restant de leur vie, à moins qu’ils ne servent de nourriture aux monstres. Elle ne repéra pas Fabien tout de suite, et eut du mal à le reconnaître.
    Le jeune garçon avait énormément grandi durant ces semaines, bien plus qu’il n’aurait dû. Il était maintenant solidement bâtit, et on pouvait déjà voir une ressemblance avec Fear qu’elle connaissait. Son teint était pâle, des cernes creusaient ses yeux. Ses yeux. Elle sursauta quand elle lut les sentiments qu’ils exprimaient. Haine. Désespoir. Mépris. Elle comprit qu’elle ne pouvait rien faire de plus pour lui, et se résigna à retourner dans le monde réel quand elle vit Dead s’approcher du jeune homme. Elle le vit se pencher vers lui, son habituel sourire froid collé aux lèvres, et déposer sa main sur le front de Fabien. Elle vit les yeux du spectre se mettre à briller, ses joues se colorer, alors que celles du brun se creusaient. Comprenant ce que cela signifiait, elle se dépêcha de retourner dans le présent pour prévenir ses amis, tout en priant pour qu’il ne soit pas trop tard.

    ***

     
    - Saphir, fais-moi revenir, vite !
    -
    Comme tu veux…

    Le gardien n’avait pas vu ces derniers instants, trop occupé à esquiver les coups du spectre de la Mort qui avait décidé de s’en prendre à lui aussi. Vénus se releva lentement, alors que Fear reprenait ses esprits. Mais elle ne regardait pas le spectre de la Peur.

    - Saphir ! Terre ! Tout le monde ! Éloignez-vous tout de suite de Dead !

    Les autres la dévisagèrent, étonnés, puis obéirent en entendant l’intonation impérative de sa voix. Au même instant, l’ordinateur de Rubis termina son analyse et il regarda rapidement le rapport. Il fit un signe affirmatif à Mars, et celle-ci secoua la tête.

    - Merde ! On n'avait vraiment pas besoin de ça !

    Dead s’arrêta, et son sourire sadique s’accentua en voyant les mines atterrées des trois guerriers.

    - Vous avez découvert mon petit secret, dirait-on.

    Rubis, Mars et Vénus pivotèrent vers lui d’un même mouvement, sur leurs gardes. Voyant les mines interrogatrices de leurs compagnons, Mars pointa un doigt accusateur et dégoûté vers le spectre.

    - Cet homme… Est un vampire !

    Les autres en restèrent sans voix.

    - Un vampire ? Mais les vampires n’existent pas ! s’exclama Émeraude.
    - Et même s’ils existaient, repris Cristal, il n’a aspiré le sang d’aucun d’entre nous, sans quoi nous l’aurions vu.

    La combattante au quartz secoua la tête.


    - Ce n’est pas un vampire au sens où vous l’entendez. Ce… Cette chose se nourrit de notre énergie vitale. C’est pour cela qu’il ne dégage presque pas d’énergie: il utilise la nôtre !

    Un masque de parfaite stupéfaction fit se figer sur les visages des guerriers. Dark et Hadès cessèrent une seconde leurs combat, puis le reprirent. Dead sourit. Hadès, visiblement déjà au courant, aussi. Deux sourires fins. Ils avaient l’air content de la réaction.

    - Ce n’est pas tout a fait juste. Il est vrai que j’aspire votre énergie, qui accroît ainsi la mienne, mais ce n’est pas pour cela que je ne dégage pas beaucoup de puissance.
    - Alors pour quelle raison ?

    Le sourire du spectre est celui d’un chat jouant avec une sourit, pensa Cristal. Et soudain cela l’horrifia.

    - Ne me dit pas que tu t’amuses ?
    - Tu as trouvé le mot. C’est cela, je m’amuse.
    - Tu t’amuses ! explosa Cristal. Tu t’amuses ! Nous risquons tous nos vies dans ce combat ! Et toi, tu T’AMUSES !

    Dead ne semblait pas le moins du monde troublé par la colère du protecteur. Il semblait plutôt amusé – c’était le cas de le dire – par son éclat.
    Vénus secoua la tête, et décide de se concentrer à nouveau sur Fear. Celui-ci n’avait pas vu ce qui s’était passé dans son passé, il avait juste l’impression d’avoir été inconscient et se demandait ce qui se passait. En voyant la combattante de l’Ambre se diriger vers lui, il se mit en garde. Vénus secoua doucement la tête.

    - Fabien…

    Les yeux du spectre s’agrandirent d’étonnement en entendant son véritable nom. Il dévisagea Vénus plus attentivement, et n’arriva pas à retenir une exclamation de surprise.

    - Keiko !
    - Tu te souviens de moi, Fabien ?
    - Mais… mais…

    Fear semblait totalement perdu.

    - Oui, je suis Keiko. Mais écoute-moi, Fear ! Je ne voulais pas ! Je te jure que je ne voulais pas te laisser !
    - C’est faux ! Tu m’as abandonné comme les autres !
    - Non ! cria Vénus. J’ai été assommée par une pierre, et je n’ai pas pu te sauver ! Mais je l’aurais fait ! Elle se reprit et murmura : Quand je t’ai retrouvé quelques semaines après, il était déjà trop tard… Mais je ne t’ai jamais abandonné, jamais.

    Soudain, Fear sembla soulevé de terre et ses vêtements sombres disparurent, peu à peu remplacés par des pauvres loques grises. Le corps du spectre rétrécit, et lorsqu’il toucha à nouveau le sol il était redevenu le petit Fabien que Vénus connaissait si bien.

    - Ke… Keiko ?
    - Fabien !

    La combattante courut jusqu’au jeune garçon et le serra très fort dans ses bras, puis essuya les larmes qui coulaient à flot sur ses joues.

    - Je suis désolé ! Je suis vraiment désolé de tout ce que j’ai fait !
    - Chut… Chut… Ce n’est pas grave.

    Petit à petit, les sanglots du brun se calmèrent et Fabien sourit. Brusquement, son sourire se figea.

    - Attention !

    Vénus se retourna d’un coup, et évita de justesse une boule d’énergie de Dead. Malheureusement, elle se rendit compte trop tard que l’attaque ne lui était pas destinée et que Fabien, redevenu humain, n’avait plus ses pouvoirs de spectres et qu’il ne pouvait pas éviter la boule.

    - Non…

    Le jeune homme sourit alors que la boule se rapprochait de lui. Il fit un petit signe d’adieu de la main.

    - Au revoir, Keiko. Et merci…
    - FAAAAAAABIEEEEEEEEEEEEEEENNNN !

    Explosion.
    Sang.
    Un corps qui éclate.
    Les morceaux sont à leur tour anéantis.

    - Fa… Fabien…

    Il ne restait plus rien du jeune garçon qui se tenait là, plein de vie quelques instants plus tôt. Un rictus triomphal étira les lèvres de Dead.

    - Bien fait. Ce traître n’en méritait pas moins.
    - Assassin… fit Vénus en se relevant.

    Dead s’inclina en une révérence parodique.

    - Merci du compliment, vous me flattez.
    - Tu vas payer !
    - Vous croyez vraiment pouvoir faire quelque chose ?

    Tous se figèrent en entendant cette voix. C’était Hadès qui avait parlé. Dark se tenait sur un genoux, haletant, blessé de toutes parts alors que le dieu ne semblait même pas essoufflé. Les yeux d’Hadès et de Dead se croisèrent, et le même sourire sadique vint étirer leurs lèvres pâles.
    Soleil se figea, puis secoua la tête et soigna Dark d’une incantation bien placée. L’ex-spectre se releva, les yeux durs.

    - Tu aurais pu me prévenir, dit-il.

    Les regards des guerriers se tournèrent vers leur ami, sans comprendre.

    - C’est vrai, j’aurais pu, sourit le dieu des Enfers.

    Les yeux de Soleil se plissèrent.

    - Tu as combien de fils ainsi, Hadès ?
    - Quoi ?

    Toutes les prunelles se tournèrent vers Dead. Celui-ci s’en apperçut.

    - Vous ne le saviez pas ? Moi aussi, je suis le fils d’Hadès. Son fils cadet, et le demi-frère de Dark.
    - Je répète ma question, combien de fils as-tu ? demanda Soleil à son égal.

    Celui-ci compta négligemment sur ses doigts.

    - Voyons… Dead, le plus jeune… Fear, qui était spectre avant Fabien et que tu as tué, l’avant-dernier, et Dark, l’aîné.

    A ces mots, les poings de Dark se crispèrent.

    - Il y a aussi…
    - Il est mort, coupa Hadès.
    - …

    Il y eut un moment de silence.

    - Je ne le permettrai pas, qui que tu sois.

    Cette phrase brisa la paix qui avait régné ces quelques minutes et Dark je jeta à nouveau sur son père alors que Dead se tournait vers Vénus, qui avait prononcé ses mots.

    - Qui que tu sois, je ne te laisserai pas prendre une vie innocente ! hurla-t-elle.

    Saphir se plaça à la droite de la combattante, et Terre à sa gauche. Ils lui prirent chacun une main. Leurs pierres se mirent à briller, et leurs puissances s’unirent. Les autres guerriers les imitèrent, et ils formèrent rapidement un cercle autour du spectre. Celui-ci se mit à paniquer en se rendant compte qu’il n’arrivait pas à absorber leurs énergie : celle-ci était trop riche en lumière et s’il l’absorbait, il risquait de mourir, tout simplement. Quant à ce qui arriverait s’il ne l’absorbait pas…

    - Par mon pouvoir et celui d’Aphrodite, globe de Vénus !
    - Par mon pouvoir et celui de Chronos, boule de Pluton !
    - Par mon pouvoir et celui d’Hermès, sphère de Mercure !
    - Par mon pouvoir et celui d’Arès, bille de Mars !
    - Par mon pouvoir et celui de Gaïa, orbe de la Terre !
    - Par mon pouvoir et celui de Zeus, cercle de Jupiter !
    - Par mon pouvoir et celui d’Urania, disque de Uranus !
    - Par mon pouvoir et celui de Poséidon, circonférence de Neptune !

    Huit globes filèrent vers le centre du cercle, et y explosèrent. Et Dead explosa.
    Les guerriers s’affalèrent au sol, épuisés par la quantité d’énergie qu’avait nécessité cette attaque surpuissante.
    Hadès eut une moue méprisante en voyant son fils tué ‘si facilement’ par ‘de simples’ guerriers de Soleil. Et détourna son attention. Soudain, Dark lâcha son épée et saisit Hadès par derrière, de façon à ce qu’il ne sache pas se dégager.

    - Maintenant, Soleil !

    C’est à ce moment qu’Hadès comprit son erreur. Si Soleil lançait une attaque de lumière maintenant, il serait tout simplement renvoyé en Enfer pour quelques siècles. Quant à son fils…

    - Tu sacrifies donc Dark pour me tuer ?
    - Non, Hadès… Dark est protégé par l’Améthyste, il ne te suivra pas dans le royaume des morts.

    Le dieu ouvrit la bouche pour riposter, mais il n’en eut pas le temps.

    - Lumière ! Essence de vie, symbole d’espoir ! Viens à moi et purifie ce lieu ! Purification de l’Aube !
    - Pff… Soleil… Tu as gagné…

    Ce fut les derniers mots d’Hadès dans cette vie.

    - On… On a gagné… réalisa Cristal. On a gagné !

    Soleil sourit. De son sourire si chaud, si doux, si… Son sourire se figea, et se transforma en grimace d’horreur.

    - Aurore !

    La déesse s’écroula, alors qu’Illness essuyait son couteau trempé de sang. Furieux, Dark lui trancha la tête d’un coup d’épée, avant de se pencher vers sa chère déesse Aurore. Celle-ci lui sourit.

    - Prends soin de la Voie Lactée durant mon absence…

    Et rendit l’âme.

    - Aurore… NOOOOOOOOOOOOOOOONNNNNNNNNNNN !

    ***

    Dark déposa doucement le corps de sa bien-aimée dans le cercueil de verre, puis sortit du château sombre et retourna au château Solaire.

    - Que comptez-vous faire ? demanda-t-il aux guerriers.
    - Nous allons nous mettre en hibernation au centre de nos planètes jusqu’à la prochaine réincarnation de Soleil, expliqua Terre.
    - Très bien…
    - Et toi ? s’inquiéta Vénus. Que vas-tu faire ?
    - … Je vais voyager.
    - Tu reviendras, hein ?

    Dark sourit.

    - Je reviendrai pour la prochaine réincarnation d’Aurore.
    - Promis ?
    - Promis.
    - C’est bien.

    Et le fils d’Hadès s’envola dans l’espace.

    - Au revoir, Dark.

    Partie 4