Choc culturel

« All the leaves are brown…
- All the leaves are bro-own…
- And the sky is grey…
- And the sky is gre-ey… »
Les deux voix chantant, l'une très approximativement, se turent alors que l'enseigne Kim fit irruption dans l'infirmerie. Il marqua une pause, surpris, puis fit remarquer : « Docteur, Tom est capable d'être assez énervant sans que vous l'encouragiez à chanter en plus !
- Vous savez, dans ce domaine, n'importe quel changement serait une amélioration. Un peu de pratique ne lui fera pas de tort, et surtout ça contrôle ses élans. Il était particulièrement bruyant cet après-midi.
- Heu… si vous le dites. Tom, tu es en retard, tu viens à l'holodeck ou on remet ça ?
- Juste un instant, répondit l'intéressé, je devrais avoir fini dans quinze minutes. Le docteur m'a cruellement imposé une surcharge de travail mais grâce à ma légendaire efficacité j'ai presque terminé.
- Bien sûr, répliqua le Docteur, Un novice aurait pris près de la moitié du temps que vous avez mis à faire cette tâche, c'est un talent extraordinaire !
- Dites, vous m'en voulez encore, pour ce matin !
- Mais non, c'est de l'histoire ancienne ! Retournez au travail maintenant, votre ami vous attend.
- Ouais, vous êtes encore fâché… »
Le ton moqueur de l'enseigne Paris aurait sans doute déplu à Kim, pensa ce dernier, s'il lui avait été adressé. Il aimerait bien savoir à quoi référaient les mots « ce matin », connaissant Tom ce serait divertissant à entendre. Il lança en quittant : « Je t'attends à l'holodeck deux. »
Il l'attendit un certain temps, mais le Capitaine Proton ne se présenta pas pour affronter l'ignoble Chaotica. Après une heure, il s'en retourna à ses occupations, si son équipier finissait par venir, il l'appellerait bien.

Peu avant, sur la passerelle, un message de détresse avait été capté. Le capitaine n'était pas de service à cette heure mais le lieutenant commander Tuvok y était, et ne jugea pas nécessaire de réveiller le capitaine si tôt. Le vaisseau en difficulté était à plusieurs heures de distance et il était pour le moment impossible de communiquer avec ses occupants. La décision à prendre était évidente, Voyager mit donc le cap sur l'origine de l'appel.
Quatre heures furent nécessaires pour que le visuel soir disponible. C'était une petite navette ne correspondant pas à la technologie d'une race connue, ce qui d'ailleurs était normal puisqu'ils n'avaient jamais traversé cette région de l'espace, propulsée par un primitif moteur à combustion mais dont le concept indiquait qu'elle pouvait atteindre tout de même des vitesses transluminiques. Elle dérivait de biais, visiblement endommagée par un impact violent, du carburant fuyant par une importante fissure de la coque.
« Appelez-les, ordonna à un jeune lieutenant se tenant au poste qu'occupait habituellement l'enseigne Paris le lieutenant commander Tuvok.
- Pas de réponse.
- Réessayez… Ici le lieutenant commander Tuvok de vaisseau de la Fédération Voyager, me recevez-vous ? Nous sommes venus pour vous offrir notre assistance. »
Aucune réaction ne vint du vaisseau. Six signes vitaux y étaient détectables, leur système de communication devait être en panne. La navette n'était même pas équipée de générateurs de boucliers, il serait facile de les transporter et il n'y avait pas de doute que telle serait la décision du capitaine, mais il valait tout de même mieux la consulter avant d'agir. Tuvok activa son communicateur et appela le capitaine.
« Ici Janeway, répondit une voix ensommeillée, qu'est-ce qui se passe ?
- Nous sommes en présence d'un vaisseau en détresse. Il est impossible de contacter l'équipage, aucun bouclier n'est dressé. Permission de transporter les survivants à l'infirmerie ?
- Accordée. Ne faites rien d'autre, j'arrive. Terminé. »
Tuvok avertit la salle des transporteurs. L'équipage fut transporté directement à l'infirmerie bien qu'on ne connaisse pas leur état, mieux valait être prudent, derrière un champ de force par mesure de précaution. C'est ainsi que juste au moment où Tom Paris voulait rejoindre son ami à l'holodeck, il fut retenu un bon moment à son devoir.

« Vous ! Ne me touchez pas ! »
Trois des extraterrestres étaient blessés. Pas très sérieusement, rien qui ne se traiterait pas en quelques heures, mais les fractures dont deux d'entre eux souffraient devaient être soignées, les ecchymoses et coupures de l'autre pouvant toujours être laissées à elles-mêmes si l'infection ne s'en mêlait pas. Le problème était qu'ils refusaient énergiquement de laisser le docteur les approcher.
« Voyons, je suis là pour vous aider. N'ayez pas peur, laissez-moi vous traiter, sans soins vos blessures pourraient avoir des complications sérieuses.
- Vous vous dites docteur ? Menteur ! Vous devez être un criminel, ou un espion ! Ne vous approchez pas de moi avec cette chose ! »
Le Docteur réfléchit avant de répondre. Il était très improbable qu'il ressemble à un quelconque recherché de la région. Les extraterrestres avaient une physionomie essentiellement humanoïde mais ne se confondraient pas avec des humains. La peau grisâtre était ornée de motifs réticulés bruns, les mains n'avaient que quatre doigts dont deux étaient opposables et au lieu de cheveux une espèce de crinière partait de l'arrière de la tête et poussait tout le long de la colonne vertébrale. Le visage avait un air vaguement asiatique en un rien plus carré et un air de jeunesse était évident, malgré les différences de cette race le Docteur pouvait dire que ces individus étaient de jeunes adultes, certains encore adolescents.
Trait assez inédit pour la moyenne des civilisations connues, aucun d'eux ne portait le moindre vêtement, sauf une ceinture porte-outils sur l'un d'entre eux. Et ce n'était pas comme s'il n'y avait rien à cacher, sexuellement ils n'étaient pas si dissemblables des humains.
« Qu'est-ce qui vous fait croire que je ne suis pas digne de confiance ? tenta-t-il de raisonner.
- Si vous n'avez pas de mauvaises intentions, pourquoi vous cachez-vous ?
- Je ne cache rien, dit-il en écartant les bras pour bien montrer qu'il n'était pas armé, pourquoi…
- Vous vous cachez ! Aucune personne digne de confiance ne ferait ça !
- Je me… Vous voulez dire les vêtements ? C'est ça ? Il est de coutume pour les humains de couvrir certaines parties du corps. Faire autrement est considéré comme indécent. Soyez assuré que ça n'a aucun rapport avec de mauvaises intentions.
- Et soyez assuré que je ne ferai pas confiance à une race qui a pour coutume d'afficher son hostilité ! »

Kathryn s'était préparée en vitesse et marchait dans le couloir en direction de l'infirmerie, une tasse de café à la main histoire de se mettre en train. D'après les informations fournies par Tuvok, six extraterrestres avaient été sauvés de l'épave et transportés à l'infirmerie, où ils se montraient difficiles envers le Docteur, apparemment. Pendant qu'elle allait voir de quoi il en était, il se chargeait de retracer le système d'où originait leur vaisseau afin de les rapatrier, apparemment les dommages infligés à leur véhicule seraient plus longs à réparer qu'il ne le serait de le remorquer en tout point où la capacité de son réservoir à carburant étendait son autonomie.
Elle s'arrêta devant la porte et prit une gorgée de café pendant qu'elle s'ouvrait automatiquement à son approche. Ce qu'elle vit la fit s'étouffer et recracher désagréablement son café par le nez. Toussant, elle entra tout de même. Tous les occupants de la pièce étaient complètement nus. Des extraterrestres au Docteur, en passant par l'enseigne Paris qui était assis les jambes croisées et le visage plus rouge qu'elle ne l'avait jamais vu avant.
« Mais qu'est-ce qui se passe ici ? ? ?
- Ah, Capitaine ! s'exclama le Docteur en marchant vers elle sans se gêner de son anatomie aussi détaillée que celle d'un homme organique, Ne vous inquiétez pas, cette race considère que cacher son corps est un signe d'hostilité, c'était le seul moyen de les convaincre de me laisser les traiter. Feriez-vous confiance à un médecin qui pour vous a de toute évidence quelque chose à cacher ?
- J'aurais mieux fait de rester couchée… Où en êtes-vous ?
- Ces deux là ont encore besoin d'un peu de temps sous l'ostéorégénérateur, mais si vous êtes prête à… faire preuve de bonne volonté, les quatre autres sont capables de vous répondre à quoique vous vouliez demander. »
Elle jeta un rapide coup d'œil aux patients puis à Paris qui se tortillait pour se couvrir aussi bien que la largeur de ses mains le permettait, nu comme un ver, et s'imagina un instant à sa place. « Finissez leur traitement et appelez-moi à ce moment. »

Le système d'origine du vaisseau avait déjà été localisé lorsque le capitaine arriva à la passerelle. Il était à une douzaine d'heures de distance. « Rapport, demanda Janeway en franchissant la porte.
- Nous sommes en route pour la planète d'attache de ce vaisseau. Dans un autre ordre d'idées, le carburant utilisé devrait vous intéresser, capitaine.
- Quoi donc ?
- De l'hydrogène, comme les anciennes fusées terriennes, mais impur. En fait, près de quarante-quatre pour-cent de sa masse est constituée de deutérium. Le système est sillonné de signatures résiduelles warp, ils possèdent cette technologie. Pour gaspiller du deutérium en l'utilisant comme simple combustible fossile il doit y en avoir une source impressionnante à proximité.
- Intéressant, en effet. Nous essaierons de négocier un accord, cet arrêt risque d'être très profitable. Je crois que j'irai parler à nos invités après tout.
- Capitaine ?
- C'est un peu embarrassant, je vous expliquerai tout plus tard. À moins que vous vouliez m'accompagner ? »
Les deux officiers se téléportèrent à l'infirmerie. Tuvok avait affirmé n'être pas le moindrement du monde embarrassé puisque faire de la pudeur une entrave à la diplomatie était illogique, mais il n'en garda pas moins les mains jointes devant son entrejambe sans les en déplacer une seule fois.
Que faire des extraterrestres était un peu embarrassant. L'usage voulait qu'on présente le vaisseau et accueille les invités, surtout ceux détenant peut-être la clef d'une source providentielle de deutérium, mais il y avait une différence entre déshabiller quelques officiers pour interagir avec eux et les exposer dans les couloirs avec plus de cent quarante membres d'équipage qui n'auraient peut-être pas tous l'esprit ouvert pour les voir. Les garder dans l'infirmerie ne serait guère accueillant.
Plus une personne est pudique, plus son œil est irrésistiblement attiré par ce qu'on garde habituellement caché, à son grand dam. Ç'aurait peut-être été plus facile s'ils n'étaient pas si clairement humanoïdes… Mais il restait que leur culture un peu capricieuse était embarrassante et ni le capitaine ni son chef de la sécurité, ni personne sauf le Docteur qui semblait parfaitement confortable n'aimait l'idée d'être vu dans son plus simple appareil. Elle s'adressa à l'un d'eux :
« Bien, vous allez mieux, monsieur…  ?
- Asha, et vous, qui êtes-vous ?
- Capitaine Kathryn Janeway, et voici le lieutenant commander Tuvok, mon chef de la sécurité. Je suppose que le Docteur et le lieutenant Paris se sont déjà présentés ?
- Capitaine hein ? Alors vous êtes en commande ici ? Est-ce qu'il y a un problème ?
- Oh non, non ne vous en faites pas. Je voulais d'abord m'assurer que tout allait bien pour vous, mais à ce que je vois le Docteur est à la hauteur de la situation. Nous avons détecté un système habité à une dizaine d'années-lumière, mais aucun autre vaisseau à proximité, c'est assez bizarre. Votre vaisseau n'est pas conçu pour de grandes vitesses, ça fait un voyage assez long, non ?
- On passe beaucoup de temps dans l'espace, mais pour les grands déplacements il y a des remorqueurs. Aucun à portée de communications, malheureusement. Vous nous tirez d'un mauvais pas, je dois dire.
- C'est naturel, vous aviez besoin d'aide. En passant, nous avons remarqué que votre carburant était massivement contaminé de deutérium, en avez-vous beaucoup, comme ça ?
- Ça surprend, hein ? Il est moins compliqué de l'utiliser brut, il y a toute une géante gazeuse composée entièrement d'hydrogène radioactif à la périphérie de notre système d'origine, et si ça vous intéresse, les responsables sont plus qu'heureux de vendre aux voyageurs.
- C'est bien le système solaire dont je parlais au moins ? Vous préféreriez vérifier ?
- Oréa est la seule planète habitée à cette distance. Si vous y allez pour le deutérium, pourriez-vous nous emmener en même temps ? Les réparations de notre vaisseau dureront plus longtemps que nos rations, j'en ai bien peur. Ce n'est pas un grand détour.
- Bien entendu, nous ne vous abandonnerions pas avec un vaisseau dans cet état. Nous n'avons malheureusement peut-être pas le temps de le réparer entièrement mais il loge dans la baie de lancement un, vous pourrez compléter les réparations chez vous. »
L'homme la remercia au nom du groupe, qui approuva. Une femme, que le Docteur achevait de traiter, se leva sur un coude et demanda : « Je suis l'ingénieure chef de ce vaisseau, en fait le seul membre d'ingénierie, est-ce que je pourrais voir mon vaisseau ? Je n'ai pas pu voir les dommages extérieurs, c'est bête, les combinaisons sont toutes dans le même compartiment et il était dépressurisé.
- Bien sûr. Dès que le Docteur sera prêt à vous laisser partir. Vous transporter sur place vous poserait-il un problème ? Vous avez déjà remarqué, je crois, que nos coutumes sont un peu différentes… »
Lorsque Janeway quitta les lieux, elle était plutôt satisfaite et ne pensait plus à sa nudité qu'assez pour se souvenir de ne pas sortir dans les couloirs ainsi. Qui sait, elle pourrait peut-être même rencontrer elle-même les diplomates de cette civilisation !

Tandis que le Docteur, seul à être vraiment confortable en la présence des extraterrestres, les accompagnait à la baie de lancement où le lieutenant Torres évaluait les dommages et ce qu'elle pouvait y faire, le capitaine réunissait une petite équipe diplomatique et les préparait à la rencontre. Neelix hésita un long moment avant d'accepter, puis céda. Chakotay refusa mais elle n'alla pas jusqu'à lui ordonner de participer, avec elle, Tuvok et le Docteur ce serait un groupe assez significatif pour accueillir des représentants oréens.
Elle s'entretint à nouveau avec les invités mais cette fois à distance et sans l'image, question d'en savoir plus sur leur race afin de bien aborder les officiels de leur planète. Pour autant de deutérium pas question de faire mauvaise impression ! Quoique selon ce qu'Asha ajouta il ne leur serait guère difficile d'obtenir un bon prix pour le précieux combustible.
En effet, la géante gazeuse mentionnée par le jeune homme avait la masse d'une petite étoile. Une faible quantité d'hélium attestait de son passé nucléaire et prouvait qu'elle pouvait redevenir une véritable étoile, mais une réaction inexpliquée l'avait éteinte des milliards d'années plus tôt, bien avant que la vie ne surgisse dans le système, éteinte.
Cependant depuis quelques siècles les scientifiques s'alarmaient : le centre de la planète s'échauffait dangereusement, quelle que fut cette ancienne réaction elle se déstabilisait. Il allait sans dire qu'une seconde étoile aussi près d'eux tuerait toute vie dans le système solaire !
C'est pourquoi tout en recherchant parmi les étoiles environnantes une nouvelle planète habitable où déplacer la population, on encourageait à dépenser tout le deutérium et l'hydrogène possible, avec un peu de chance on serait sous la masse critique avant l'explosion finale. Mais même les quelques races venant s'approvisionner à cette bombe à retardement n'en enlevaient que quelques centaines de milliers de tonnes par année, ce qui au niveau astronomique était ridicule.

Les quelques heures passèrent, pendant lesquelles Neelix porta aux six jeunes personnes occupées à restaurer la coque abîmée de leur navette un plateau chargé d'un repas généreux qui leur plut beaucoup. Il eut l'occasion de faire l'expérience de leur… coutume, car s'ils supportaient de voir une personne suspecte à leurs yeux, B'Ellana, analyser leur vaisseau tant qu'elle ne le touchait pas, dans son cas ce serait comme avec le Docteur. S'il montrait ce qu'ils appelaient de l'hostilité ils le prendraient sans doute pour un empoisonneur !
De la passerelle, on voyait enfin la destination, une belle planète semblable à la Terre autour de laquelle allaient et venaient des vaisseaux de toutes classes et de tous genres. Des petites navettes à fusées aux remorqueurs squelettiques qui n'étaient qu'une charpente reliant un réacteur warp bien plus puissant que leur taille modeste n'en exigeait à une cabine, en passant par de lents et tout bonnement énormes vaisseaux cargos dont seule une minorité ne transportait pas de deutérium. En y ajoutant les vaisseaux étrangers des systèmes environnants, l'espace fourmillait littéralement d'une multitude de véhicules disparates.
Les extraterrestres avaient précisé la fréquence audio à utiliser, il n'y aurait pas l'image toutefois, la quantité de vaisseaux infestant l'espace faisait en que les fréquences disponibles étaient denrée rare, et encore l'étroitesse de la bande passante causaient de sérieuses interférences.
Janeway s'adressa à la quelconque base oréenne correspondant à la fréquence fournie. « Ici le capitaine Kathryn Janeway, du vaisseau de la Fédération Voyager, nous avons secouru six passagers d'un vaisseau accidenté et voudrions les rapatrier. Votre géante gazeuse nous intéresse aussi, si vous n'y voyez pas d'offense… »
Un long bruit de friture répondit, puis il s'entrecoupa avec un rythme reconnaissable comme des syllabes. On répondait, mais c'était incompréhensible. Il fallut resserrer la bande passante au point de ne laisser filtrer que quelques ondes pour rendre le message reconnaissable.
« Ici station Delta un trois. Bienvenue en espace oréen. Veuillez cesser d'émettre, vous excédez la plage de fréquences allouée. Un vaisseau diplomatique vous rejoindra dans quelques minutes. »
Janeway haussa les épaules : « Ce n'est pas le pire accueil que j'aie connu de ma carrière, mais il ne se classe pas loin parmi les plus bizarres… »

Le vaisseau promis ne tarda guère, et le capitaine rejoignit ses autres diplomates désignés à la salle des transporteurs. Elle avait déjà vu le Docteur et Tuvok nus, mais Neelix jamais, et apparemment le visage n'était pas le seul trait où les Talaxiens différaient des humains. Elle fixa le regard droit devant elle pour éviter de jeter des coups d'œil à des choses qu'elle n'avait pas vraiment envie de voir. C'était moins pénible que la première fois, à peine quelques heures plus tôt, mais se tenir toute nue au milieu d'un groupe d'hommes tout aussi nus n'était en rien agréable. Mais si c'était un passeport vers une source illimitée de deutérium…
On avertit de la passerelle que les visiteurs étaient prêts à être transportés et l'enseigne assigné au transporteur, qui puisqu'il serait en partie caché par la console des transporteurs avait eu la chance de garder ses pantalons, actionna les contrôles lui faisant face. Janeway retint son souffle alors que la lumière de la téléportation lui cachait encore les traits des trois personnes se matérialisant devant elle, puis oublia de le relâcher alors que leur forme se précisait.
Il y avait deux hommes et une femme, de la même race que les six êtres qu'ils avaient sauvés, nul problème sur ce point mais… les deux hommes portaient une tunique d'une couleur de bronze et la femme une combinaison argentée dont les revers scintillaient comme un tissu de pierres précieuses. N'était-ce pas contraire à leur culture ? La femme se frappa le front.
« Encore ! s'écria-t-elle avant de faire une courte pause puis de reprendre. Ils vous ont expliqué que cacher son corps était un signe d'hostilité, je parie ? »
Seul un silence étonné fit écho à ses paroles. « Asha, Neiko, Devar et quelques autres ? De petits délinquants, ils se tiennent à bonne distance du système et s'amusent à humilier les voyageurs. Ils n'ont jamais rien fait d'illégal, il n'y a pas de loi qui interdit d'être nu dans un vaisseau spatial et ils paient leur usage des remorqueurs, on ne peut rien faire contre. Je suis désolée de vous le dire mais vous vous êtes fait avoir… »
Janeway ouvrit la bouche avec une certaine indignation et parla enfin : « Vous voulez dire qu'on s'est promenés à poil toute la journée pour rien ? Est-ce que l'histoire du deutérium est vraie au moins ?
- Oui, ne vous en faites pas. À voir votre vaisseau, vous avez les moyens de repartir avec tout ce que vos réservoirs pourront transporter sans problèmes. Vous verrez, c'est à peine plus cher que le coût d'extraction.
- Merci, ça fait au moins une bonne nouvelle. Je ne veux pas paraître impolie, mais nous laisseriez-vous quelques instants pour nous rhabiller ? »
L'ambassadrice hocha la tête et se tourna même, accompagnée des deux hommes, vers le mur du fond le temps que les quatre personnes, incluant l'opérateur de la salle, récupèrent leurs vêtements qu'ils avaient retirés sur place et les remettent en place. Le Docteur n'eut qu'une touche à presser sur son émetteur mobile pour reprendre son apparence, être un hologramme n'avait pas que des inconvénients.

Les officiers Kim et Paris étaient assis au mess. Les six extraterrestres délinquants étaient repartis, apparemment malgré leurs errances ils avaient une quelconque occupation leur permettant de payer le reste des réparations et reprendre leurs voyages, au grand dam de leurs victimes leur plaisanterie était impunie, sauf peut-être par leur accident qui lui était bien réel.
Les ambassadeurs leur avaient assuré qu'ils n'étaient pas seuls à s'être fait prendre à ce jeu de mauvais goût mais les mots n'effaçaient ni l'embarras, ni leur colère contre ces jeunes idiots. Ils seraient normalement repartis maintenant, leur présence n'était plus nécessaire maintenant que le lieutenant Torres avait amélioré l'équipement de communication et que Voyage n'excédait plus la plage de fréquences permise, mais la base de données de Voyager avait révélé une technologie qui leur serait sans doute fort utile vu la menace d'explosion de la géante gazeuse. Une sonde semblable à celle utilisée dans l'affaire tristement célèbre ayant causé la mort du tout aussi célèbre capitaine Kirk où elle avait détruit deux soleils pourrait aussi bien arrêter les réactions nucléaires dans la planète trop massive, et puisque ces réactions n'avaient pas le millionième de l'intensité de celles d'une étoile, pas encore du moins, l'onde de choc serait minime.
Harry laissait parler Tom, qui racontait son traumatisme de l'infirmerie, mais finit par l'interrompre puisqu'il était dans le sujet : « En parlant de l'infirmerie, qu'est-ce que tu as fait hier matin, pour que le Docteur t'en veuille tant ?
- Mais rien voyons, tu me connais mal Harry ! Bon, j'ai peut-être un peu amélioré son apparence pendant qu'il était désactivé…
- Amélioré ?
- Il avait peut-être un peu l'air vaguement d'un chien…
- Que ça ? Après la performance de nos charmants invités d'hier, je crains que tes mauvaises plaisanteries soient battues à plate couture. »
Tom Paris secoua la tête avec un sourire entendu et fixa les yeux sur le fond de son verre, faisant tournoyer d'un mouvement du poignet le peu de liquide qui y restait. Bientôt il recommença à déblatérer, avouant que l'aventure avait eu cela de bon qu'ils étaient maintenant prêts à faire face à une véritable planète de nudistes, et sans l'avouer ouvertement il se promit de trouver de quoi sauver sa réputation de mauvais plaisantin.
Par les hublots, on vit bientôt les étoiles se déplacer lentement d'abord, puis filer à toute allure alors que Voyager passait en vitesse warp.