Convalescence

« Et voilà, lieutenant, vous êtes prête à retourner à votre poste vous fouler une autre cheville, ou pourquoi pas vous casser un doigt ou deux, peut-être une bonne brûlure au plasma tant qu'à y être ! Avoir le meilleur médecin possible rend cet équipage imprudent, mais est-ce que quelqu'un va m'écouter ? Non, bien sûr que non ! "Ce n'est pas grave, le Docteur va tout arranger !" Essayez quand même d'y aller doucement sur cette jambe un jour ou deux. »
B'Ellana soupira, puis se leva sans répondre, parfois argumenter était inutile. Son travail faisait qu'elle avait à se glisser dans des conduits, monter, descendre dans des passages qui n'étaient pas toujours sûrs, les accidents arrivaient. Par chance, pour le Docteur du moins, elle était d'une particulièrement bonne humeur cette journée et n'eut pas de peine à retenir les remarques acerbes qui lui vinrent à l'esprit. « Merci Docteur, je vais essayer de me priver de la joie de tomber d'une échelle ces prochains jours. C'était un accident, nous sommes plus de cent quarante sur ce vaisseau, ça arrive inévitablement !
- Je ne vous contredis pas là-dessus, lieutenant, seulement, il semble que ça vous arrive plus souvent qu'à votre tour.
- Mon travail comporte des risques, au cas où vous l'auriez oublié. »
Ça y était, bonne humeur ou pas, elle avait tout de même commencé à s'obstiner. Cette tendance était dans sa nature, mais le Docteur n'appréciait pas autant être contredit. « Votre… travail. J'ai tenu quelques statistiques et pour un travail similaire, vous êtes victime de douze pour-cent plus d'accidents que la moyenne.
- La moyenne n'est pas isolée de toute ressource au mauvais bout de la galaxie, n'est-ce pas ?
- Tout ce que je vous demande, conclut-il avec exaspération, se sachant en voie de perdre ce débat, c'est de faire preuve d'un peu plus de prudence. »
B'Ellana hocha la tête, puis fit demi-tour pour sortir. Non que ce genre de conversation lui pèse, au contraire c'était divertissant, mais sa chute avait interrompu un travail qui, s'il n'était pas urgent, ne gagnait pas à être reporté. Il semblait toujours y avoir quelque part un relais à plasma qui avait besoin d'être calibré, réparé ou remplacé, cette pièce de mécanique était sans doute ce qui se trouvait de moins fiable sur tous les composants de Voyager, l'équipage mis à part.
Alors que la porte s'ouvrait à son approche, elle vit du coin de l'œil une masse sombre lui tomber littéralement dessus, et avant d'avoir compris ce qui venait de la frapper elle se retrouva étendue de tout son long sur le sol de l'infirmerie, écrasée par ce poids qui venait d'apparaître de nulle part. Elle le repoussa brusquement.
C'était un homme vêtu de l'uniforme de Starfleet. Elle aurait pourtant juré n'avoir vu personne dans l'infirmerie, et il n'aurait pas eu le temps d'entrer par la porte à peine entrouverte au moment où elle l'avait aperçu. Un accident avec le transporteur était hautement improbable, et elle aurait été informée d'un danger d'intrusion, cette présence était donc plutôt mystérieuse… pour l'instant.
Elle activa son communicateur et aurait alerté Tuvok si elle n'avait pas reconnu l'intrus à la dernière seconde. Elle avertit le capitaine, plutôt.
Puis elle se releva… tenta de se relever. Une douleur aiguë traversa sa cheville. Elle jura intérieurement, mais préféra tirer profit de la situation, non sans laisser paraître son irritation : « Ça, Docteur, si vous me dites que ce n'est pas un accident… Ça me court après ces choses là ! »

Janeway ne portait pas la plus intense des attention aux informations qu'elle recevait. Tout allait bien. Presque trop bien, depuis une semaine rien ne s'était produit, l'expérience avait prouvé qu'un tel calme ne durait jamais. Voyager suivait l'itinéraire prévu sans problème, aucune race que la première directive leur permettrait de visiter, aucune anomalie spatiale, aucun accident interne ou externe au vaisseau. Le fait le plus intéressant depuis quatre jours était la présence d'une petite nébuleuse dont les propriétés étaient tout ce qu'il y a de plus normal, et qui était maintenant loin derrière eux.
Le capitaine fut presque réjouie d'entendre son communicateur. « Capitaine ici Torres. » Si ce n'était que le ton de voix laissait présager des ennuis, elle aurait apprécié ce dérangement. Mais si un peu d'action était parfois le bienvenu, le genre d'action qui mettait l'intégrité du vaisseau et la vie de ses occupants en péril ne l'était jamais, et elle craignait un peu se retrouver face à cette situation.
« Ici Janeway, qu'est-ce qui se passe ?
- Vous avez de la visite, capitaine, un vieil ami.
- Pouvez-vous être plus précise ?
- Q. Il vient d'apparaître à l'infirmerie et semble… agité.
- J'arrive, ne bougez pas. Terminé. Chakotay, la passerelle est à vous. »
Elle laissa à son subordonné le plaisir de surveiller les étoiles et les données permettant d'y naviguer et quitta son poste en direction de l'infirmerie. La présence de Q présageait toujours quelque action, mais de quelle nature, c'était imprévisible. On s'attendrait d'un être omnipotent un peu de sagesse, mais non, cette créature pouvait aussi bien utiliser ses pouvoirs pour faire le mal que le bien, en y ajoutant l'âge mental d'un enfant de quatre ans, on pouvait toujours s'attendre à quelques ennuis.
La première chose qu'elle vit en entrant fut Torres installée sur la table d'examen du Docteur, ce dernier traitant sa cheville. Son accident datait d'assez longtemps, elle aurait déjà dû être guérie, sa blessure devait être plus grave qu'elle ne semblait. Le lieutenant inspira avec l'intention visible de parler, mais fut dépassée par l'insolent Q, qui accueillit bruyamment le capitaine : « Bonjour Kathryn ! Vous allez bien ? Votre joyeux équipage flotte sur son nuage ? Je passais par là alors je me suis dit : "Mais pourquoi ne pas rendre une petite visite à mon capitaine préféré !"
- Tout va bien par ici, merci. Et vous ? Votre fils va bien ?
- Un vrai petit monstre, les enfants, vous savez… Ne vous en faites pas, je lui ai trouvé un gardien pour mon absence.
- Et vous comptez rester longtemps parmi nous, si je peux me permettre ?
- J'aimerais bien, oui, une semaine ou deux à vous faire honneur de ma présence.
- Je… ne voudrais pas vous offenser, mais…
- Ah bien sûr ! Vous avez peur que je répande le chaos à bord ! Aucun risque, je vous en assure !
- Ce n'est pas que je mette votre parole en doute, mais vous avez tendance à vous ennuyer assez rapidement…
- Non, non, laissez-moi vous expliquer… j'ai été infecté par un virus, il court dans le Continuum depuis plusieurs milliards d'années et nous y sommes vulnérables, ne vous en faites pas il ne peut pas contaminer d'humanoïdes, qui me rend… impotent, temporairement bien sûr. Je suis aussi faible qu'un humain, c'est pourquoi je recherche votre hospitalité le temps de ma convalescence.
- Il n'est pas dans nos politiques d'ignorer un appel à l'aide, vous le savez. Aussi longtemps que vous vous engagez à ne pas créer d'ennuis, je ne vois pas pourquoi nous vous le refuserions.
- Je savais que je pouvais compter sur vous ! »
Sur ces mots il prit le capitaine par surprise et la serra dans ses bras. Celle-ci le laissa faire un moment, mais constatant qu'il avait l'intention de s'éterniser, elle le repoussa doucement. « Croyez-vous que le Docteur peut vous être d'une quelconque aide, Q ?
- Non, si je ne peux rien contre le virus, un mortel n'y peut absolument rien non plus.
- Je ne suis pas un mortel, intervint le Docteur, je suis un hologramme extrêmement sophistiqué. Avec votre aide je pourrais ajouter les informations sur votre espèce à ma base de données et développer un traitement, je suis, après tout, un excellent médecin.
- Docteur, coupa Janeway, pour l'instant je vais faire assigner des quartiers à Q, s'il choisit plus tard d'accepter votre aide, là ce sera votre affaire, mais vous n'avez pas à vous jeter dessus comme un charognard.
- Un charognard ? ! Capitaine, une urgence médicale…
- L'état de Q ne me semble pas catastrophique, Docteur, il a le droit de refuser votre assistance.
- Pas catastrophique ? s'indigna Q, Je suis à peine plus qu'un mortel, c'est tout ce qu'il y a de plus catastrophique !
- Alors vous voulez de l'aide du docteur ?
- Hmm… On verra plus tard. »
Il se tut enfin et Janeway l'escorta dans les couloirs, tout en contactant un membre de l'équipage afin qu'on s'occupe de loger Q. B'Ellana réprima un rire en regardant le Docteur d'une manière détournée. Celui-ci acheva de traiter sa cheville et l'autorisa à partir : « Et cette fois, faites attention ! Deux fois de suite…
- Quoi ? s'indigna-t-elle, Vous osez m'accuser de ne pas avoir fait attention, vous avez vu ce qui est arrivé ! »
Cette fois le Docteur abandonna la partie et leva les yeux et signe d'exaspération. À l'exception de l'enseigne Kim, tous les membres importants de cet équipage étaient d'irrécupérables têtes de mules, le pauvre garçon devait passer un mauvais quart d'heure à devoir se tenir à leur proximité immédiate toute la journée.

Neelix contourna le comptoir, un plateau à la main. Q était attablé en plein centre du mess et semblait insatiable. Il avait expliqué que, tant qu'il était malade, il était prisonnier de son incarnation et ressentait tout ce qu'elle subissait, c'était pourquoi la faim était inacceptable. Ou peut-être s'était-il découvert un goût pour la cuisine Talaxienne mais n'avouait pas un penchant aussi étrange.
Le capitaine faisait preuve de beaucoup de patience face à cette créature. Neelix, malgré toute la bonne volonté du monde, commençait à être exaspéré mais le cachait, et Q ne l'avait même pas pris pour cible explicitement. Il provoquait directement Janeway, allant même jusqu'à arborer un uniforme identique au sien, grade inclus.
« Et voici le dessert du jour, un pudding à base de graminacées parfumé aux noix tropicales le tout légèrement relevé d'un mélange d'épices secret qui est dans ma famille depuis… bien, je l'ai inventé, mais il est excellent, vous m'en direz des nouvelles ! »
Les autres occupants du mess regardèrent presque avec horreur l'invité dévorer la pâte informe qu'avait cuisinée Neelix. Personne ne pouvait manger autant de sa cuisine et survivre ! Il ralentit le rythme en approchant de la fin, et quand il eut enfin terminé le plat, son appétit s'était calmé.
« Alors, monsieur Q, la nourriture des mortels vous a-t-elle plu ?
- Je connaissais déjà ces plats, "chef", mais j'avoue que je n'avais jamais soupçonné quelle saveur la faim ajoutait aux mets. J'aimerais essayer de tout !
- Si vous dépendez de votre incarnation, je suggérerait d'éviter de la rendre malade… Vous avez déjà avalé de quoi nourrir quatre hommes !
- Vous me prenez pour un irresponsable ? Bon, je vais aller voir ailleurs sur ce vaisseau, on s'ennuie ici. »

Pour plusieurs minutes, on n'entendit plus parler de Q. Explorant le vaisseau à la recherche de quelque chose à faire, quelqu'un à exaspérer, il agit presque sagement pour une période qui dépassait son record précédent. Presque une demi-heure ! Puis il resurgit à l'infirmerie, où le docteur passa près de regretter l'avoir invité plus tôt.
« Je souffre, geignait-il. Docteur, votre monsieur Neelix est un empoisonneur ! Faites-le arrêter ! »
Le Docteur eut du mal à obtenir une lecture à l'aide de son tricoordeur médical, Q n'était visiblement pas habitué à la douleur physique et s'agitait exagérément. Pas assez, malheureusement pour ses nerfs, pour justifier une dose de sédatif. Finalement, le diagnostic qu'il avait soupçonné se justifia : « Vous avez trop mangé, Q. Occuper un corps humain implique d'utiliser un peu de votre jugement… mais d'après ce que je sais de vous, ce n'est pas dans vos habitudes. Qui sait, votre maladie vous forcera peut-être à grandir un peu !
- Au lieu de m'insulter, vous pourriez m'aider ! Je souffre !
- Ce n'est pas mon travail que de permettre aux occupants de ce vaisseau de tomber dans tous les excès sans en subir les conséquences. Votre état ne met pas votre santé en danger, sauf bien sûr, cette maladie qui vous a emmené ici en premier lieu. Si vous me laissiez l'étudier…
- Je vous ai déjà dit que c'était inutile. Même si vous réussissez à isoler le virus, ce dont je doute, vous ne pourrez rien y faire, croyez-vous que vous disposeriez de moyens contre une maladie que même un être omnipotent ne peut pas éradiquer ? Dans le Continuum, il y a eu plusieurs efforts pour éliminer la maladie, mais chaque fois qu'on en croyait débarrassé, quelqu'un tombait malade. J'ai dû l'attraper huit fois, au moins !
- Sur plusieurs milliards d'années, je crois que ce n'est pas une mauvaise moyenne. La maladie ne semble pas si pénible, vous êtes aussi exaspérant que d'habitude.
- Pas si pénible ? La dernière fois je m'amusait à contrôler le vent pour faire croire à une peuplade primitive que les dieux étaient en colère, j'ai dû passer les treize jours suivants sous la forme d'une masse gazeuse dispersée sur plusieurs kilomètres, vous croyez que ce n'est pas pénible ? J'ai dû occuper un cadavre pendant dix-sept jours lorsque les symptômes se sont développés trop rapidement pour que je choisisse une destination et que je me suis retrouvé incarné dans un faible corps humanoïde flottant dans le vide de l'espace. C'est extrêmement pénible !
- Et une autre fois, vous êtes tombés sur un vaisseau de la Fédération où un équipage bienveillant vous a accueilli, où vous avez eu l'occasion d'abuser des bonnes choses et où un excellent médecin vous offre son aide.
- La seule aide dont je veux, c'est quelque chose pour cette nausée, c'est odieux comme sensation !
- Allez vous étendre, revenez si ce n'est pas parti dans une demi-heure. »


La journée se passa sans incident notable, Q fut remarquablement calme, et ce ne fut que quatre jours plus tard que le premier événement valant d'être noté se produisit. Le capitaine était arrivée sur la passerelle depuis quelques minutes à peine quand Kim annonça que les senseurs à longue portée avaient détecté une anomalie spatiale minime. Elle ordonna de plus amples lectures, ce à quoi s'appliqua l'enseigne immédiatement. Cette tâche ne lui prit guère de temps et il put vite répondre : « Ce n'est pas naturel, capitaine. Ça ressemble à une fluctuation dans un champ de camouflage romulanais… Oui, la signature a définitivement une ressemblance avec la technologie romulanaise.
- Enseigne, vous dites qu'il y aurait un vaisseau romulanais près d'ici ?
- C'est ce que les senseurs indiquent, capitaine, mais je ne tire aucune conclusion.
- S'il y a des Romulanais par ici, il se peut qu'il y ait un wormhole vers notre quadrant, si c'est le cas on ferait mieux de contacter ce vaisseau et négocier notre passage.
- Capitaine, intervint Tuvok, ce n'est peut-être pas prudent, nos relations avec les Romulanais sont toujours tendues, de plus si leur champ de camouflage fluctue de manière à ce que nous puissions le détecter, il est possible que leur vaisseau soit endommagé, s'ils sortent d'une bataille il est très probable qu'ils se montrent méfiants.
- J'en tiendrai compte, merci. Paris, établissez une trajectoire en direction de ce vaisseau, une fois à portée contactez-le.
- Oui capitaine. »

Pour la troisième fois depuis le début de son court séjour à bord, Q se trouvait à l'infirmerie. Il se plaignait d'un ton geignard tandis que le Docteur l'examinait. « J'ai mal à la tête, Docteur, et partout et je me sens mal ! Je suis étourdi, j'ai froid et j'ai mal au cœur ! »
Le Docteur le regarda froidement avant de reprendre son examen. Q n'était définitivement pas un patient agréable, il était plus énervant encore comme mortel que lorsqu'il jouait à dieu. « Tout indique une réponse immunitaire normale... mais je ne détecte aucun pathogène. Ça pourrait être une allergie, mais je doute qu'en créant votre avatar vous l'ailliez volontairement handicapé, je suppose que si vous êtes vulnérable à ce que votre corps subit, le contraire est aussi vrai, ça signifierait que votre vrai corps, quoi qu'il soit, a commencé à combattre le virus. Je ne peux rien contre le virus, du moins avec les informations que j'ai pour le moment, mais je peux traiter les symptômes, vous ne seriez pas plus en santé, mais vous seriez plus confortable.
- Je ne suis pas un mortel, ce corps n'est réel que le temps où j'en ai besoin. Quel effet vos médicaments pourraient-ils…
- Laissez-moi essayer et on verra, si c'est réellement sans effet, alors vous n'aurez rien perdu. Une injection pour faire baisser la fièvre et calmer le mal de tête, plus une légère dose d'antihistaminique, pour commencer… »
Q laissa le Docteur appliquer un vaporisateur hypodermique contre sa peau et continuer ses mesures. Normalement, s'il se demandait quoi que ce soit il savait immédiatement, mais en ce moment, il ignorait tout, ce que le Docteur lisait sur son tricoordeur, si ce corps allait tenir le coup, si cette injection n'allait pas empirer son état, cette ignorance dans laquelle il était confiné était pire encore que son impuissance temporaire, il ressentait une angoisse qu'il n'avait jamais connue auparavant.
Il allait s'exclamer que ce n'était pas efficace, mais n'eut pas d'autre choix que d'admettre que le médicament le soulageait vraiment. Peut-être devrait-il donner sa chance au Docteur pour trouver une cure ? Sans doute échouerait-il, mais il pourrait pointer de bonnes pistes qu'il pourrait suivre lui-même une fois qu'il aurait retrouvé ses moyens. Il secoua la tête… ça ne lui faisait vraiment plus mal !
« Ça va mieux ?
- Oui… vous n'êtes pas aussi mauvais que je l'aurais cru !
- Bien entendu, puisque je suis le meilleur. Voilà, si on se fie à l'état de votre avatar, vous êtes en excellente voie de guérison. Sans traitement, vous devriez en avoir fini d'ici trois ou quatre jours, avec mon aide, si vous voulez bien me dire tout ce que vous savez de ce virus, ce pourrait être bien plus court.
- Vous savez bien que vous n'avez aucune chance… mais soit, je collaborerai… »

« Le vaisseau est à portée de vue, capitaine, annonça soudainement Paris.
- À l'écran. »
Paris appuya sur quelques touches, et le plan d'espace que l'écran affichait changea. Par contre, aucun vaisseau n'y paraissait. « Le champ de camouflage fonctionne toujours, capitaine, nous ne pouvons pas avoir le visuel.
- Essayez d'isoler les fluctuations, et ajustez nos senseurs pour compenser. »
Ce ne fut pas Paris qui s'y mit, mais le résultat ne tarda pas. Peu après, un éclair sembla traverser l'écran, une simple tache sombre, loin de donner l'image d'un vaisseau. Par courtes vagues, une noirceur informe se laissait voir, distordue au-delà de toute reconnaissance. La forme semblait trop massive pour un vaisseau romulanais standard, mais ce pouvait être l'effet de cette même distorsion, ou alors c'était un modèle inconnu de croiseur.
Kim leva les yeux de son moniteur et annonça : « Je ne peux pas faire mieux, capitaine. Au moins nous voyons où ils sont, mais je ne peux pas plus clarifier.
- Ce sera suffisant. Paris, appelez le vaisseau Romulanais.
- Pas de réponse, répondit Paris.
- Réessayez; Voyager à vaisseau Romulanais, me recevez-vous ? Ici le capitaine Kathryn Janeway, du vaisseau de la Fédération USS Voyager, répondez s'il vous plaît.
- Toujours pas de réponse.
- Janeway au vaisseau Romulanais, avez-vous besoin d'aide ? Veuillez abaisser votre champ de camouflage afin de nous permettre de vous assister.
- Ça reste silencieux, capitaine.
- Passez un scan, recherchez tout signe de vie.
- Le champ de camouflage rend le scan inefficace, capitaine. »
Janeway hésita, puis activa son communicateur et ordonna à Torres de rechercher un moyen d'annuler un champ de camouflage romulanais, si les occupants de ce vaisseau étaient en détresse, il ne serait pas dit que Voyager les aurait abandonnés.
L'attente sembla interminable, et enfin quelque chose se produisit. Non par sur l'écran, non plus sur la passerelle. Mais l'ordinateur avertit de sa voix automatisée : « Alerte d'intrusion à l'ingénierie. »
Janeway se retourna vers Tuvok, dos à l'écran. « Rassemblez une équipe de sécurité et interceptez les intrus.
- Capitaine, on a pris contrôle des commandes. Les boucliers viennent d'être désactivés.
- Quoi d'autre ?
- La propulsion est déconnectée, l'armement est déconnecté, les transporteurs ne sont pas disponibles, l'énergie principale et auxiliaire sont stables.
- Alerte rouge. Tous à son poste de combat. »
Alors que la sirène et l'éclairage annonçant l'état d'alerte s'activaient, Tuvok quitta la pièce suivi des autres officiers affectés à la sécurité. Janeway quant à elle se retourna vers l'écran et tenta une nouvelle fois de contacter le vaisseau hostile : « Vaisseau Romulanais ici Janeway. Nous sommes venus vous offrir de l'aide, nous n'avons rien fait pour justifier cette attaque. Cessez votre offensive ou nous serons contraints de recourir à la force. »
Et enfin, une réponse vint. Alors que le camouflage, maintenant inutile, était levé, Janeway put voir à qui elle avait affaire, et à moins que les Romulanais n'aient radicalement changé le concept de leurs vaisseaux, ça n'avait rien de romulanais, mis à part la technologie de camouflage qui les avait trompés. Alors qu'elle contemplait le vaisseau ennemi, une litanie qu'elle avait déjà trop entendue parvint à l'équipage par l'intermédiaire du système de communication :
« Nous sommes Borg, vous serez assimilés, toute résistance est inutile. »


Janeway voulut sortir pour rejoindre Tuvok à l'ingénierie pour aider à repousser l'ennemi, mais n'eut pas à s'y rendre pour faire face à celui-ci. Les boucliers inopérants, le Borg n'eut aucun problème à envoyer un effectif imposant à l'abordage de Voyager, et la passerelle ne fut pas épargnée. Écrasé sous le nombre, la victoire de l'équipage avait besoin d'un miracle duquel tenir.
Elle ajusta son phaser sur fréquence aléatoire, ce que plusieurs avaient dû faire avant elle vu la proportion de tirs auxquels les boucliers personnels borg étaient déjà adaptés. Mais elle parvint, non sans l'aide des autres occupants légitimes de la pièce, à se tailler un chemin jusqu'au corridor à coups de phaser. Alors qu'elle sortait, elle aperçut du coin de l'œil la lueur verdâtre d'un autre transport, tous ceux qu'elle avait pu abattre remplacés par des troupes fraîches.
Elle s'assura que personne ne se trouvait derrière elle et avança vers sa destination originale, incertaine si maintenant que tout le vaisseau était occupé il était bien utile de défendre l'ingénierie. C'était en tout cas mieux que rester sur place en attendant d'être assimilé.
Alors qu'elle ralentissait pour vérifier si la voie était libre passé un tournant, elle sentit une main serrer fermement son épaule. Solidement retenue, elle ne put se retourner mais tournant la tête, elle eut tout le loisir de constater que ce n'était pas un allié tentant d'obtenir son attention. Elle voulut se dégager, sachant bien que cette stratégie était inefficace, et aurait totalement paniqué si elle en avait eu le temps en apercevant, un instant seulement, le Borg n'ayant pas tendance à faire durer le suspense, le poing surmonté des deux dards qui lui injecteraient les nanosondes qui mettraient définitivement un terme à sa résistance.
Malgré qu'elle en fut responsable, Janeway fut surprise de sentir le corps la retenant s'alourdir, un moment appuyé sur elle, puis poursuivre sa chute au sol. Ces attaques étaient si rapides, elle n'avait même pas pensé à utiliser son phaser, mais instinctivement, elle avait tiré à plusieurs reprises sur son agresseur, et plusieurs tirs avaient été efficaces à en juger par l'ampleur des dommages.
Elle se remit en route, hâtant davantage le pas. Si le collectif s'était mis en tête de l'arrêter, ce contretemps ne serait pas le seul, au contraire. Bien entendu, les choses ne pouvaient pas être aussi simples que si sa destination s'était trouvée sur le même étage, et elle n'osait pas utiliser les turboélévateurs. En théorie ils devaient être fonctionnels, du moins si l'état du vaisseau n'avait pas changé depuis le rapport que Tuvok en avait donné, mais dans un espace aussi confiné, elle serait aisément prise au piège, ou simplement coincée et donc incapable d'intervenir.
Elle s'arrêta donc au prochain accès aux conduits de maintenance, l'ouvrit et s'y glissa, espérant que l'ennemi n'ait pas prévu cette manœuvre. Elle rampa sur une dizaine de mètres avant de parvenir à une échelle, qui malheureusement n'était pas inoccupée. Un Borg occupait cet espace, s'affairant à accéder aux circuits du vaisseau. Il ne la remarqua pas avant qu'elle l'abatte et il tomba sur la hauteur de trois quais, butant contre les murs avant d'atterrir en travers d'un accès. Un humain se serait brisé tous les os dans une chute pareille, elle ignorait ce qu'il en était pour lui mais ne perdit pas de temps à se le demander.
Elle se rendit à l'étage voulu et, avant même de quitter l'échelle, réalisa qu'on l'attendait. Maintenant, semblait-il, elle valait la peine d'un effort pour l'arrêter. Aux étages supérieur et inférieur, elle pouvait voir les silhouettes sinistres lui couper toute retraite. Elle ne pourrait pas combattre cette multitude, elle devait fuir, mais les trois directions possibles étaient occupées.
À moins que… elle risquait des blessures graves, ou même la mort, mais c'était mieux que tomber entre les mains du Borg. Elle lâcha les barreaux de l'échelle et en retira les pieds, espérant tomber sans heurter d'obstacle pour ne pas être rejetée dans tous les sens et perdre le contrôle de sa chute comme celui qu'elle venait d'abattre. Au moment où elle avait lâché prise, le passage était bloqué et elle heurta d'une jambe son occupant, ce qui la rejeta contre l'échelle où elle se frappa violemment la mâchoire. Elle ne le sut jamais, mais ce choc la sauva, en tombant elle s'éloignait lentement de l'échelle et se serait reçue le dos contre le rebord d'une cloison, se fracassant les vertèbres lombaires.
La douleur subite due au choc de sa tête la désorienta, mais pas assez pour qu'elle oublie de freiner sa chute au plus vite. Elle avait dépassé l'étage inférieur, trop infesté pour qu'elle puisse possiblement le traverser, elle ne devait pas se laisser trop accélérer. Tendant les mains, elle attrapa le premier barreau qu'elle put et serra aussi fort que possible. Elle crut que ses bras allaient s'arracher de ses épaules tant la douleur fut atroce. Définitivement, elle avait déchiré quelques ligaments ou muscles ou quoi que ce soit qu'il y avait là. Elle avait toujours trop de vitesse quand elle réussit à trouver un appui à l'aide des pieds, grâce à l'angle de son corps elle ne se blessa pas les jambes, mais bascula et atterrit le dos en premier un étage plus bas qu'elle l'avait prévu.
Un désagréable engourdissement gelait sa langue, si elle l'avait mordue tout à l'heure ce n'était sans doute pas beau à voir, et la douleur dans ses épaules ne se calmait pas, mais le pire était une vague sensation d'oppression et une étrange incapacité à contrôler les muscles de sa poitrine et de son abdomen. Ce n'était pas la première fois qu'elle se retrouvait en détresse respiratoire, n'importe qui à qui il arrivait de tomber de haut connaissait bien cette sensation et généralement ça passait avant d'être vraiment dangereux, mais c'était la première fois où le moment était aussi défavorable. Luttant pour reprendre le contrôle de ses poumons, ou seulement se relever, elle vit le petit point rouge d'un laser balayer la paroi devant elle, indiquant une présence borg juste hors de son champ de vision. Les autres l'ayant vue tomber, il ne pouvait pas ignorer sa position, sa fuite se compliquait de plus en plus, sans compter qu'elle l'éloignait de sa destination.
Elle rampa dans un conduit, espérant qu'il y ait des doutes quant à l'étage exact de son atterrissage, ce qui lui donnerait peut-être quelques secondes de plus. Celui qu'elle avait vu se dirigeait vers l'échelle, le collectif savait que, quelle que fut la hauteur où elle se trouverait, elle ne pourrait pas être loin de l'échelle, son semblant de cachette était des plus temporaire.
Regrettant qu'il n'y ait pas de sas pour s'isoler de cette section un peu trop malsaine, elle recula autant que possible, pour s'assurer d'avoir le temps de tuer un agresseur éventuel avant qu'il puisse arriver à sa portée. Une trop grande plage des fréquences possibles du phaser avait été utilisée lors d'autres rencontres avec le Borg, il était possible d'avoir à tirer plusieurs fois avant de tomber sur une modulation à laquelle il ne serait pas adapté. C'était tout de même une chance que pour une raison incompréhensible les boucliers personnels n'aient pas été améliorés pour être efficaces contre les divers modes d'une arme dont, après tout, seule la fréquence du signal variait, sinon elle n'aurait strictement rien pour se défendre.
Non, elle n'avait pas été précédemment repérée, ce ne fut qu'après avoir passé un autre chemin en revue que le Borg qui partageait le même étage parvint au sien, et se dirigea immédiatement vers elle. Elle tira, encore, et encore, et ce ne fut qu'au troisième essai qu'il s'effondra, mortellement atteint. Maintenant les autres viendraient…
Janeway surveilla intensément l'accès, par où elle voyait quelques-uns des échelons du conduit l'ayant mené à ce quai, prête à tirer sur la première chose qui bougerait. Alors qu'une première cible se présentait enfin, elle entendit un déclic derrière elle et sursauta d'horreur en constatant que le cul-de-sac où elle s'était réfugiée se terminait en réalité sur une trappe s'ouvrant sur les couloirs, que le Borg venait d'ouvrir pour la surprendre par derrière. Les nanosondes étaient généralement injectées par une artère du cou pour une dispersion plus rapide, mais n'importe quelle partie du corps était aussi vulnérable, avoir deux extrémités à protéger était plus pénible encore que se tenir à découvert, constata-t-elle.
Un ennemi s'engageait dans le conduit du côté de sa tête, cette fois elle n'eut besoin de faire feu qu'une fois pour l'abattre, ce qui était heureux, car la distraction des autres à ses pieds lui avaient fait perdre un temps qui avait permis de dangereusement s'approcher. Les deux corps empilés bloquaient la voie aussi bien que deux cadavres pouvaient le faire, elle se permit donc de se détourner de cette direction et de tirer vers les autres, espérant ne pas se tirer dans le pied, elle n'avait pas mis le phaser à puissance maximale pour se permettre un plus grand nombre de tirs avant d'épuiser son énergie, elle ne serait donc pas désintégrée si elle était touchée, mais un pied carbonisé n'améliorerait certainement pas sa situation.
Trois tombèrent sous son feu, mais il en venait toujours plus, si un seul membre d'équipage, capitaine ou pas, avait à affronter autant d'opposants, combien y en avait-il sur le vaisseau entier ? Ça avait tout d'une situation désespérée. Il n'avait pas fallu longtemps au Borg pour contourner l'obstacle créé par les cadavres dans le conduit, et alors que Janeway était occupée à tirer entre ses jambes pour se protéger de ceux à ses pieds, on l'agrippa par les cheveux et l'attira dans la direction opposée.
Elle leva la tête, mouvement limité par la poigne la retenant, juste à temps pour voir pour la deuxième fois de la journée ces deux maudits dards plonger vers elle. Rapidement, elle éleva son phaser et tira, mais ses premiers tirs ne parvinrent même pas à ralentir le mouvement, il n'y avait rien à faire contre ces monstres ! Elle tira à nouveau, mais sans effet, si quelques-uns des autres s'en sortaient ils devraient réajuster la plage de fréquences des phasers, il n'y avait vraiment plus rien à tenter.
Elle appuya donc le phaser contre sa propre gorge, elle ne serait pas assimilée ! La seule chose qui la retint dans son geste fut le fait qu'elle ait eu tant de temps. Le Borg travaillait efficacement, promptement, elle n'aurait pas dû avoir le temps d'autant d'actions. Comme pour confirmer son doute selon lequel ce qui se passait était anormal, après le bref éclair d'une téléportation elle se retrouva soudainement seule avec les cadavres.
Janeway surveilla un moment les environs, puis sortit du conduit de maintenance. Mis à part les corps qui le jonchaient là où elle se tenait, elle y était seule. Un court instant plus tard, une nouvelle téléportation rappela les cadavres, et le corridor devint vraiment désert. « Janeway à Tuvok, m'entendez-vous ? » Parler était douloureux, à cause de sa langue qu'elle avait mordue, mais elle parvenait à articuler clairement.
Elle eut à répéter son appel, mais l'intéressé répondit finalement, au plus grand soulagement du capitaine. « Ici Tuvok, capitaine, comment les choses vont-elles à la passerelle ?
- Je ne suis pas à la passerelle, j'étais en route vers l'ingénierie. Les turboélévateurs sont-ils fonctionnels ?
- Je l'espère, capitaine, j'ai plusieurs membres de l'équipage à reconduire à l'infirmerie.
- Le Borg a soudainement battu en retraite ici, c'est pareil à l'ingénierie ?
- Oui, mais je n'ai pas d'explication.
- Chaque chose en son temps, Tuvok, assurons-nous d'abord de la sécurité de notre équipage.
- Oui capitaine. »

Tandis que la bataille faisait rage à l'ingénierie, à la passerelle et à tous les points vitaux du vaisseau, l'infirmerie ne faisait pas exception. Puisque seuls Q et le Docteur y étaient présents, le Borg y consacra peu d'effectifs, en fait un seul d'entre eux y fut envoyé.
Q avait laissé le Docteur prélever de son sang, il y avait peu de chances pour que le virus y soit décelable, mais si son corps était si étroitement lié à son état véritable, peut-être y trouverait-il des anticorps indiquant sa nature, et de là adapter un vaccin à la nature réelle de Q ne devait pas être impossible.
Ils discutaient à ce sujet, l'un persuadé de ses aptitudes, l'autre douteux quant aux possibilités d'un simple mortel à résoudre un problème face auquel il n'était pas à la hauteur, quand l'état d'alerte rouge fut déclaré. Comme le Docteur s'en était souvent plaint au capitaine, depuis l'infirmerie on était mal informé quant à ce qui se passait dans le reste du vaisseau, c'était embarrassant jusque dans son travail, car s'il ne savait pas à quoi les autres avaient affaire, il ignorait quel genre de blessures il aurait à traiter et n'était pas toujours aussi bien préparé qu'il l'aurait pu.
Q ne fit pas d'histoires quand il s'excusa et se détourna de lui pour se préparer aux éventualités les plus courantes, au moins. Par deux fois, on entendit des cris et des pas précipités dans le couloir, mais personne n'entra. Après un certain temps, le Docteur, impatient et nerveux, passa la tête dehors. Il rentra aussitôt et annonça d'un ton anxieux : « Le Borg. Je ne sais pas où en est le reste de l'équipage mais je crois que nous sommes en mauvaise posture, si le vaisseau a été abordé, tout ce que je peux dire, c'est que c'est une attaque qui va me donner beaucoup de travail.
- Ou alors pas du tout, remarqua Q, cynique, si l'équipage est assimilé vous n'aurez pas à vous en occuper, quoique je ne sais pas ce qu'ils feront de vous. Je crois que votre matrice holographique sera appréciée…
- En ce moment vous n'êtes pas dans une meilleure situation que n'importe lequel d'entre nous ! répliqua-t-il, irrité par une attitude aussi désagréable, Vous êtes peut-être immortel mais vous pouvez toujours passer un mauvais quart d'heure ! De plus, je vais avoir besoin d'aide tout à l'heure, vous n'êtes pas ce qui se trouve de plus brillant en matière d'assistant mais ça devra faire, vous n'avez pas le temps pour vos petites remarques. »
Q fut visiblement insulté par cette réponse mais se tut. Cette maladie l'avait déjà forcé à apprendre l'angoisse, la douleur, la faim et même l'humilité, ce qu'il mettrait immédiatement de côté une fois qu'il en aurait l'occasion, et maintenant c'était la peur qu'il connaissait. Alors qu'il était vulnérable, terriblement vulnérable, son refuge était pris d'assaut par un ennemi qui, il en savait assez long là-dessus, surpassait en puissance pratiquement toutes les formes de vie mortelles de la galaxie. Quelques jours plus tard et il aurait pu faire disparaître ces ennuis aussi facilement qu'un humain dit « Bonjour », mais les choses ne se passaient jamais aussi bien !
Un instant plus tard, la porte s'ouvrait et espérer que ce fusse un membre de l'équipage accompagnant un compagnon blessé fut en vain. Un seul ennemi se présenta, mais le rapport de force était bien calculé. Si Q aurait été un ennemi redoutable, voire invincible, dans son état normal, son corps humain n'était ni particulièrement fort, ni particulièrement vif, et encore moins habitué à un genre quelconque de lutte physique, et le programme du Docteur n'avait pas été conçu pour le combat, le titre lui tenant lieu de nom en témoignait bien !
Le Borg fit à peine une pause devant le Docteur, ses senseurs devaient lui permettre d'une manière ou d'une autre de reconnaître qu'il n'était qu'un hologramme, ou alors ils avaient déjà rencontré un programme de son genre, peu importe, le fait est qu'il ne lui accorda aucune attention et se dirigea vers l'autre occupant de la pièce, qui battait en retraite.
Q recula tant qu'il le put, puis se trouvant presque acculé, tenta de foncer vers l'extrémité opposée de l'infirmerie, mais malgré l'impression de lenteur qu'on pouvait recevoir des manières assurées mais sans empressement du Borg, ils étaient capables de vitesse lorsque c'était nécessaire, et le fuyard fut arrêté un instant après avoir débuté sa course, le peu de distance qu'il pouvait mettre dès le départ entre sa trajectoire et celui qu'il fuyait ne lui ayant même pas laissé une chance. Son élan le rejeta au sol.
Dépourvu d'arme et bien embarrassé de ce fait, le Docteur n'avait que sa force pour défendre son patient, ce qui était peu. Il savait ne pas pouvoir repousser l'agresseur, mais sut s'interposer entre lui et sa victime, ce qui fut une seconde efficace. Mais cette seconde d'efficacité ne fut que le temps qu'il fallut pour recevoir la solution appropriée du collectif, et aussitôt le Docteur se fit injecter une série de nanosondes, de la même manière que s'il avait été organique, et sa matrice commença aussitôt à montrer des signes d'instabilité.
Il n'eut qu'à éteindre et rallumer son programme pour se stabiliser, mais ce délai fut trop long pour sauver Q. N'ayant plus rien à faire là, le Borg quitta tout simplement, épargnant au moins des difficultés supplémentaires au Docteur, qui savait bien que ce n'était que partie remise, si Voyager tombait aux mains du Borg il en entendrait parler bien assez tôt.
Le processus d'assimilation était fascinant à regarder en simulation ou sur une culture de cellules, mais l'observer sur un humain était tout à fait différent. Q hurlait de ce qui était sans aucun doute une douleur abominable tandis que la progression se faisait visiblement à une vitesse effroyable, les millions de nanosondes dans son sang assemblant rapidement les implants qui l'asserviraient au collectif.
Le Docteur ne perdit pas de temps à le déplacer et transporta plutôt son équipement à son côté. Si on lui en laissait le temps, il n'aurait aucune difficulté à retirer l'intégrité de cette technologie, mais du temps, il en avait très peu, ce n'était pas son côté qui gagnait cette bataille, il se pouvait même que ses efforts soient totalement inutiles. Il ignorait en combien de temps Q serait suffisamment sous influence pour s'opposer à ses efforts, mais il ne prendrait pas de chances et le garderait sous sédatif, si c'était possible.
Il prit un vaporisateur hypodermique et le chargea d'une dose, aussi forte qu'il l'osait, de la drogue voulue et l'aurait injectée à Q si ce n'était que celui-ci fut téléporté avant qu'il puisse agir. Il se releva lentement, troublé non par ce fait, mais par ce qu'il pouvait, hypothétiquement bien sûr mais ça ne lui enlevait pas de son côté sinistre, signifier.
Se reprenant, il rassembla son matériel et le replaça de manière plus pratique, on pouvait toujours lui emmener des blessés, et attendit. Ce ne fut guère long, bientôt, il reçut un message : « Docteur ici Tuvok, plusieurs membres du personnel de l'ingénierie sont blessés, B'Ellana et Vorik ont été assimilés, préparez-vous à les traiter. »
Moins d'une minute plus tard, Tuvok entrait avec les deux victimes. Depuis d'autres pièces, sur divers quais, des patients dans le même état lui furent conduits tout le long du prochain quart d'heure, il devait débarrasser un total de trente-huit personnes de technologie borg. En y ajoutant cinquante-cinq blessés plus ou moins graves, c'était plus de la moitié de l'équipage qu'il avait sur les bras. S'il avait bien compris, l'offensive avait pris fin, mais on ne lui avait rien dit là-dessus, seulement que maintenant, il avait de quoi s'occuper longtemps.

Le capitaine arrivait enfin à l'infirmerie, y retrouver son chef de la sécurité et sans doute plusieurs autres de ses hommes. Il était possible qu'il soit reparti escorter d'autres blessés, mais elle l'y attendrait. Elle devait savoir au plus vite ce qui s'était passé. Elle avait été retardée en chemin par un jeune officier de l'ingénierie qui, complètement terrifié, s'était réfugié dans un turboélévateur et en avait bloqué la porte, bien sûr elle aurait pu passer par un autre chemin, mais laisser ce jeune homme dans cet état de panique n'aurait pas été plus avisé que perdre du temps à le raisonner, il était peut-être blessé, voire en danger de mort, elle avait donc fait son possible pour le convaincre que le Borg était parti et qu'elle était bel et bien le capitaine Janeway.
Ce fut en vain et, l'état d'urgence obligeant, elle l'avait abandonné pour finalement arriver à l'infirmerie. Comme prévu, le lieutenant commander ne s'y trouvait pas, mais une quinzaine de personnes y était déjà, elle devrait se contenter d'un minimum de questions à poser au Docteur. « Savez-vous ce qui s'est passé, Docteur ?
- Non, capitaine, vous savez bien que personne ne songe à aviser le docteur… passez-moi ce tricoordeur, juste là… peut-être pouvez-vous me dire ce qui se passe ?
- Je ne sais pas. Un instant le Borg tenait Voyager, une seconde plus tard il n'y en avait plus la moindre trace…
- Sauf les quelques milliards de nanosondes que j'essaie de retirer à votre personnel en ce moment même. Capitaine, j'ai besoin des instruments sur ce plateau, voulez-vous bien ne pas vous mettre entre moi et mon matériel ! Je crois que j'ai une explication, mais elle risque de ne pas vous plaire.
- Quoi donc ?
- Q, il…
- Quoi, coupa-t-elle, irritée par le personnage mentionné et son immaturité, il n'était pas sensé être malade ? Il bluffait ? Qu'est-ce qu'il a fait ?
- Non capitaine, Q a été assimilé, je suppose qu'à côté d'une prise comme celle-là, nous ne valions simplement pas la peine.
- Ordinateur, localisez Q.
- Veuillez préciser votre question, répondit la voix de l'ordinateur.
- Recherchez toute forme de vie à bord autre que l'équipage.
- Aucune forme de vie trouvée.
- Docteur, êtes-vous sûr de ce que vous dites ?
- Je l'ai vu, assura le Docteur, à moins de miser sur la possibilité que Q ne soit pas réellement malade et qu'il ne veuille que nous effrayer pour une raison quelconque. Donnez-moi ce vaporisateur hypodermique, capitaine, s'il vous plaît.
- Je ne suis pas joueuse, si le Borg dispose des pouvoirs de Q, je crains que l'univers entier soit menacé. Considérons le pire des scénarios. Soit nous délivrerons Q, soit nous le détruirons, mais nous ne lui laisserons pas le temps de retrouver son omnipotence alors qu'il fait partie du collectif, quoiqu'il nous en coûte. Docteur, j'ai besoin de mon équipage dans les plus brefs délais, autant que possible faites passer l'ingénierie et les pilotes en premier, je crois que je n'ai pas besoin de me justifier.
- Bien capitaine. Vous voulez peut-être que je vous voie, vous avez du sang sur le menton, ce saignement pourrait indiquer une lésion interne, probablement aux poumons, avez-vous subi un choc violent ?
- Ce n'est rien, je vous assure. Allez, il y a des cas plus grave et j'ai aussi du travail à faire. »
Le Docteur, qui n'avait pas cessé de travailler du temps de leur entretien, redoubla d'efforts tandis que Janeway rejoignait Tuvok, qui venait d'entrer, portant deux personnes inconscientes. L'une affichait plusieurs implants borg. L'assimilation de Q, aussi menaçante fut-elle pour leur futur, avait eu cela de bon, une minute de plus et l'équipage entier y passait. Elle ne s'en faisait pas pour les victimes, à un stade aussi précoce le Docteur n'aurait aucune difficulté à les débarrasser de toute cette horrible technologie.
Elle suivit Tuvok, qui retournait faire l'ambulance entre l'infirmerie et l'ingénierie, lui expliquant la situation en route. Il était impossible de simplement téléporter les blessés, les transporteurs étaient aussi paralysés que la propulsion, l'armement et tout ce qui aurait pu les aider à se défendre lors de l'attaque de tout à l'heure.


Quand un nombre suffisant de personnes indemnes fut rassemblé, quelques-unes de celles-ci, les moins qualifiées aux tâches de la reprise de contrôle de Voyager, se séparèrent du groupe pour rechercher les autres victimes, seuls cent treize membres de l'équipage ayant été retrouvés, les autres toujours manquants, probablement gisant quelque part où ils avaient voulu se réfugier avant d'avoir été rejoints par le Borg, ou alors cachés et n'osant pas sortir.
Se rendre à la passerelle était inutile tant que les fonctions que les commandes auraient dû actionner n'étaient pas récupérées, ce fut donc à l'ingénierie qu'on se rendit. Janeway, regrettant que ses meilleurs officiers ingénieurs soient à l'infirmerie, s'affaira elle-même avec l'aide de Tuvok et de cinq autres personnes à défaire ce qui avait été fait. Elle devait souvent demander de l'aide pour ouvrir un panneau ou même pousser un levier, ses bras blessés ne lui permettant qu'une force minime. Sa langue commençait à enfler et elle avait de la difficulté à se faire comprendre, quand les choses se décidaient à aller mal elles ne le faisaient jamais à moitié !
Au moins cette fois le Borg n'avait pratiquement pas installé de sa technologie à bord, il s'était contenté de désactiver toute protection du vaisseau, par des moyens qui ne furent pas trop difficiles à contrer. Ils avaient déjà récupéré les boucliers quand B'Ellana les rejoignit. Le Docteur l'avait laissée partir avant d'avoir retiré tous les implants, la connaissant elle avait dû insister pour quitter sitôt que possible, et personne n'ignorait à quel point elle pouvait être têtue, souvent insupportable.
« Torres, demanda Janeway, êtes-vous sûre que vous êtes capable de travailler, immédiatement ?
- Ces machins sont laids, mais le Docteur s'est assuré qu'ils soient inoffensifs, je peux faire mon travail, capitaine. »
Janeway n'insista pas, dans cette situation, toute l'aide possible était bienvenue, et si le Docteur l'avait laissée partir c'était qu'il était sûr qu'elle n'était pas en danger de quelque manière que ce soit. Tandis que la petite équipe travaillait, plusieurs autres membres s'y joignirent, certains complètement traités, d'autres relâchés sitôt que capables de partir par leurs propres moyens. B'Ellana en entendrait reparler, puisqu'elle avait apparemment initié le mouvement, le Docteur se formalisait généralement de ce genre de choses, il n'appréciait guère d'avoir à laisser partir un patient encore en mauvais état, peu importe l'urgence de la situation.
Avec un personnel légèrement moins rachitique, les progrès se firent plus rapidement. La propulsion auxiliaire fut vite disponible, et sans avoir à attendre bien plus longtemps ce fut au tour du réacteur exponentiel d'être de retour en service. L'armement tarda davantage mais ne fut pas nécessaire immédiatement, le Borg ignorant parfaitement Voyager. Janeway s'était promise que cette indifférence serait une erreur fatale, il lui tardait de ravoir son vaisseau dans toute sa puissance.
Vers la fin de la journée, satisfaite des progrès accomplis, elle quitta l'ingénierie accompagnée de quelques officiers et se dirigea vers la passerelle. B'Ellana travaillait sur les senseurs avec une petite équipe, sa tâche la plus urgente du moment était de les calibrer afin qu'ils puissent passer outre le camouflage romulanais, combattre un cube borg avec pour seule information sa position approximative était du suicide.
La prochaine étape serait de ravoir les transporteurs, en attendant Voyager se contentait de traquer le cube, qui par une chance certaine, sinon il n'y aurait aucun espoir de le rattraper, n'était pas passé en transexponentielle. Le gardant à portée visuelle, le vaisseau gardait une certaine distance mais une proximité qui en d'autres circonstances n'aurait rien eu pour rassurer. Les améliorations de l'ajustement des senseurs étaient progressivement visibles, bien qu'aucun scan ne soit encore fiable, la nature du vaisseau était reconnaissable, si son image avait eu ce peu de clarté à l'approche, Janeway se serait abstenue de tenter un contact. En fait, elle avait été mise en confiance par la signature romulanaise, elle aurait dû penser au fait que le Borg avait eu l'occasion d'assimiler de la technologie romulanaise au départ, elle avait fait une erreur.
Tandis que le travail progressait, une partie de l'équipage lui revenait. Les quelques implants borg dont certains n'avaient pas encore été débarrassés l'avaient choquée au départ, mais maintenant elle voyait qu'il y avait de pires cas. Paris arriva avec une enflure déformant toute la moitié de son visage au point de sembler monstrueux, d'une peu ragoûtante couleur violette, le Docteur avait réparé la veine qui déversait son sang dans les tissus mais ledit sang n'avait pas été retiré de sous la peau. Kim souffrait d'horribles brûlures, un tir de phaser mal ajusté d'un collègue l'avait atteint, il avait eu de la chance de ne pas avoir été mortellement touché. Elle vit même quelqu'un avec un bras coincé dans une attelle et tenter de travailler, mais celui-ci, indisposé par la douleur d'une fracture, avait bientôt dû retourner à l'infirmerie.
Ce ne fut qu'encore quatre heures plus tard que l'ingénierie finit sa tâche. Après s'être successivement brouillée et clarifiée, l'image du vaisseau borg sur l'écran filtrée par les senseurs devint aussi nette que si le champ de camouflage n'avait pas existé du tout, et les autres senseurs ne subirent qu'une interférence minime lorsqu'ils recherchèrent les informations utiles que le cube révélerait.
Bien que la recherche de formes de vie ne donnait qu'un résultat vague et indéfinissable lorsque passée sur le Borg, une plus grande concentration aurait pu indiquer une activité particulière, comme l'assimilation de Q, par exemple, ou du moins l'assurance de la sécurité autour de l'endroit où il se trouvait, mais il ne se trouva rien de tel. Peut-être justement pour ne pas guider Voyager vers l'emplacement où était détenu l'être omnipotent, en plus du fait qu'assigner plus de main d'œuvre que nécessaire n'aurait pas correspondu au souci habituel d'efficacité.
L'ordinateur ne pouvait pas reconnaître le sujet, il ne l'avait après tout pas reconnu plus tôt lorsque sa position avait été demandée par le capitaine, il ne fallait donc pas compter sur une lecture précédente, adaptée aux senseurs. Janeway réfléchit, puis ordonna comme précédemment, un scan pour toute forme de vie, cette fois autre que borg. Cet effort fut inutile, les tentatives précédentes ayant été remarquées, un champ de dispersion s'éleva alors que le scan en était rendu environs aux deux tiers du cube. On savait que Q ne se trouvait pas dans la partie scannée, mais le reste, une masse tout de même plus grosse que Voyager, à l'architecture ne collaborant définitivement pas à un effort de recherche et fourmillant d'un ennemi qui serait plus hardi à se défendre des intrus qu'à l'habitude, n'était pas fait pour aider. Il n'y avait pas de doute que c'était pour ajouter Q et ses facultés au collectif que l'attaque avait été soudainement interrompue, ce serait autrement inexplicable, Voyager était bel et bien à leur merci à ce moment, ce ne serait pas le seul effort pour protéger cette prise.
Le vaisseau qu'ils suivaient les contacta, et sur la passerelle la sinistre voix multiple résonna : « Nous exigeons que vous cessiez votre poursuite. Modifiez votre trajectoire ou vous serez désactivés. »
Janeway, seulement à moitié surprise, ne prit pas la peine de répondre et fit remarquer pour elle-même autant que pour son équipage que pour le Borg, c'était une attitude exceptionnellement diplomate, puis elle ordonna qu'on continue la poursuite.
Comme elle l'avait prévu, le vaisseau ne tira pas, protégeant son avantage en évitant le combat. Toutefois, après quelques minutes, il passa d'exponentielle deux à exponentielle six. Voyager n'eut aucune difficulté à ajuster sa vitesse, mais ce n'était pas par cette accélération modeste que le cube voulait les semer : « Capitaine, annonça Kim, ils initient un champ transexponentiel.
- Rayon tracteur, retenez-les !
- Nous ne sommes pas assez puissants, objecta Paris, tout ce que nous risquons d'accomplir c'est d'être entraînés avec eux.
- C'est mieux que les perdre, je ne leur laisserai pas Q, c'est hors de question ! Paris, fixez ce rayon tracteur, mettez-y toute l'énergie qui y sera nécessaire.
- Oui capitaine. »
Le rayon parvint à fixer le cube borg mais ce dernier, plus massif et à la propulsion plus puissante que le frêle vaisseau de la fédération, l'entraîna comme prévu, le faisant traverser le champ transexponentiel. À bord, l'équipage eut à subir une forte secousse pendant une minute entière, heureusement sans conséquence, et se retrouva à nouveau derrière l'ennemi, le suivant à une faible distance.
Après un peu moins d'une minute, Tuvok annonça : « Capitaine, l'astrométrique indique que nous sommes en plein territoire borg. »
Paris regarda derrière lui et croisa le regard de Kim, tous deux semblaient parfaitement mal à l'aise. Non seulement c'était un endroit dangereux au départ, en plus ça les éloignait franchement de leur destination. Janeway n'était pas étrangère à cette préoccupation, mais celle à laquelle ils faisaient présentement face devait avoir la priorité, Voyager dut-il être détruit. « Nous n'allons nulle part sauf vers les ennuis en se contentant de les traquer. Tuvok, rassemblez une équipe, c'est à notre tour d'aller à l'abordage. »

Une heure plus tard, une équipe était prête, ça avait été long car plusieurs des meilleurs hommes étaient à l'infirmerie dans un trop mauvais état pour que le Docteur puisse les remettre sur pied dans des termes assez courts, il avait donc fallu sélectionner des membres moins qualifiés pour la mission et les y préparer sommairement. Au moins, quelqu'un à l'ingénierie avait déjà pris l'initiative de trouver un moyen d'élargir considérablement la bande de fréquences des phasers, si cette idée n'avait pas été appliquée partout, il ne fut pas difficile de la reproduire et de vite avoir un arsenal suffisant. L'ajustement ne garantirait pas que le mode aléatoire ne tomberait pas quelquefois sur les mêmes fréquences, mais les probabilité seraient meilleures.
Finalement, après une étude de ce qui était déjà connu de l'architecture de ces vaisseaux, on détermina quelques points où Q pouvait se trouver, les scan les plus rudimentaires pouvant traverser le champ de dispersion. Savoir la densité d'une zone laissait deviner quelles structures s'y trouvaient, c'était on ne peut plus imprécis mais c'était tout ce qu'on avait.
Un problème restait, comment d'abord transporter l'équipe à bord, et quoi faire ensuite ? L'infiltration était la méthode la plus efficace contre un vaisseau borg, mais il n'était pas dit qu'il était possible de simplement se téléporter au travers des boucliers tout en échappant à l'attention de l'ennemi.
Les senseurs à longue portée détectèrent deux autres cubes approchant, encore lointains mais ils ne le seraient bientôt plus. Avec celui qu'ils suivaient allant à leur rencontre, ça n'augurait pas très bien s'ils ne trouvaient pas très tôt une solution. Mais tirer aux phasers ou aux torpilles était inutile, une approche directe serait inefficace, il fallait compter sur une équipe à bord, il fallait trouver le moyen de l'introduire…
« Pourrions-nous utiliser le rayon tracteur pour relayer un signal de transporteur ?
- Je ne sais pas, capitaine, dit Kim, hésitant le temps d'appuyer sur quelques touches, Oui, en théorie nous en serions capables. Mais c'est extrêmement risqué, le rayon tracteur est facilement dérangé, nos agents risqueraient de ne pas arriver à bon port, et seraient définitivement perdus.
- Je suis prête à prendre ce risque… Aah ! »
Lorsque sa phrase se termina sur un cri, les autres occupants de la passerelle se retournèrent pour voir Vorik, phaser à la main, se diriger de l'entrée à la console occupée par Kim, prenant celui-ci par l'épaule et le repoussant, non sans lui avoir fait subir la prise vulcaine. Paris se leva, faillit demander ce qu'il lui prenait, puis une impulsion inattendue le fit pointer son propre phaser et tirer. C'était trop tard pour l'empêcher de couper l'énergie principale de Voyager, mais ça l'empêcha de toucher aux systèmes auxiliaires.
Quelqu'un s'occupant déjà du capitaine, Paris se dirigea vers Kim et Vorik, tous deux inconscients. Le premier respirait rapidement et s'agitait, il s'éveillerait d'ici quelques minutes, mais le second n'affichait aucun signe de vie. Il était peut-être possible de le sauver, il le fit donc transporter à l'infirmerie, tandis qu'on faisait la même chose pour Janeway. Il contacta l'ingénierie : « Torres ici Tom, Vorik était sensé être avec vous, a-t-il dit quoi que ce soit avant de partir.
- Tom ? Vous n'êtes pas au courant à la passerelle ? Plusieurs des membres de l'équipage ayant reçu des nanosondes se sont soudainement retournés contre l'équipage. Je suis à l'infirmerie présentement, je n'ai pas été affectée mais il vaut mieux être sûr. Le Docteur allait sans doute vous avertir, il en manque quelques-uns.
- On va organiser quelque chose. S'il y a quoi que ce soit, contactez… moi. »
Il avait hésité, le temps de parcourir des yeux la passerelle. Janeway et Chakotay étaient à l'infirmerie, et Tuvok attendait d'être transporté avec son équipe à bord du cube, ce qui lui faisait de lui le plus haut gradé de la passerelle. Il n'hésita pas. Il suivrait la seule stratégie élaborée à date, soit celle que le capitaine allait appliquer au moment de l'inopportune attaque. « Lieutenant commander Tuvok ici Paris, votre équipe est-elle prête ?
- Ici Tuvok, quelle est la raison de ce délai ?
- Une attaque surprise sur la passerelle. Nous allons vous transporter en relayant le signal par le rayon tracteur.
- Bien, débutez le transport. Terminé. »
S'il y avait eu le moindrement de temps à perdre, il aurait sans doute mieux valu attendre le réveil de Kim, celui-ci ayant souvent été assigné aux transporteurs, il aurait aisément su éviter une erreur fatale à l'équipe, mais il fallait se hâter, et le risque n'était pas extrême. L'équipe fut transportée aux cinq points où, d'après les mesures, les chances de trouver Q étaient les plus fortes, par groupes de deux ou trois. Les deux premiers transports se passèrent comme un charme, mais arrivé au troisième une subite variation distordit le signal, la quatrième passa correctement, et la cinquième atterrit loin de l'objectif, dans une aire différente du cube que celle prévue.
« Onze membres de l'équipe sont arrivés à destination, monsieur, annonça le responsable temporaire du transporteur, deux ont été… perdus.
- Perdus ?
- Il n'en reste qu'une traînée de molécules dans l'espace, le signal a été dérangé. Les autres sont indemnes… attendez, je viens de perdre le signal de trois d'entre eux.
- Le Borg ?
- Probablement, monsieur.
- Ils ne savaient pas où ils seraient transportés, ça donne une chance aux autres. Mais l'ennemi sait maintenant que huit autres intrus sont à bord, soyez prêt à les récupérer au premier signe de vie. »
Le transport dans la direction opposée n'aurait pas été véritablement plus compliqué, mais quelques minutes après la fin de cette conversation, une décharge remonta le cours du rayon tracteur, traversa le bouclier comme s'il n'était pas là et endommagea l'émetteur dudit rayon. Trois décharges semblables lui succédèrent et achevèrent de le rendre inopérant.
« Lieutenant Paris ? Nous avons perdu le contact.
- Le rayon tracteur vient d'être détruit. Nous allons tenter de le rétablir ici, mais en attendant cherchez à reprendre le contact par n'importe quel autre moyen. »
Kim avait repris ses esprits et assista les autres. L'effort ne dura guère. Les deux cubes détectés par les senseurs arrivèrent en vue, et ceux-ci ne se privèrent pas de tirer, assistés par l'original, qui maintenant protégé pouvait se permettre de s'engager dans la bataille. Après une dizaine de coups, Kim s'exclama : « Les boucliers sont tombés à vingt pour-cent, et s'affaiblissent !
- Qu'est-ce que vous attendez pour tirer ? Torpilles à photons, tirez-les toutes, en rafale, ça devrait suffire à traverser les boucliers.
- Je détecte un signal de transporteur, le champ de dispersion ne permet pas de retracer son origine ni sa destination. Q pourrait être à bord de n'importe quel cube !
- Je ne vois pas cent façons de détruire ces trois vaisseaux avec l'armement qu'on a ! Je me charge du pilotage, Torres, me recevez-vous ?
- Oui lieutenant, qu'est-ce qui se passe ?
- Êtes-vous capable de vous rendre à l'ingénierie ?
- En théorie, oui.
- Allez-y, initiez une surcharge du réacteur exponentiel et abaissez les dispositifs de sécurité.
- Tom ! Ça va détruire le vaisseau entier !
- Oui, et vous me préviendrez dix secondes avant l'explosion. Terminé. »
Le personnel de la passerelle attendit, anxieux, la dernière décision de leur commandant par intérim ne collaborant guère à détendre l'atmosphère. On devinait aisément le but de ce plan, se placer au centre de la formation serrée des trois vaisseaux borg et causer une explosion suffisamment puissante pour les détruire tous, mais il impliquait leur mort à tous.
Moins de deux minutes plus tard, juste à temps car les cubes avaient cessé le tir et étaient prêts à initier un champ transexponentiel, Paris reçut le signal de l'ingénierie. Il guida habilement le vaisseau et, juste au bon moment, un formidable éclair de lumière… se laissa attendre. L'énergie primaire et auxiliaire chuta, et la surcharge du cœur ne sembla pas vouloir se produire. « Torres ici Paris, qu'est-ce qui se passe ?
- Je ne sais pas ! Tout se passait comme prévu, et tout à coup, plus rien ne fonctionne !
- Essayez de rétablir l'énergie, le plus vite possible, je crois qu'il est inutile de le préciser. Terminé. »
Les vaisseaux, qui un moment avaient été sur le point de décamper, abandonnèrent ce mouvement. Ignorant tout à fait ce qu'il restait à faire, sans énergie donc sans armement, propulsion ou boucliers, Tom et les autres occupants de la passerelle regardèrent en vain l'écran, attendant qu'un autre ait une idée géniale. Pourquoi est-ce que ça n'avait pas fonctionné ? La réponse à cette question ne fut pas claire, mais elle vint et tarda peu. Un mouvement attira l'œil, puis un autre, un autre, tandis que de nouveaux éléments s'ajoutaient et se remplaçaient à la surface inesthétique des cubes.
Les changements étaient instantanés, définitivement caractéristiques des interventions de Q. Tom baissa la tête, de découragement. Maintenant plus rien ne pouvait être fait. Il ne réagit que par principe quand un intrus, un seul, apparut devant eux, sur la passerelle.
Ce n'était ni plus ni moins que Q, presque méconnaissable sous la technologie Borg, qui s'annonça plutôt simplement : « Toute résistance est inutile. »
Plusieurs armes se pointèrent sur lui, mais avant que quiconque n'ait le temps de tirer, les phasers se volatilisèrent. Quel moyen y aurait-il de combattre un ennemi disposant des pouvoirs d'un dieu ? Q s'avança vers Paris, qui ne fit rien. Il n'avait véritablement aucune chance de se défendre, il le savait.
« Vous avez vraiment cru qu'ils pouvaient m'assimiler ? s'exclama soudainement l'intrus, Je suis déçu de vous, je ne suis pas qu'un vulgaire mortel ! »
Paris sursauta, hésita un moment, puis sembla réaliser la situation : « Quoi ? Tout le long, vous jouiez avec nos nerfs ? Des hommes sont morts, si je puis vous faire remarquer !
- Je ne me suis pas amusé, croyez-moi. J'étais vraiment malade, et j'avoue que c'est passé très proche. Si j'étais resté impotent ne serait-ce qu'une heure, peut-être deux, de plus, je n'aurais jamais pu reprendre le contrôle.
- Et votre petite entrée, "toute résistance est inutile", c'était quoi ?
- D'accord, je me suis un peu moqué de vous. Ce n'est pas ma faute, je n'avais retrouvé mes esprits que depuis quelques secondes. Maintenant ça va bien.
- C'est relatif… Je suppose que je devrais au moins vous remercier d'avoir empêché Voyager d'exploser.
- Ce n'est pas moi qu'il faut remercier, c'est le Borg qui vous préfère vivants, un nuage de particules incandescentes ne leur aurait servi à rien.
- Alors… qu'est-ce que vous allez faire ? On peut vous demander de nous éloigner un peu de cette zone de l'espace ? Je n'aime pas trop nos petits compagnons sur l'écran.
- Je suppose que je vous le dois, pour m'avoir hébergé. Tenez, je vais être généreux, je vous renvoie au même endroit, dans le même état qu'avant toute cette histoire, vous êtes content ? »
Q ne laissa pas à Paris le temps de répondre, il leva machinalement le bras pour ponctuer son intervention de son habituel claquement de doigts, pour en être empêché par la présence d'un des implants dont son corps était lourdement criblé, puis il décida plutôt de s'exécuter sans son geste habituel.


Janeway fut un moment désorientée. Un instant, elle était couchée sur la table d'examen du Docteur, qui lui expliquait qu'elle avait été gravement blessée à coup de phaser, dans une infirmerie bondée, l'instant d'après, elle était à son poste, sur la passerelle, et l'écran devant elle ne montrait que l'espace, vierge de tout vaisseau ennemi.
Elle regarda autour d'elle, puis cria de surprise et pointa son phaser en constatant que la présence qu'elle avait sentie derrière son dos était appartenait au Borg. Son arme ne tira pas malgré ses tentatives, et elle aurait déclenché l'alerte rouge si Paris n'avait pas annoncé : « Capitaine, voici Q, il vient de nous tirer de sales draps.
- Q ? »
Elle l'examina. Oui, bien que vaguement elle pouvait bel et bien le reconnaître. « Vous devriez vous débarrasser de ces implants, remarqua-t-elle, ce n'est vraiment pas dans votre palette de couleurs.
- Merci du conseil, Kathryn, mais les uniformes de Starfleet ne sont pas non plus le summum du style, vous savez ? Alors voilà, vous êtes sur pied, votre vaisseau est en parfait état, vos quatorze victimes sont de retour à leur poste, en pleine forme, ainsi que les blessés, vous êtes de retour à votre position initiale et j'ai résisté à la tentation de transformer le mess en volière. Et vous le devez à quelle magnifique, incomparable, grandiose, intelligente, parfaite et omnipotente créature, croyez-vous ?
- Merci, Q. Et le Borg ?
- Il a eu le temps d'utiliser un peu de mes pouvoirs avant que je puisse reprendre le contrôle de mes actes, mais vous n'avez pas à vous en faire, je l'ai aidé à se rapprocher de la perfection, mais rien qui lui accorde un avantage tactique insurmontable. Justement, je crois que je vais y retourner.
- Pourquoi ?
- Maintenant que je suis invulnérable à nouveau, je ne risque rien, et je vois quelques occasions de m'amuser… je me demande jusqu'où je pourrai aller avant qu'ils réalisent qu'ils ne sont pas du tout en contrôle…
- Q, vous savez quand vous avez dit que ce dont votre peuple aurait besoin serait la bonté et les sentiments humains ?
- Oui ?
- Dirigez plutôt vos recherches du côté de "maturité humaine", ça vous mènera plus loin.
- Je le prends comme un merci. Sur ce, au revoir Kathryn ! »

L'astrométrique confirma peu après les coordonnées actuelles et Voyager était bien de retour à sa position initiale. Son quart de travail terminé, Janeway mettait à jour le journal de bord. Inutile de mentionner qu'il y en avait long à dire. La visite de Q n'avait pas eu que du négatif, sans sa présence à bord, l'équipage aurait été assimilé, les chances pour que son absence ait changé quoi que ce soit à la décision de suivre la « signature romulanaise » qui les avait attirés vers tous ces soucis étaient faibles. Une telle erreur ne se reproduirait d'ailleurs plus, le nouvel ajustement des senseurs permettait de pénétrer ce type de champ de camouflage.
Elle en avait presque terminé quand on l'appela sur son communicateur : « Capitaine Janeway ? Ici Neelix, il y a… un problème avec les réplicateurs. Pouvez-vous en avertir l'ingénierie ?
- Un problème ou un PROBLÈME ?
- Je ne veux pas porter d'accusations, capitaine, mais je crois que monsieur Q s'est vengé pour les crampes d'estomac… »
Janeway passa en mode visuel, inquiète que Q ait décidé de leur causer plus de troubles, puis se détendit. L'énergumène s'était contenté de modifier le programme des réplicateurs du mess et plutôt que la commande désirée, l'appareil crachait une « Spécialité Q » comme c'était si aimablement identifié, une pâte verdâtre nauséabonde et bouillonnante, qui avait la fâcheuse tendance de se mettre à ramper hors du plat. Vu l'inclinaison des humains à reproduire un phénomène inhabituel, les usagers avaient répliqué, par curiosité sans doute, plus de deux douzaines de ces choses avant que Neelix n'intervienne.
Elle l'assura qu'elle lui enverrait quelqu'un, puis appela l'ingénierie avant de retourner au journal de bord. Cette fois au moins, ce que Q avait fait était inoffensif, mais ça restait immature. Janeway ne savait pas qu'est-ce qu'il faudrait pour le convaincre de grandir un peu. Bien que ça n'aurait pas empêché leurs derniers problèmes, elle se sentirait mieux, aucun doute là-dessus.

Plusieurs espèces dans cette région de la galaxie avaient de nombreux qualificatifs tout prêt pour parler du Borg et ils étaient rarement flatteurs. Mais un mot qu'on ne rencontrait pas pour le décrire était « stupide ». Q n'était resté incognito que quelques heures, puis se sachant démasqué, il était parti.
Sa visite n'avait certainement pas été sans profit. Il avait apporté de nouveaux éléments et corrigé de nombreux défauts durant les quelques minutes où il avait réellement appartenu au collectif, et il n'était pas parti sans rien oublier derrière. On savait qu'il avait été vulnérable aux nanosondes à cause d'un virus et, sans savoir que c'était la même procédure qu'avait voulu suivre le Docteur à bord de Voyager, ses anticorps avaient été utilisés pour identifier ce virus, à la différence près que le Docteur ne disposait pas du pathogène en question.
Le Borg, par contre, l'avait rencontré dans une nébuleuse non loin de son territoire, et ignoré vu son manque d'intérêt, mais il y avait toutes les chances pour qu'il s'y trouve toujours.
Q était passé extrêmement près d'être assimilé pour de bon, il aurait simplement fallu l'avoir à un stade plus précoce de sa maladie. Maintenant, il était possible de provoquer cette maladie, il suffirait de trouver un chemin vers le Continuum, les informations obtenues de Voyager précédemment en donnaient de bonnes indications, et bientôt le Borg s'y avancerait, objectif : assimilation.