7
« Pestilence »
Non pas que sa chambre soit chassieuse, ce qui n’était pas le cas, non pas que son lit fut inconfortable, bien au contraire, toujours est-il que Bunny ne trouvait pas le sommeil. Elle ressassait des tas de pensées, bonnes ou mauvaises, sur la vie, sur la mort, sur le bien et le mal, sur toutes les notions et les conceptions qu’elle avait en tête avant de
rencontrer Garett.
Et en plus elle avait trop mangé.
Lassée de se tourner dans tous les sens, elle se leva et sortit de sa chambre, silencieusement. Au loin résonnaient les cloches de l’église du village qui sonnait une heure du matin. On leur avait donné des pyjamas en laine, qui, même s’ils étaient élémentaires et simples, étaient toutefois très agréable.
Elle descendit l’escalier faiblement éclairé par des torches qui menait à la salle à manger, où elle trouva Garett, assis à la même place que quand elle l’avait quitté, la pipe entre les lèvres. Il se tourna vers elle : « Tu n’arrivais pas à dormir ?
- Je crois que j’ai trop mangé, répondit-elle en s’asseyant face à lui.
- Tu es sur que c’est ça ?
- Non, pas vraiment, en fait. C’est ce que tu as dit quand on était dans la maison, avant de venir ici. Concernant le bien et le mal… le bien ne gagnera jamais, alors ? Le mal sera toujours présent ?
- Hélas, oui. Je sais, c’est terrible de penser cela. Surtout que, quand je vois la situation dans laquelle est la terre, on pourrait penser que le mal est en train de gagner.
- Mais le combat que je mène, que nous menons toutes les cinq est une pure perte de temps ? Nous ne ferons que lutter sans cesse, sans jamais triompher ?
- Certes, tu combattras sans cesse, mais sache que ce n’est pas en pure perte. Crois-tu que les Matriarches voudrait vous sauver si c’était le cas ? »
Bunny réfléchi un instant : « je ne sais pas…
- Tout est une question d’équilibre, tu vois. Pour chacune de tes victoires sur le mal, lui gagne ailleurs. C’est ainsi. Mais si tu cesses le combat, alors il gagnera du terrain et l’équilibre sera rompu. Tu saisis ?
- Oui… quand quelqu’un est heureux, il faut qu’il y ait un malheureux pour contrebalancer…
- C’est ça.
- Il y a autre chose que je voudrais savoir… les Matriarches, a quoi ressemble-t-elle ?
- Nul ne le sait. Je n’ai moi-même pas eu la chance de les voir. »
Il tapa sa pipe contre la table pour faire tomber les cendres qu’il jeta dans la cheminée derrière lui : « Je suis étonné que vous ne connaissiez pas le royaume des goules. Pourtant, ta mère le connaissait. »
Bunny se figea. Elle écarquilla les yeux : « Tu… Tu connaissais ma mère, La Reine ?
- Et où crois-tu que j’ai rencontré les deux chats ? Je suis venu au royaume Selkermillius alors que ta mère avait ton age.
- Tu es si vieux que ça ?
- Les gargouilles vivent très vielles. » Il attrapa une choppe de bière qu’il remplit avec l’outre posée sur la table : « En fait, j’ai aussi connu ta grand-mère, et ton arrière grand-mère. J’y suis allé trois fois.
- Mais pourquoi ?
- En tant qu’émissaire des veilleurs et représentants des terres d’akranod. » Il posa ses pieds sur la table : « Avant d’être un vagabond et un mercenaire, j’étais quelqu’un d’important… à ta santé ! » Il vida la choppe de bière d’un trait.
« Je comprends pas. On ne m’a jamais parlé de tout cela…
- C’est étrange car, comme tu dois l’ignorer aussi, ce sont les Matriarches qui ont installé votre ancien royaume de SelkerMillius sur la lune.
- Les Matriarches ?!
- Oui, pour veiller sur la terre. C’était la charge dévolue à la première Reine de la lune.
- Mais pourquoi n’ont-elles rien fait quand la Reine Béryl nous a attaqué ?
- Bonne question. Tu sais, les Matriarches sont étranges. Elles ont sûrement leurs propres buts, mais lesquelles ? Les ténèbres ont cette seule qualité d’être claire dans leurs intentions. Mais pas les Matriarches… comme dirait un prêtre, les voies du seigneur, etc, etc…
- Mais pourquoi Luna ou Artemis ne nous ont-ils rien dit ?
- Là non plus, je ne peux te répondre. demande-leurs… »
Il alluma de nouvelles herbes, et se leva pour admirer les armures. Tandis qu’elle le voyait, debout, elle se rappelait un tableau, une peinture dans une salle du château sur la lune, où elle vivait jadis. Le tableau représentait un grand banquet, qu’un peintre avait fait de mémoire, d’après un vrai banquet qui avait eu lieu pendant la jeunesse de sa mère la
Reine. En se forçant, elle se revoyait, toute petite, dans les bras de sa mère qui la tenait devant ce tableau.
« Ça, c’est moi, disait-elle. Elle ressemblait à Bunny à 14 ans. Elle lui montra d’autres personnes, dont les noms lui échappaient. Mais à présent, elle se rappela le jour où sa mère posa son index sur un grand personnage, à la peau rouge foncée, avec de grandes ailes dans le dos, et une étrange armure couverte de grandes pointes, comme des ossements.
« Et ça, c’est mon vieil ami Firebrand. Il vient toujours à la quatorzième année de la princesse, depuis si longtemps que nul ne se souvient de la première fois. Il viendra sûrement aussi pour tes quatorze ans… »
Il ne vint pas, car le royaume fut détruit. Mais s’il venait depuis si longtemps, pourquoi lui a-t-il dit qu’il n’était venu que trois fois ? Qui est-il en vérité ?
« Parles-moi de toi, lui dit-elle.
- De moi ? Il y a si peu à dire.
- Tu as de la famille ?
- Mes parents sont morts depuis longtemps, de leurs grands ages. Et j’avais une sœur.
- Tu avais ?
- Elle est morte. Deux fois. La première fois de maladie. La seconde fois assassinée.
- Je suis désolée. Excuses-moi de t’avoir demandé cela.
- Le vrai chagrin vient du fait qu’une goule tué devint une âme errante, condamné à la souffrance. Et peut devenir… une autre esclave de Breager.
- Je me demande à quoi ressemble ce Breager.
- Si je te dis un démon de cinq mètres de haut, avec quatre bras, le dos couvert d’immenses défenses, ça t’inspire ?
- Il a le physique de l’emploi alors. »
D’un seul coup, Garett fit volte face. En position d’attaque, il sortit ses griffes et émit une sorte de petit rugissement. Bunny sursauta : « Que se passe-t-il ?
- J’ai entendu un bruit. Un raclement de pierre. Bouge pas. »
Il s’approcha d’une des deux fenêtres, quand une silhouette se dressa maladroitement dans l’embrasure de la fenêtre en question. Dans la pénombre, Bunny et Garett ne purent voir de qui – ou quoi – il s’agissait, mais bientôt, une botte déchirée se posa sur le rebord de la fenêtre, et le pied qu’il contenait n’avait rien d’humain.
Bunny hurla. A la lueur des torches, la silhouette se dévoila. C’était un squelette d’homme, encore couvert de haillons, un squelette aux ossements jauni par le temps. Sa mâchoire inférieure claqua contre la supérieure, et il riva ses orbites vides sur eux.
Il bondit, avec une incroyable détente, sur Garett, qui l’attrapa par la cage thoracique et le projeta de toutes ses forces contre le mur où il tomba en morceau.
Bunny et Garett se ruèrent aux fenêtres. Garett jeta une torche qui tomba dans une masse grouillante de squelettes, massés au pied du fort. Certains étaient en train d’escalader le donjon. L’un d’eux parvint presque à saisir Bunny qui hurla en reculant. Garett la prit par la taille et l’entraîna jusqu'à la porte… qui explosa.
Garett protégea la jeune fille des morceaux de bois qui volait. Le squelette qui venait de la défoncer était différent. Il était plus grand, vêtu d’une cotte de maille rouillée et d’un casque cabossé. Il traînait une grande épée bâtarde qui raclait le sol, comme s’il s’agissait d’un trop lourd fardeau pour lui.
« Et merde, susurra Garett. Un Reotvalken. »
Soudain, le squelette chargea, levant sa lourde épée au-dessus de lui. Garett poussa Bunny sur le coté et reçu la lame sur le bras. Il grogna, avant de couper d’un coup de griffe la colonne vertébrale du squelette, qui tomba à la renverse, écrasé par son épée. Garett piétina son crane et se retourna.
Des squelettes sortaient de partout, et se rapprochaient de Bunny qui avait trouvé refuge à l’autre bout de la salle, dans un coin. Il accourut vers elle mais plusieurs hors-vivants lui tombèrent dessus, tandis que d’autres se rapprochaient de la fille.
Et évidement, j’ai pas mes armes…
Un squelette manchot lui sauta dessus, la faisant tomber par terre. Elle garda son calme et martela de coups le crane du hors-vivant qui tentait de lui arracher le visage à coup de dents. Mais elle avait beau se débattre, rien n’y faisait. Garett, de son coté, vit la situation de la jeune fille. Il était en train de trancher des os a tours de bras, mais les squelettes semblait venir à l’infini par les fenêtres. Il était submergé et blessé et pourtant, il tenait bon.
« La masse d’arme !! Hurla-t-il à Bunny tout en arrachant un tibia. Sers-toi de la masse d’arme ! »
Bunny du se tordre le cou pour voir la masse d’arme accrochée à la ceinture d’une armure. Elle trouva la force de repousser le squelette, et rampa vers l’armure. Elle saisit l’arme, et, la faisait tournoyer, elle l’abattit sur le crane du squelette qui vola en morceaux.
Serrant l’arme de ses deux mains, la jeune fille, galvanisée par sa petite victoire, se rua en criant sur les autres squelettes, aidant ainsi Garett à les repousser.
Garett poussa le dernier par la fenêtre d’un coup de pied, puis il jeta un coup d’œil en contrebas.
« Il y en a encore beaucoup trop, dit-il.
- Mais d’où sortent-ils ?
- Bathory est ici. Et ces terres plusieurs fois millénaires abritent tant de morts… »
Ils se tournèrent vers la porte. Kenneth venait de rentrer. Il était encore en kilt, mais n’avait plus sa cuirasse. Il portait une énorme hache de guerre à double tranchant, aussi grande et large que lui.
« Que la sainte vierge soit louée ! Vous êtes en vie !
- Oui, mais peut-être plus pour très longtemps. Le fort regorge de hors-vivants.
- Je sais. J’en ai coupé quelque uns. »
Enola, Iass et Myriam surgirent dans la pièce, arme en main. Son épée pour Iass, un couteau de boucher pour Myriam et deux étranges lames recourbées en forme de croissant de lune, dont la poignée était au centre, pour Enola.
« Où sont les filles ? Demanda Garett.
- Dans leurs chambres, elles s’habillent.
- Je leur ai donné leurs épées, expliqua Enola. Mais j’ai oublié la tienne, ajouta-elle à Bunny.
- Je peux garder ça, répondit-elle en levant la masse d’arme.
- A ton aise. Tu fais bien. Les os des squelettes n’apprécie pas trop les armes contendantes. C’est d’ailleurs pour ça que… » elle replaça les lames sur les attaches dans son dos et s'empara d'un fléau. Iass rangea son épée et choisi un gros maul au long manche et à la masse en acier.
« Permettez, je garde ma hache. » Sourit Kenneth.
Pendant ce temps, Garett était en train de tenter de barricader les fenêtres avec la table, et les chaises. Maigre protection, se dit-il. Il rejoignit ses compagnons : « Iass, Enola, allez chercher les filles, et attendez-nous là-haut. Restez groupés. Bunny, va avec eux. » Puis il se tourna vers l’Ecossais : « Impossible de tenter une sortie par la cour, elle est pleine de ces saletés.
- Il y a un passage secret dans l’une des tours rondes. C’est un second escalier qui est sous le vrai escalier. Il permet de rejoindre un souterrain qui débouche dans la forêt.
- Alors allons-y prestement.
- Par les saintes couches de MacMoron, si ces aberrations ont envahi mon château, c’est que mes hommes…
- N’y pense pas, viens !!!
- Bathory, tu me le payeras, même si je dois mourir à nouveau… »
Ils s’élancèrent dans l’escalier, et retrouvèrent leurs compagnons à l’étage. Garett leur expliqua son plan et ils traversèrent le donjon jusqu'à la tour est.
« On doit aller au dernier étage pour y accéder. » Déclara Kenneth. Déjà il grimpait les marches trois par trois, suivi de Garett, des filles, tenant les deux chattes et la petite Myriam, et enfin Iass et Enola.
Le dernier étage était une salle de garde. Mais les trois archers en factions ici avaient disparu. Ne s’y attardant guère, Kenneth montra une lourde armoire en bois massif : « C’est derrière cette armoire. Aides-moi ! » Lui et Garett allièrent leurs forces pour la pousser.
Amy, qui, comme les autres, était aux aguets, sursauta. Elle venait de sentir quelque chose de froid et d’humide tomber dans sa nuque. Elle y porta sa main pour voir…
Du sang…
Elle leva les yeux et vit les trois archers, assis sur les poutres de la charpente du toit de la tour, qui les regardaient de leurs yeux sans vies. Ils se laissèrent tomber sur elle, Mako et Mina.
« Hé !! » S’écria Rei. Elle et Bunny s’élancèrent sur les trois zombies. La brune enfonça la lame de son épée dans le ventre de celui qui tenait Mina, alors que cette dernière lui donnait un coup dans le visage. Bunny écrasa sa masse sur le visage du second, et Iass, d’un coup de maul bien placé, envoya le troisième valdinguer contre le mur.
« Bien joué, dit le paladin aux filles. Vous apprenez vite. »
Garett et Kenneth firent tomber l’armoire, et l’Ecossais appuya sur une pierre qui s’enfonça un peu. Un pan de mur pivota, sur… une vingtaine de zombi.
« Ventre saint gris !! » S’écria Kenneth, échappant de peu aux mains tendues vers lui. Il fit tournoyer sa hache, coupant des bras sans que cela gêne les monstres. Garett, lui, tentait de repousser le pan de mur pour le refermer. Mako s’avança et, d’une main,
lança une boule de foudre sur les hors-vivants qui reculèrent. Kenneth put aider Garett à refermer le pan de mur.
« Grâce te soit rendu pour ta rapidité, déclara Kenneth à Mako.
- Comment ont-ils su ? Demanda Amy.
- Ce sont mes gardes. Ils connaissaient ce passage secret. Ils ont du entrer par la forêt, c’est pas fermé là-bas. Ici, par contre, ils ne peuvent passer. Les hors-vivants ne sont pas assez intelligents pour actionner l’ouverture.
- Nous sommes fichus, alors ? Demanda Bunny, paniquée.
- Pas sur, répondit Kenneth. Il y a un autre passage, connu de moi seul. Dans la réserve. Hélas, il faut passer par la cour pour y arrivé, mais c’est tout ce qu’on a.
- On y va, alors. Une fois sur place, on avisera.
- Oh mon Dieu !!! »
Mako venait de se tourner vers une archère en rame. A son cri, ils firent tous de même. Par la mince ouverture, on voyait Kenneth Haven en flamme.
« Mon Dieu… » souffla Bunny.
Le visage du lord écossais s’assombri, mais il ne se laissa pas démoralisé. Serrant le manche de son arme, il se rua dans l’escalier. Ses compagnons le suivirent. En chemin, ils ne rencontrèrent aucuns hors-vivants.
« Ils attendent dans la cour, lança Garett. C’est élémentaire. »
Ils passèrent par l’escalier des serviteurs, et s’arrêtèrent derrière la porte. Garett l’ouvrit à peine et jeta un coup d’œil.
« Je le savais. Ils attendent. Ce sont les villageois, Kenny. Où est la réserve ?
- Sur la gauche en sortant. Mais Ils vont nous poursuivre dès que nous serons sortit.
- Que proposes-tu, Garett ? Demanda Iass.
- Faut faire diversion. Je vais aller les occuper pendant que vous sortirez de là et que vous allez à la réserve.
- Garett, tu ne peux pas y aller, déclara Iass. Tu dois rester pour veiller sur elles. Toi seul peut le faire. C’est à moi d’y aller.
- Non, j’irai. » Intervint Enola.
Mais Kenneth coupa court à la discussion. Il leva sa hache : « Vous trois, vous devez veiller sur les petites. C’est ma demeure ici, et c’est à moi d’y rester pour combattre les ténèbres.
- Kenny… commença Garett.
- N’insiste pas, mon ami. Ce sont mes villageois. C’est à moi de le faire.
- D’accord, comme tu veux. »
Kenneth leur expliqua comment ouvrir le passage, puis il serra tout le monde dans ses bras puissants.
Il prit Myriam des bras de Mako.
« Papa…
- Ne t’en fais pas, ma puce. » Il l’embrassa, puis la redonna à Mako.
Alors qu’il allait sortir, Bunny le rappela.
« Désolée pour tout cela, kenny. Lui dit-elle.
- Vous n’y êtes pour rien, princesse. Le mal seul commande le malheur. »
Et il sortit. Aussitôt, les hors-vivants, ses anciens villageois, le repérèrent. Ils avancèrent, où plutôt se traînèrent vers lui, suivi de plusieurs squelettes. Kenneth longea le mur du donjon vers l’écurie, en coupant quelques têtes au passage. Quand il fut à l’autre bout de la cour, avec les zombis sur lui, Garett et ses compagnons quittèrent leurs cachettes et se ruèrent vers la réserve. A l’intérieur, Garett cherchai le mécanisme d’ouverture du passage, tandis que les filles assistaient, impuissantes, aux efforts de kenny qui luttait pour ne pas être submergé par la vague d’hors-vivants. Il s’était réfugié dans l’écurie, pour être sur de
combattre les monstres un par un.
Garett ouvrit enfin le passage. Il poussa les filles à l’intérieur, une par une. Il ne restait que Bunny, qui suivait le combat de kenny.
« vite, Bunny, faut se tailler de là…
- Mais, et kenny… »
Ils repérèrent alors une haute silhouette, dressée sur le toit de la porte. Une femme humanoïde, avec de longs cheveux roux, d’horribles ailes à moitié déchirées, et une terrifiante armure de plate noire. Bunny la reconnu tout de suite, même sous sa véritable apparence démoniaque.
« Bathory… »
La comtesse leva les deux mains. Des éclairs rouges frappèrent l’écurie qui explosa.
« Kenneth !!! Non !!! »
L’écurie s’effondra.
« Viens, on peut plus rien !! » Garett l’attrapa par la taille et la souleva pour l’entraîner dans le passage qu’il referma derrière lui.
Après plusieurs minutes de marches dans une sombre galerie, ils sortirent des entrailles de la terre en plein milieu de la forêt, soit à presque un kilomètre du château, lui aussi dévoré par les flammes. Bathory avait le sens de la destruction.
Ils se posèrent par terre pour souffler un peu. Garett raconta ce qui était arrivé à Kenneth. Tous pleurèrent le grand écossais. Mako essayait de consoler Myriam, tache ardue car elle pleurait aussi. Seul Garett ne pleurait pas. Il était appuyé contre un arbre, fixant le
sol sans mot dire.
« Tout ça pour nous… murmura Bunny. Ces innocents… Kenneth… pour nous…
- Ne te culpabilise pas, lui dit Garett. Kenneth a choisi de suivre ce que lui dictait son âme. Il est mort pour que vous puissiez combattre encore.
- L’équilibre, c’est ça ? Demanda Bunny en le fixant avec un regard dur.
- Oui, c’est ça. »
Bunny secoua la tête : « je ne peux y croire… »
Un hurlement inhumain, strident, résonna dans la nuit. Les sailors reconnurent le cri de Bathory. Puis, d’autres cris, différents et moins forts, mais aussi strident et inquiétant, se firent entendre.
« Oh oh, fit Iass. »
Luna et Artemis frémissaient. La chatte noire leva des yeux emplis de terreur vers Garett : « ce sont…
- Oui, ce sont elles.
- Quoi donc ? Demanda Bunny.
- Les succubes* du harem de Bathory. Chaque démon a un harem, que ce soit un démon male ou femelle. Ce sont des créatures redoutables. »
Les cris se répercutaient dans toute la forêt. Elles se rapprochaient.
« C’est proche… remarqua Amy.
- Trop proche, renchérit Mina.
- Elles survolent la forêt… constata Mako.
- Ne traînons pas. » Fit Garett.
Ils s'engouffrèrent au cœur de la forêt.
* démon femelle qui séduit les hommes et les tue durant leurs sommeils.
8
Garett se déchaine
Bathory riva son regard vers la forêt. Elle savait que Garett était suffisamment malin pour ne pas utiliser sa magie, ce qui lui aurait facilité la tache. C’est ainsi qu’elle avait réussi à retrouver leur cachette dans le monde des vivants. La gargouille avait du utiliser de la magie blanche sur la guerrière qu’elle avait laissait à moitié morte. Mais elle arriva trop tard pour les empêcher d’entrer dans le monde des morts. Mais à présent, elle allait les détruire, tous, même si elle devait mettre le feu à toute la région.
Ses succubes, De jeunes et belles femmes nues dotés d’ailes démoniaques survolaient la forêt en poussant des cris stridents. Se penchant au-dessus d’un des créneaux du rempart du fort en flammes, elle vit ses troupes de hors vivants, des zombis et desReotvalkens qui traînaient leurs
armes avec difficulté, s’enfonçant dans la forêt.
Bathory sourit. Déchaîner l’enfer… oui, c’est ce qui lui plait le plus.
Les fugitifs couraient toujours, filant entre les arbres, passant outre des branches qui fouettaient leurs visages, et tentant d’ignorer les cries des créatures infernales lâchées à leurs trousses.
Garett étaient en arrière, mais la gargouille semblait épuisée. Au bout d’un instant, il tomba à genoux. Amy, qui l’aperçu, fit demi-tour.
« Non, continue, lui dit-il.
- Pas question. » Amy le saisi par les aisselles et l’aida à se lever. Sa blessure à l’épaule était sérieuse. Amy l’examina et constata qu’elle était profonde, elle avait atteint l’os. Son sang coulait en abondance.
« Tu peux pas te soigner ? Lui demanda-t-elle.
- Pas de sortilège, sinon elle nous repérera.
- Il faut faire quelque chose. »
Garett se libéra de l’étreinte de la jeune fille : « Continue, rejoins les autres. Je vais m’occuper des succubes. Il faut que vous atteigniez le village voisin. Iass et Enola savent ce qu’il faut faire.
- Mais… »
Garett riva ses yeux vers elle. Un regard noir, si noir qu’Amy ne sut pas comment elle le quitta.
La gargouille sortit ses griffes et monta sur un arbre. Entre les branches, dissimulé dans l’ombre, il suivait le ballet volant des créatures démoniaques.
Amy rejoignit ses compagnons, qui s’étaient arrêté pour l’attendre. Enola fronça les sourcils : « Où est Garett ?!
- Il… il va combattre les succubes. Il m’a dit de continuer, de pas l’attendre.
- Il est fou !! S’écria Luna. Blessé comme il est, il n’a aucune chance !
- Iass… commença Enola en se tournant vers le paladin. Ce dernier ne savait que faire. Il fixait la forêt derrière lui, puis ses compagnons. Enfin, il eut le regard d’un homme ayant prit une décision.
« Faut continuer. Le village voisin n’est plus très loin. Garett sait ce qu’il fait. Que la sainte vierge le protége. » Il leur fit signe de continuer.
Amy joignit ses mains en une prière silencieuse.
Garett sautait d’arbre en arbre, s’éloignant le plus possible de la position de ses compagnons. Jugeant qu’il était suffisamment éloigné, il s’arrêta sur une branche. Les succubes n’étaient pas loin.
Il posa sa main sur sa blessure. Une petite lueur filtra entre ses doigts alors que sa blessure guérissait.
Les succubes hurlèrent. Elles avaient sentit la magie blanche. Déjà, elles fondaient sur l’arbre. Deux d’entres elles déchiquetèrent l’arbre, arrachant les branches, l’écorce.
Mais aucune trace de Garett.
Ce dernier se trouvait dans l’arbre voisin. Alors que les succubes, constatant son absence, le cherchaient, il prit une forte inspiration et cracha une grande gerbe de flamme qui mit feu à l’arbre, et aux deux succubes se trouvant à cotés. Elle tombèrent au sol, se convulsant,
dévorées par les flammes.
Le cri d’une troisième succube alerta Garett. Il se retourna et lança son boomerang vers elle. Il lui trancha la tête. Le corps décapité s’écrasa contre un arbre.
Garett sauta de son arbre et se fondit dans les ombres.
Bathory émit quelque chose ressemblant à un sanglot en voyant mourir trois de ses favorites. Hurlant de rage, elle leva la main vers l’endroit où avait été repéré Garett.
Ce dernier filait, sautant par-dessus la souche d’un arbre mort couchée en travers du sentier, tout en levant de temps en temps les yeux aux ciels. Les succubes le poursuivaient.
Quelque chose agrippa sa cheville. Il chavira et tomba la tête la première dans l’herbe. Il se retourna. Une main sortait de terre, cherchant à l’attraper. Un hors-vivant s’extirpa de la terre. D’autres suivirent. Bientôt, Garett fut encerclé par une dizaine d’aberrations à moitié
décomposées.
Garett se concentra. Une nova électrique, un cercle bleu, jaillit de son corps et réduisit en cendres les hors-vivants. Mais déjà, d’autres monstres sortaient de leurs lieux de repos. Accablé par la fatigue, la gargouille reprit sa course, priant les Matriarches que ses amis puissent s’en tirer.
Ces derniers étaient sortis de la forêt, tombant sur un sentier de terre brune. Iass leur fit signe de se taire, et de rester aux abord de la forêt pour se dissimuler. A deux kilomètres de l’endroit où ils se trouvaient, une faible lueur brillait dans les ténèbres.
« Le village, souffla Iass. En avant… »
Au pas de course, ils se dirigèrent vers la lueur.
Une des succubes volait entre les arbres, sa gorge persiflait tandis qu’elle scrutait les zones d’ombres.
Une masse noire lui tomba dessus. De grandes ailes rouges fouettèrent le vent autour de la créature démoniaque. Garett, qui avait sauté d’un arbre sur le dos de la succube, lui enfonça les griffes en travers de la gorge, faisant éclater ses carotides. Garett lâcha le corps agonisant de la créature, et, battant ses grandes ailes qui claquèrent comme des lanières de
cuir d’un fouet, se tourna vers la dernière succube qui lui rentra dedans, les pieds en avant. Garett fut projeté au sol, traîné sur plusieurs mètres. Il hurla. Dans la chute, il se brisa l’une de ses ailes. Il se redressa à temps pour éviter un coup de griffe. Il se remit difficilement debout, et, gêné par son aile qu’il ne pouvait plus replier, il battit en retraite. La succube lui lança une sorte de pic de glace qui frappa Garett dans le dos. Il vola sur une dizaine de mètre.
La succube marcha vers lui. Elle grogna. Il avait disparu. Poussant un énième hurlement infernal, elle fouilla l’obscurité pour le retrouver.
Caché derrière un arbre, Garett tira son boomerang de sa ceinture. L’arme sembla se déplier, puis devint rouge, comme chauffé à blanc. Il prit son élan, et, sortant de sa cachette, lança le boomerang, qui fila, coupant tout sur son passage, les arbustes, les branches, la succube,
littéralement tranchée en deux au niveau du ventre. Une flaque de sang et ses intestins s’écoulèrent de son tronc alors qu’il tombait sur ses jambes.
Garett récupéra son boomerang, le replia et le rangea.
Il fit volte face. Son aile le faisait souffrir, mais il se contrôla.
Bathory lui faisait face. Le démon se moquait de lui, mais elle était en fait ivre de rage.
« Je vais me délecter de ta mort, Veilleur. J'irai accrocher ta tête à la porte de tes confrères à Delabel.
- J’attends de voir. »
les deux adversaires sortirent leurs griffes.
Iass, Enola et les guerrières arrivèrent aux portes de la palissade en bois du village. La lumière qui les avait guidé jusqu’ici venait d’un brasero posé sur un des tours près de la porte. Derrière eux, au loin, ils aperçurent le château de Kenneth en flamme.
Iass tapa contre la porte. Un long, très long moment passa, dans un silence pesant. Les guerrières, serrant leurs rapières entre leurs mains meurtries, s’attendaient à voir un hors-vivant sortir de la forêt.
Iass tapa à nouveau. Mais nul ne vint.
« Ca ne me dit rien qui vaille, lui lança Enola.
- Moi non plus, renchérit Rei. Je sens une présence hostile en ses murs.
- Bathory est peut-être déjà passé ici…
- Je sais, fit Iass. Mais il nous faut des chevaux pour continuer. »
Il abattit son maul sur la porte. Au bout de la sixième fois, la porte céda. Ils entrèrent.
Le village était désert, absolument désert et silencieux. Hormis Luna et Artemis, pas un chat.
« Ouvrez les yeux. » Déclara Enola.
Les guerrières acquiescèrent.
Bathory donna un coup de pied dans l’aile cassé de Garett, qui hurla en tombant à genoux. D’un geste circulaire, il trancha la chair de la jambe de la comtesse qui, en grognant, la frappa au visage. Il tomba contre un tronc d’arbre. Il esquiva de justesse un second coup de poing qui explosa l’écorce. Le tronc tomba au sol, déchiqueté.
La lutte était acharnée entre eux, mais malgré la force, la vitesse et l’expérience de Garett, la comtesse prenait le dessus. Bientôt, la gargouille ne put plus esquiver tous les coups qui pleuvaient sur lui, et le démon s’en donnait à cœur joie. Elle planta ses griffes dans le dos de Garett, attrapa son bras et le retourna complètement, le brisant en deux, dans un craquement sinistre.
Le veilleur vomit du sang et tomba. Bathory éclata de rire : « Suffit, je me suis assez amusé avec toi. »
La sphère d’énergie qu’elle lui envoya le projeta plusieurs mètre en l’air. Il retomba contre un arbre, puis sur le sol. Il ne bougea plus.
Bathory resta un instant près de lui, et, constatant qu’il ne bougeait plus, elle s’éloigna à la recherche de celle qu’elle devait tuer.
Il était temps d’en finir.
9
Fire walk with me
Iass défonça la porte d’une écurie, la troisième qu’il fouillait depuis qu’ils étaient entrés dans ce village. Là encore, il ne trouva aucun cheval. Comme il ne trouva aucun villageois. Où diable étaient-ils, tous ?
Rei regardait tout autour elle, les yeux emplis de terreur.
« J’aime pas ça, les filles. Pas du tout. »
Iass ressortit de l’écurie en secouant la tête : « Rien ni personne. Je crois qu’il vaut mieux partir, même à pied, avant que Bathory nous retombe dessus. »
Mako hurla : « Attention, derrière !!! »
Iass se retourna, tout en levant son maul. Il explosa le crane du zombi qui s’était jeté sur lui. Des morceaux de la tête du monstre volèrent, du sang et de la bouillie de cervelle gicla sur l’armure du paladin. Le hors-vivant tomba à genoux, tel un pantin désarticulé.
« Apparemment, lança Mina, Bathory est venue ici. »
Le silence oppressant fut rompu par les échos de plusieurs respirations saccadées. Ils regardèrent autour d’eux. Des zombis et des squelettes sortirent de l’ombre, des maisons, marchant vers eux. Les guerrières, les goules et les félins se groupèrent, dos à dos, encerclés par l’armée démoniaque. Iass fit tournoyer son maul dans ses mains : « Mesdemoiselles, dit-il aux filles, voici venue l’heure de votre premier vrai combat contre les ténèbres. »
Bunny serra le manche de sa masse d’arme. Il avait raison. Les forces qu’elles allaient affronter étaient l’œuvre des ténèbres, la forme la plus terrifiante du mal. Les hors-vivants les fixaient, yeux sans vies et orbites vides.
Iass se lança le premier : « Pour la lumière !!!
- Pour les goules !! » S’écria Enola en le suivant.
Galvanisée, Bunny fut la première des guerrières à s’élancer : « Pour la lune !! » Ses amies la suivirent.
Le combat commença.
Bunny ne se reconnaissait plus alors qu’elle fondit sur les squelettes. Une émotion étrange, comme une montée d’adrénaline, parcouru son corps lorsqu’elle explosa la tête du premier monstre. Les guerrières ne réfléchissaient pas sur leur situation, désespérée. Elles frappaient, encore et toujours, sans relâche, sans faire attention au sang qui leur giclait dessus. Même les félins combattaient, et Myriam aussi, jouant de son couteau aussi bien que Iass et Enola de leurs armes.
Amy planta la lame de sa rapière dans la gorge d’un zombi décomposé. Mais la lame resta coincée, et elle lui échappa des mains alors que le monstre tomba. Elle envoya un coup de poing dans la mâchoire d’un squelette, lui faisant voler ses dents jaunâtres, et elle s’efforça d’arracher son arme de la gorge du zombi. Elle posa son pied sur la tête du monstre et extirpa son arme juste à temps pour parer un coup de hache.
Bunny saisit son diadème et le lança dans la masse, découpant plusieurs hors-vivants. Rei prononça un Vade Retro qui fit reculer les monstres, lui permettant d’en tuer plusieurs d’un grand coup circulaire.
Les morceaux d’os et les corps de zombis s’amoncelaient à leurs pieds. Mais pour un tuer, il y en avait deux qui venait. Dans un court moment de flottement, Bunny sentit le pessimisme la gagner.
Ils allaient mourir ici.
Où es-tu, Garett ?
Un miracle.
Tandis que Garett ouvrait les yeux, malgré ses blessures mortelles, il crut à un miracle. Celui d’être encore en vie. Où plutôt de ne pas être dans sa seconde vie.
Il voulut se mettre debout, mais son bras cassé lui arracha un hurlement de douleur.
Pourtant, il devait. Malgré son cynisme, il était une gargouille, et une gargouille respecte ses engagements. Ces amis étaient en train de se battre, il le sait, mais il sait aussi que la bataille qu’ils mènent ne leur apportera que la mort.
Garett, mon ami…
La voix féminine venait de résonner dans sa tête. Il croyait qu’il divaguait, que les démons de la mort lui faisaient entendre ses sirènes.
Tu ne meurs pas, Garett… car tu ne peux
mourir.
La magie.
Garett la sent en lui. Elle parcourt son corps, son âme. Ses blessures s’apaisèrent et disparurent.
Encore troublé, Garett se leva. Une femme était devant lui. Elle portait une robe blanche en dentelle. Elle ressemblait à Bunny avec trente ans de plus. C’était sa mère, la Reine du royaume SelkerMillius.
Garett se prosterna : « Majesté… »
La Reine sourit : « Cher Garett. Malgré le temps, tu reste toujours aussi humble. C’est moi qui devrais me prosterner devant toi, Redblaze.
- Je ne suis plus la flamme rouge. Et même, je suis arrivé trop tard pour vous sauver.
- Le passé est le passé. Tu es toujours resté mon complice si fidèle. C’est moi qui ai demandé au sainte Matriarches de t’envoyer pour protéger ma fille et ses gardiennes.
- J’ai échoué.
- Non, Garett. Tu as encore une chance de vaincre. Les Matriarches m’ont envoyé pour te rendre ceci. »
Elle leva les deux mains. Une épée apparue. Elle était immense, aussi grande que Garett, aux lignes pures et semblait avoir été façonnée par des anges dans les forges célestes. Garett fut ébloui. Un grand sourire apparu sur ses lèvres.
« La darkeimMarkes… »
Malgré les efforts des guerrières et des goules, les hors-vivants gagnaient du terrain. Elles étaient toutes éreintées. Désespérée, épuisée et couverte de sang, Mako leva sa main libre vers les monstres qui s’avançaient vers elle. Des éclairs bleus zébrèrent tout son corps et une décharge électrique consuma ses adversaires.
« Non, Mako !! S’écria Amy. Pas de magie !! »
Mais elle ne l’écoutait pas. Elle fit pleuvoir la foudre sur les monstres, réduisant leurs nombres aux néants. Enfin, les dernières créatures furent renvoyées dans les sombres steppes des ténèbres.
Les combattants soufflèrent, vidés de leurs forces.
« Faut partir, fit Amy. Bathory a pu nous repérer.
- Je suis désolée, déclara Mako. J’étais à bout. »
Une bourrasque balaya les ossements des squelettes. Le sang s’écoulant des cadavres mutilés des zombis se mit alors à flotter, se réunissant en une sphère rouge.
La comtesse Bathory apparu, venant vers eux en lévitant. A son passage, les maisons s’enflammèrent, déchaînant un véritable enfer. La sphère de sang fila vers elle et envahi son corps. Le sol trembla. Elle sembla plus puissante encore. Son visage était gonflé, parcouru des grosses veines noires, et ses yeux reflétaient les flammes de l’enfer. Sa bouche s’ouvrit démesurément, et elle poussa le plus terrible des hurlements. La terre fut ébranlée.
Iass s’avança, jeta son maul et tira son épée, qu’il leva vers elle en signe de défi. A ses cotés, Enola sortit ses lames.
Bathory leva les mains. Plusieurs tentacules jaillirent de ses paumes et filèrent vers eux. Le sortilège n’épargna que Bunny, qui vit ses amis se recouvrir de glace.
« Oh non !!! »
Bathory éclata de rire. Ses pieds se posèrent sur le sol.
« Il n’y a plus que toi et moi, dit le démon. Elles ne sont pas mortes, pas encore. Quant au veilleur… »
Mon Dieu, Garett…
Bathory mit sa main dans son dos et sortit une grande épée noire, à la lame recourbée, et vibrant d’une énergie maléfique.
« Je voulais te combattre, seule à seule… »
Bunny baissa les yeux et vit la claymore de Iass qui avait glissé jusqu'à ses pieds. Elle jeta sa masse d’arme, et, avalant sa salive, elle ramassa l’épée et la leva.
Dieu qu’elle est lourde…
Bathory sourit : « bien… »
L’incertitude gagna Bunny. Elle allait affronter un démon mille fois supérieur à ceux qu’elle avait déjà affronté, et avec une arme qu’elle ne savait pas manier. Et tous ses pouvoirs étaient inefficaces.
La comtesse attaqua. Le choc fut rude, la jeune fille crue que l’épée allait lui glisser des mains. Elle réussit tant bien que mal à se défendre face aux coups suivant, mais il était clair que le démon jouait avec elle.
Bathory lui donna un coup de poing, Bunny tomba par terre, l’épée glissa. Elle saisit son diadème et le lança sur Bathory, mais le disque rebondit sur son armure. Il tomba sur le sol.
« Tu te débrouillais bien jusque là, continue… »
Déjà, le démon marchait vers elle. Rassemblant ses dernières forces, Bunny reprit l’épée et esquiva un coup de taille de justesse. Frappant d’estoc, elle trancha la main de la comtesse. Cette dernière lécha son sang, alors que la main se reformait déjà. Bunny en profita pour porter un coup circulaire.
Mais le démon fut plus rapide. Elle contra le coup, et, d’un geste, la désarma. L’épée vola et se planta dans le sol à une dizaine de mètre de la jeune fille. Bathory sortit ses griffes et lui entailla le ventre d’un revers de la main. Elle hurla, tombant à genoux. Du sang coulait en abondance des trois plaies.
Elle regarda le démon lever son épée sur sa tête. La jeune fille était fatiguée, mais sereine face à la mort. Elle dit adieu à sa famille, à ses amies et à son pays natal qu’elle ne reverrait plus jamais.
Tandis que la lame se rapprochait et qu’elle recommandait son âme à Dieu, un cri résonna dans l’enfer qu’était le village.
« Eszerbet !!!! »
Le démon stoppa son geste fatal et se retourna. Bunny aperçu une haute silhouette d’une créature dotée d’ailes, qui avançait vers elles.
« Toi !! » Hurla Bathory, et elle lança une boule de feu, qui se scinda en trois, frappant le nouveau venu et faisant exploser deux maisons.
Bunny n’en crut pas ses yeux quand elle vit Garett sortir indemne d'entre les flammes. Il portait une armure, la même armure que celle sur le tableau de sa mère. Il tenait une grande épée avec une seule main.
Bathory recula, terrifiée. Garett s’arrêta devant elle et dirigea la pointe de sa flamberge vers le démon : « Nous n’avions pas fini notre combat, Eszerbet… »
La comtesse ne bougea pas. Ce fut au tour de Garett de rire d’elle : « Aurais-tu peur, fiente de démon ? »
Bathory hurla et sauta sur lui, abattant son épée. Garett leva la sienne pour parer.
La lame noire de l’épée de Bathory se brisa sur celle de Garett. Alors que les morceaux tombaient, une petite onde de choc fit reculer le démon qui considéra la poignée de son arme. Garett lui donna un puissant coup tranchant, elle vola à terre, près de Bunny.
« C’est plus la même chose qu’avec elle, n’est-ce pas, Erzsébet ? »
La comtesse semblait désespérée. Puis, dans un dernier acte de folie, elle sauta sur Bunny, et, l’attrapant par les cheveux, la souleva. La jeune fille hurla.
« Tu ne m’as pas encore vaincu, Redblaze !! » Fit le démon, ricanant nerveusement, en posant ses griffes sur la gorge de la guerrière.
Garett plissa les yeux. Il n’était pas suffisamment rapide pour fondre sur elle, et un sortilège risquait de tuer Bunny.
Cette dernière repéra alors son disque, par terre, à ses pieds. Elle murmura la formule de rappel, et le disque s’éleva pour aller entre ses doigts. En criant, Bunny l’enfonça dans le ventre de la comtesse qui hurla. Elle lâcha la jeune fille qui s’écarta.
Garett n’hésita pas. Il prit son élan et lança sa redoutable épée vers le démon. L’arme fila dans les airs et transperça la comtesse de part en part. Le choc fut si violent que la comtesse décolla du sol et alla s’écraser contre un mur. L’épée s’enfonça dans la pierre, clouant Bathory qui cracha du sang.
Bunny se leva. Avec Garett, elle s’approcha du démon, qui, toujours vivant et vomissant bile et sang, tentait de prendre l’épée par le manche pour la retirer de son corps, mais une décharge électrique l’en empêcha. Une créature des ténèbres ne pouvait pas toucher une arme bénie par la lumière.
Garett se tourna vers Bunny : « princesse Selen, à vous l’honneur. »
Bunny leva son diadème, puis regarda le démon qui dardait sur eux un regard empli de haine.
« Avec plaisir… » Elle lança le disque, qui s’enfonça dans la gorge de Bathory, lui tranchant la tête. Elle tomba des épaules du démon et roula par terre, avant de se consumer.
Garett prit Bunny par les épaules et la fit reculer. Une forme pourpre, l’âme damné de Bathory, sortit du corps sans vie de cette dernière et s’éleva dans les airs avant de se mettre à tourner. L’âme poussa un puissant cri de douleur, et d’autres âmes, aux formes féminines, s’en échappèrent et filèrent vers les cieux. Une tornade souffla, des éclairs crépitèrent, et une puissante onde de choc faillit faire tomber Bunny, si Garett ne l’avait pas tenu. Puis
l’âme rouge s’évapora et le calme revint. Le corps du démon se décomposa devant les yeux médusés de Bunny, et il ne resta plus qu’un squelette carbonisé.
Garett s’approcha et saisit son épée qu’il retira sans peine. Le squelette tomba en poussière. Puis il la rangea dans un étui, dans son dos, et se tourna vers Bunny.
« C’est fini, princesse. »
Bunny hocha la tête, et tomba à genoux. Sa blessure lui arracha un cri. Garett s’approcha, la prit dans ses bras et la porta. Dans un état de semi-inconscience, remarqua que le village ne brûlait plus. Elle leva les yeux vers Garett : « mais… qui es-tu ?
- Peu importe. Pour toi je suis Garett. »
Bunny entendit alors ses amies, et elle tourna la tête. Leurs compagnons étaient tous à genoux, tremblant de froid mais libres.
Garett leva les yeux vers le ciel. Lors, une pluie douce tomba sur le village. Aussitôt, tous se sentirent libérés du fardeau de la fatigue et de leurs tourments. Même la blessure de Bunny se referma. Garett la posa sur ses pieds, et la pluie cessa.
Les guerrières s’élancèrent, bras tendu, vers elle. Elles étaient heureuses d’être en vie, de savoir les autres en vie.
Puis elles virent Garett et restèrent sidérés. Iass, Enola, Myriam et les deux chats se prosternèrent devant lui : « Redblaze… »
Les sailors restèrent sciées. Garett se tapa le front : « Hé, je suis pas le pape, les gars. Relevez-vous.
- Mais comment ? Commença Luna. Je croyais que tu n’étais plus la gargouille de légende… »
Garett tira son épée et la planta dans le sol : « J’ai eu de l’aide.
- Et Bathory ? S’enquit Amy.
- Elle est morte, lui dit Bunny. C’est terminé. »
Mako prit Myriam dans ses bras : « alors nous pouvons rentrer chez nous… »
Garett se tourna soudainement. Il fixait les ténèbres devant lui, et à cet endroit apparu un cercle de feu qui grandit.
« C’est pas vrai, ça recommence !! S’exclama Rei.
- Ne bougez pas. » Leur ordonna Garett.
Le cercle de feu cessa de grandir, et en son centre, ils purent voir les flammes de l’enfer. Soudain, une terrifiante silhouette apparut et sortit du cercle. C’était une créature terrible, de plus de cinq mètres de haut. Elle avait la peau toute rouge, quatre bras puissants, une longue queue hérissée de piquant, et son dos était couvert d’immenses défenses brunes. Son visage était démoniaque, sa gueule fumante dotée de grands crocs déformés et de nombreuses
cornes moires couvraient sa tête.
Le démon les fixa tous avec ses yeux rouges. Devant cette vision apocalyptique, les guerrières étaient pétrifiées. Les goules et les chats, quant à eux, avaient le visage livide, empli de terreur. Seul Garett restait stoïque.
« Mon Dieu… murmura Artemis. Breager… »
Bunny écarquilla les yeux. C’était donc lui le roi des ténèbres ? Elle comprenait pourquoi ils en avaient tous aussi peur. Elle pouvait sentir la puissance du démon, comme si elle vibrait en elle.
« Mais comment est-ce possible ? Fit Luna. Il est emprisonné dans le verrou temporel !
- C’est un portail spirituel, expliqua Garett. Il n’est pas là physiquement. Vous ne craignez rien. »
Le démon vit la gargouille et son visage fut empli de colère : « Encore sur notre route, Redblaze, j’aurais du m’en douté…
- Je serais toujours là, Breager. »
Le démon se tourna vers les guerrières, et plus particulièrement vers Bunny : « Ainsi donc, voici celle qui a tué ma maîtresse !! voici celle que ces pitoyables démons du système solaire n’ont pas pu vaincre… j’ignorais jusqu'à présent que tu pouvais être aussi puissante…
- Que me veux-tu ?! S’écria Bunny.
- Eh bien, impétueuse en plus… Tu sauras bien assez tôt ce que je te réserve. Je ne resterai pas éternellement dans cette prison, et craignez le jour de mon avènement !!! Car il approche… »
Le cercle de feu commença à se refermer, happant le démon avec lui. Mais ses yeux étaient toujours sur Bunny. Elle savait qu’il fouillait son âme, et elle en trembla. Il le sentit et sourit. Alors que le cercle se referma, sa voix résonna pur la dernière fois : « Nous nous reverrons, princesse… »
Un silence de plomb s’abattit sur le village en ruine. Ce fut Amy qui le brisa : « Bon sang, j’ai cru qu’on était cuit, cette fois-ci.
- Ne va-t-il pas nous envoyer un autre démon ? Demanda Mako.
- Non, répondit Garett. Il est rancunier. Il voudra s’occuper de vous personnellement lorsqu’il se libérera.
- Charmante perspective, soupira Mina.
- Pas d’inquiétude, fit la gargouille. Il me trouvera sur sa route s’il s’avise de sortir. » Il reprit l’épée et la rangea.
Un bruit de pas résonna. Ils se tournèrent vers l’entrée du village quand une voix puissante mais amicale et familière les appela : « Eh bien, par les saintes couches de MacMoron, quelle bataille, mes amis !! »
Ils ne purent contrôler leurs joies de voir Kenneth MacBorgess venir vers eux. Il était blessé et couvert de sang mais il souriait, portant sa hache de guerre posée sur son épaule. Myriam couru vers lui et sauta dans ses bras : « papa !!!
- Ma puce, me revoilà !!!
- Kenneth, tu es vivant !! S’écria Mako, pleurant de joie comme ses amies.
- On ne peut plus vivant, ma chère enfant !
- Mais comment…
- J’ai vu l’écurie s’effondrer sur toi, lui dit Bunny.
- Oui, et grâce en soit rendu au très-haut, une des poutres est tombée en travers au-dessus de moi, me protégeant la tête. J’ai feins le mort et ai attendu que ce démon s’en aille. Il était temps d’ailleurs car l’incendie a failli me brûler la barbe…
- Décidément, fit Iass en rigolant, il devient de plus en plus dur de tuer un écossais !
- Dieu merci, renchérit Enola. »
Le géant roux se tourna vers Garett en souriant : « A ce que je vois, tu as sortit le grand jeu… »
Garett serra la main tendue de l’Ecossais : « heureux de te revoir, mon ami.
- Tu savais que j’étais encore en vie, n’est-ce pas ? » Lui lança Kenneth avec un clin d’œil malicieux.
Garett sourit.
Ils enjambèrent les restes de hors-vivants et se mirent en route vers ce qui restait du château de Kenneth.
« Désolée pour ton fort, lui dit Mina.
- Si ça peut vous consoler, la salle à manger est encore intact, déclara l’Ecossais.
- Ça tombe bien, j’ai faim… » soupira Bunny.
Ils éclatèrent de rire, tandis que le soleil se levait, baignant la vallée de sa douce lumière.
Epilogue
Bunny observait deux papillons blancs qui batifolaient dans les airs, assisse sur un banc dans la cour du collège. Elle admirait le ballet emprunt de grâce et de légèreté des deux petits êtres, regrettant que les humains ne soit pas aussi innocents qu’eux.
Mako s’assit à ses coté, en silence. Elles profitaient de cette pause pour se régaler du vent qui balayait les feuilles mortes amassées dans la cour.
« Tu semble rêveuse depuis notre retour, lui dit enfin Mako.
- Toi aussi. C’est normal, nous revenons d’un monde que nous n’aurions jamais du voir avant notre mort.
- T’es-tu déjà posé des questions sur la mort ?
- Jamais, à vrai dire. Mais depuis notre aventure au royaume des goules, je n’arrête pas. »
Un ange passa. Mako caressa ses cheveux : « Quand mes parents sont morts, je me suis toujours demandé pourquoi j’avais survécu. En découvrant mes pouvoirs, et aussi depuis ce que nous a raconté Garett, j’ai compris que ce devait être ainsi.
- Pour l’équilibre.
- Oui. Et… » des larmes coulèrent sur ses joues : « J’en voulais à Dieu de me les avoir pris. Mais peut-il seulement décider de notre sort ?
- C’est la nature qui régit notre vie comme notre mort. Ne sois pas triste, Mako. Tu sais que tu les reverras un jour. Comme Rei reverra sa mère et moi la mienne.
- Tu as changé, Bunny. Tu es plus mature.
- J’ai mené un dur combat contre un démon supérieur à moi, et j’ai failli mourir. Je crois que j’ai enfin pris conscience de mes responsabilités et de ma place dans ce monde. Oui, je dois avoir mûri. Et puis… maintenant que je sais que Breager veut ma perte, je crois que j’envisage l’ampleur du combat que nous avons à mener pour nous préparer à le recevoir. Ca a renforcé ma foi et ma conviction. »
Mako hocha la tête et frissonna. Aujourd’hui encore, la voix du démon résonnait dans sa tête, comme le jour où il leur était apparu. Mais Bunny avait raison. Elles devaient être prêtes à l’affronter.
Une cloche sonna, indiquant la fin de la pause. Les deux amies se levèrent de leurs bancs. Alors qu’elles retournaient vers le bâtiment morne du collège, Bunny déclara : « Tu sais ce que Garett m’a dit avant qu’on rentre ?
- Non…
- Il m’a récité un vieux poème inuit :
«Je songe à mes mésaventures, mes peurs,
à ces riens qui me semblait essentiels
La vie m’auraappris qu’une seule chose compte,
Vivre pour voirl’aurore éclairer les matins du monde »
Mako sourit : « c’est un poème magnifique. »
Les deux filles entrèrent dans le collège.
LEXIQUE
DarkeimMarkes [Derkenmarkas] : Morceleuse des ténèbres
Elph [elf]: planète
Firebrand [Faileurbrent] : Feu des ombres
FireSacraem [Faileursacrum] : feu sacré
Frozhell [frozael] : glace
Lhiffing [Leiffien] : foudre
Pathoal [Patehal] : Venus
Red {Reid] : rouge
Redelph (Reidelf] : mars
Reotvalken [Rotvalken] : Pourriture marchante
Selen [selen] : sérénité
Selenelph [selenelf] : Lune
SelkerMillius [SelkoueirMilius] : Désigne le royaume du Millenium d’argent
Sepltt [imprononçable] : armure
Zekhael [Chekael] : Jupiter
ZekkerParpk [zekerparpk]: gargouille