4
"Sudden death"
Bunny et Rei se cachèrent dans une chambre vide au deuxième étage. Elle était arrivée à atteindre l’escalier de secours, mais elles s’aperçurent que l’escalier était effondré au premier, leur bloquant la route. Bathory n’était sûrement pas étranger à ça.
« Je me demande bien comment on va la tuer, celle-là, chuchota Rei.
- Je pensais pas qu’il existait des créatures aussi terrifiante… on va avoir du mal à s’en tirer, cette fois ci. »
Un grincement strident les fit sursauter. La porte de la chambre venait de s’ouvrir. Pétrifiées, les deux guerrières attendirent, prêtes à tout, mais elle reconnurent la silhouette d’un policier. Bunny se dressa et courut vers lui, mais Rei la retint : « attention !! »
Bunny échappa de justesse à la morsure du policier. Elle vit alors avec effroi qu’il s’agissait du second policier tué par Bathory. Son ventre était couvert d’impact de balles. Son regard vide se fixa sur elles.
« C’est un zombi !! »
Le zombi bondit sur Rei, qui tomba sous son poids. Bunny lui colla un coup de pied dans les cotes, la créature Hors-vivante décolla du sol et alla s’écraser contre le mur. Mais déjà, elle se relevait, affamé et insatiable.
« Vade retro ! S’écria Rei. Le zombi s’immobilisa un instant, mais ne sembla pas affecté. Toutefois, il hésita assez longtemps pour laisser le temps à Rei de dresser un mur de flamme entre elles et lui. Visiblement effrayé par le feu, la créature recula. Les guerrières en profitèrent pour sortir de la chambre.
Dans le couloir, plusieurs policiers du groupe d’intervention spéciale leur faisaient face. Ils pointaient leurs fusils-mitrailleur vers elles.
Elles n’eurent pas le temps de leur expliquer qu’elles étaient des civils, car elles aperçurent Bathory derrière les policiers. Elles hurlèrent. Les policiers se retournèrent, et voyant la comtesse, tirèrent.
Les balles s’écrasèrent sur un champ de force. Le démon écarta les bras, et un cercle de feu jaillit de son corps. Il brûla les policiers sur son passage. Les malheureux hurlèrent avant de tomber en cendres.
Les flammes étaient proches des guerrières quand le plafond explosa. Garett tomba devant elles.
« Frozhell sepltt ! Hurla-t-il. » Aussitôt, une véritable armure de glace les entoura, sur laquelle les flammes moururent. Garett contre-attaqua aussitôt : « Lhiffing ! »
Un éclair jaillit de la main de Garett et frappa Bathory, qui ne broncha pas. Elle éclata de rire : « c’est tout ce que tu sais faire, veilleur ? » Elle leva la main vers lui. D’un seul coup, Garett fut soulevé du sol. Bathory l’attira à lui, et ferma sa main. Garett hurla.
« Les Matriarches aurait du m’envoyer autre chose qu’une ZekkerParpk !! »
Bunny sortit son disque, mais elle s’immobilisa. Garett était en plein milieu, elle ne pouvait pas atteindre la comtesse sans le blesser. Garett réuni ses dernières forces pour crier : « sauvez-vous !!! Vite !!
- Tu perds ton temps, rétorqua Bathory. Même si elles fuient, je les retrouverai. Il me suffit de lever une armée de fidèles avec tous les futurs morts de cet hôpital ! »
Garett tenta le tout pour le tout. Il serra les poings et se concentra. Une vague d’énergie envahit son corps, et une nova électrique jaillit de ses mains, repoussant le démon et le libérant de son emprise. Sans prendre le temps de reprendre son souffle, il balança un puissant coup de pied dans le ventre de la comtesse qui
recula encore. Puis il joignit ses mains qu’il dirigea vers le plafond. Plusieurs éclairs rouges frappèrent le plafond au-dessus de Bathory. Le plafond explosa et commença à s’effondrer sur le démon dans un grand fracas. Un brouillard de poussière envahit le couloir. Les guerrières toussèrent.
Garett surgit devant elles. Elles sursautèrent.
« Suivez-moi
si vous voulez continuer cette vie-là. »
Le moment n’était pas à la réflexion, et les filles lui emboîtèrent le pas.
Au détour du couloir, le coin du mur explosa. Une rafale de balles s’écrasa tout près d’eux. Garett repoussa les filles à l’abri.
« Mais pourquoi ils nous tirent dessus !! On leur a rien fait !! Cria Bunny.
- Moi, si, rétorqua Garett. J’ai du en assommer deux pour venir ici.
- Quoi ?
- Bougez pas. »
Garett sortit de sa cachette. Aussitôt, les policiers lui tirèrent dessus. Garett leva la main. Les balles s’arrêtèrent devant lui, formant un demi-cercle. Les policiers, médusés, virent les balles retomber au sol, inoffensives, alors que Garett sautait sur eux.
Bunny et Rei n’en croyaient pas leurs yeux. Garett ne se battait pas, il exécutait un véritable ballet. Volant au-dessus des policiers, il distribuait coup de poings et pieds, avec une grâce étonnante.
Quand il posa les pieds au sol, les policiers gisaient par terre, sonnés.
« Vous les avez… commença Bunny.
- Non. Ils vivront. Mais pas nous, si on s’attarde.
- L’escalier est bloqué !
- Vraiment ? »
Garett s’accroupi et posa sa main sur le sol, créant une onde de choc. Le sol se fissura, forma un grand trou. Garett les aida à passer à l’étage inférieur avant de les rejoindre.
« Où allons-nous ? Demanda Rei.
- Au parking, pour prendre un véhicule.
- Et après ?
- On rejoint vos amies qui sont en sûreté. Toutes vos amies. »
Dans le parking, Garett les amena jusqu'à une ambulance. Il explosa la fenêtre coté conducteur, ouvrit la portière et monta dedans. Bunny et Rei s’installèrent à l’arrière, s’asseyant sur les civières. Garett toucha le tableau de bord avec sa main, et le véhicule démarra.
Ils quittèrent le parking en trombe, défonçant les barrières de la police. Déjà, des voitures se lancèrent à leur poursuite, gyrophares en marches et sirène hurlante.
« Accrochez-vous !! »
Garett donna un coup de volant brusque, l’ambulance dérapa et s’engagea dans une autre avenue. La police était toujours après eux.
Alors qu’il dépassait un croisement, un gigantesque poids-lourd surgit d’une route perpendiculaire et rentra dans deux voitures de police qui se retournèrent avant d’aller d’encastrer dans des vitrines. Le camion se lança à la poursuite de l’ambulance, tout en prenant soin d’envoyer les voitures de la police dans le décor.
« Vous avez vu ?! Lança Bunny à Garett.
- Oui. C’est elle.
- La comtesse ? Elle ne lâche pas le morceau facilement… »
Le camion gagnait du terrain.
« Plus vite !!! Hurla Rei.
- Je suis au max. Faites quelque chose. »
Rei ouvrit la porte arrière de l’ambulance et fit pleuvoir des boules de feu sur l’avant du camion, qui ne ralentit pas pour autant. Alors qu’il allait rentrer dans l’ambulance, Garett tourna à droite à un croisement, s’engageant dans une ruelle à sens unique… pour l’autre coté.
« On est dans le mauvais sens !!
- Je sais. »
Imperturbable, comme si telle situation était monnaie courante pour lui, Garett monta sur le trottoir heureusement désert à cause de la pluie. Derrière, le camion, qui avait eu du mal à les rejoindre, n’en fit pas autant. Il continua sa route, renversant les voitures stationnées, se moquant des voitures arrivant en face, qui était obligé d’aller s’encastrer dans les maisons pour l’éviter. L’une d’elles ne fut pas assez rapide. Le poids-lourd lui rentra dedans. La voiture décolla et explosa sur le coup. Sa carcasse enflammée retomba sur le trottoir, devant Garett qui du retourner sur la route. Heureusement pour eux, ils arrivèrent enfin sur une autre avenue. Garett tourna à gauche, en direction du pont traversant le fleuve se jetant dans le pacifique. Le camion se rapprochait dangereusement. Garett se tourna vers les filles : « Y en a une qui sait conduire ?
- Oui, moi, répondit Bunny. Mon père m’a déjà laissé conduire.
- Prends le volant. »
Elle le saisit de justesse alors qu’il le lâchait. Il quitta son siège et se rendit à l’arrière où Rei lançait toujours ses attaques enflammées.
« Où allez-vous ? Lui demanda-t-elle.
- Faire un tour. » Il bondit hors de l’ambulance par la porte arrière, toutes griffes dehors. Alors, de grandes ailes rouges jaillirent de son dos, le faisant planer jusqu'à travers le pare-brise du camion où il enfonça ses griffes dans la poitrine de Bathory. Cette dernière hurla mais ne lâcha pas le volant pour autant. Avec sa main libre, elle attrapa Garett par le col de sa cape. Une lutte acharnée s’engagea entre les deux créatures, le camion perdit de la vitesse et l’ambulance s’éloigna de lui. Le camion faisait de violentes embardées
de gauches à droites, alors que Garett et Bathory luttaient pour le contrôle du véhicule.
L’ambulance s’engagea sur le pont. Mais arrivé à mi-distance, Bunny freina brusquement, Rei fut projeté à l’avant du véhicule. Le pont était embouteillé, un accident bloquait la circulation.
« Oh mon Dieu… » Rei et Bunny virent avec effroi le poids lourd qui se rapprochait à toute vitesse.
Garett, toujours accroché à la comtesse qui le martelait de coup, aperçu le bouchon et les voitures arrêtées. Il donna un violent coup de griffes dans le visage de la comtesse, lui arrachant toute la joue gauche, puis attrapa le volant pour le braquer à droite. Dans un grincement assourdissant, le camion passa par-dessus le trottoir, les balustrades et tomba du pont. Garett bondit et s’accrocha in extremis au rebord du pont, alors que le poids-lourd sombrait dans les eaux
noires et glaciales du fleuve.
Garett se hissa sur le pont. Nullement accablé par la fatigue ou toutes ses blessures, il se dressa de toute sa taille et jeta un coup d’œil en contrebas. Le camion était presque totalement immergé, seule une partie de la remorque jaillissait des eaux.
L’ambulance s’arrêta à sa hauteur. Il reprit la place devant le volant à Bunny qui semblait soulagée de ne plus avoir à conduire.
« Allons retrouver vos amies, dit-il calmement. »
Alors qu’ils quittaient le pont, Bunny se tourna vers lui : « Allez-vous enfin nous expliquer ? »
Garett la fixa un instant. Dans l’ombre de sa capuche, elle put voir deux yeux bleus qui brillaient, deux yeux sagaces et perçant.
« Plus tard, quand vous serez toutes réunies. J’ai horreur de me répéter. »
5
Retrouvailles
Alors que Garett, Rei et Bunny luttaient encore contre le démon dans l’hôpital, Amy et Luna descendaient du bus n°7 et empruntaient le chemin de terre.
Amy s’était tue jusqu’alors. Elle était plongée dans de sombres réflexions. Enfin, elle demanda à Luna : « il vient du monde des morts ?
- Oui.
- Mais il est quand même vivant ?
- C’est très compliqué. Les humains sont les seuls êtres vivants à ne pas savoir qu’il existe. Ce royaume est appelé goules car c’est le nom qu’on donne aux morts là-bas. Quand un être vivant meurt, il se retrouve là-bas, avec l’apparence qu’il avait dans les plus belles années de sa vie. Mais dans ce royaume, il n’y a pas que des goules, il y a aussi des êtres vivants : les gargouilles, comme Garett, ou encore les Orcs, les dragons, les gnomes…
- Et le monde des ténèbres ?
- Une goule peut mourir à nouveau, de maladie, de faim, de froid, par accident. Dans ce cas, son essence s’en va vers la lumière. Mais si elle est tuée… Elle devient un destructeur. Un hors-vivant, un serviteur de Breager.
- Et Garett, que vient-il faire dans cette histoire ?
- Tout ce que je sais, c’est qu’il est là pour vous protéger de Bathory. Ce sont les Matriarches, les quatre déesses de la nature qui l’ont envoyé ici. En plus d’être des voleurs, les veilleurs sont les soldats des Matriarches.
- Des voleurs ? Garett est un voleur ?
- Il était. Je ne sais pas ce qu’il fait maintenant, mais c’était le plus doué de tous les voleurs du royaume des goules. Les gargouilles sont étranges. C’est le peuple le plus ancien et le plus puissant du royaume, avant les orcs et après les destructeurs. Elles vivent retranchées dans leurs pays, l’akranod, n’en sortent jamais et ne se mêlent jamais des autres pays. Elles ne sont en guerre que lorsqu’on les attaque, et crois-moi, vaut mieux pas les chercher. Elles sont fortes, puissantes, très intelligentes et sacrement bien organisées. Elles vivent en accord avec leur monde. Elles ne sont sorties qu’une seule fois de leur contrée : lors de la première guerre contre Breager.
- La première ?
- Il y en a eu deux. Lors de la première, Breager, qu’on ne peut tuer, fut emprisonné dans son royaume pour ne pas en ressortir. Lors de la seconde, qui fut baptisé « guerre du messie noir », Breager faillit ressortir de sa prison mais cela n’arriva pas, heureusement. Comprends bien que Breager n’a qu’un but : Happer notre monde, et celui des goules, dans ses ténèbres.
- Réjouissant.
- Les voleurs gargouilles ne sont pas comme les autres voleurs. Des leurs plus jeunes ages, on leur apprend à utiliser l’ombre comme une arme. Pas de violence inutile, juste de la discrétion et de la furtivité. Mais Garett… est différent des autres gargouilles… il a toujours été… comment dire… cynique et renfermé.
- Où l’as-tu connu ?
- Il y a très longtemps, sur la lune… tiens, voilà la planque. »
Une petite bicoque en bois se dressait au milieu des sapins. Amy esquissa un sourire : « C’est pas la cabane d’Evil Dead ?
- Très drôle. »
Amy s’approcha de la porte et l’ouvrit. Elle trouva Mina assise à la fenêtre. La jolie blonde avait un pansement sur le front. Elle bondit sur ses pieds à la vue de son amie, et elles s’étreignirent.
« J’ai eu si peur pour vous !! S’exclama Mina
- Mais que s’est-il passé ? Lui demanda Amy.
- J’étais seule chez moi quand cette… créature a sonné à ma porte. J’ai failli y passer, mais Garett est arrivé et m’a sauvé la vie.
- Oui, moi aussi.
- Où sont Rei et Bunny ?
- Garett doit être avec elles. J’espère, en tout cas. »
Mina prit Luna dans ses bras. Le chat lui demanda : « et Mako ?
- Elle… elle est dans la chambre. Elle est entre la vie et la mort. Garett a pu la sortir de l’hôpital en ambulance avant que le démon ne la tue. »
Amy se rendit dans la chambre. Son amie Mako était allongée dans un grand lit. Garett n’avait pas fait les choses à moitié : il avait subtilisé des appareils respiratoires et des poches de transfusion. Mako semblait sereine malgré son état.
Amy ressortit bouleversée de la chambre. C’était sans doute la première fois qu’une des leurs était si gravement blessée.
« Garett t’a expliqué ce qui se passait ? Demanda-t-elle à Mina.
- Pas vraiment, il attend que nous soyons toutes réunies. Mais Artémis m’a expliqué qui il était – et qui elle était.
- Ah… Toi aussi tu le connais, dit-elle en se tournant vers le chat blanc de Mina.
- Oui, même si c’est depuis moins longtemps que Luna.
- Il ne nous reste plus qu’à attendre, alors… »
Ce qu’elle firent. Le temps sembla s’écouler lentement, elles avaient toutes les deux la peur dans l’âme, quand le bruit d’un moteur résonna dans la nuit. Amy couru à la fenêtre et vit une ambulance en piteux état qui s’arrêtait sur le sentier. Garett descendit, suivi de Rei et Bunny.
« Ce sont eux !!! Elles sont vivantes !! »
Elles se jetèrent dans les bras en riant, folles de joies de se retrouver en vie. Tandis qu’elles se racontaient leurs péripéties respectives, Garett retira sa cape, se dévoilant sous son vrai jour.
Il avait un visage humain, celui d’un homme d’une trentaine d’année, dur et froid, mais fin et à l’apparence déterminée. Ses cheveux bruns clair étaient coupés au bol, comme au moyen age.
Les filles le fixèrent, assez stupéfaites. Il portait une vielle chemise de laine sous une sorte de tunique de cuir brune, avec des lanières en cuir qui pendait jusqu'à ses genoux, qui couvrait un pantalon noir. Des bottes ferrées montantes chaussaient ses pieds. Il semblait sortir tout droit d’un livre d’histoire du 12eme siècle. Il remarqua qu’on l’observait et se figea : « Qu’est-ce qui se passe ?
- Rien, rien… fit Bunny. »
Garett haussa les épaules et se dirigea vers la chambre où se trouvait Mako : « Je vais m’occuper de votre amie. Après, je vous expliquerai tout sur cette affaire. »
Alors qu’il entrait dans la chambre, Bunny se tourna vers les autres : « Il est assez mignon en fait… »
Artémis sourit ( ce qui est toutefois dur à voir sur le visage d’un chat…) : « Si vous le voyez avec son vrai visage… »
Luna se tourna vers Garett alors qu’il entrait.
« Comment va-t-elle ? Demanda-t-il.
- Pas d’amélioration… j’ai peur qu’elle…
- Ne t'alarmes pas. »
Garett retira sa tunique et s’assit à coté du félin.
« Je vais tenter de la soigner, mais je ne promets rien. Grave est sa blessure. Quand je suis arrivé à son appartement, elle quittait cette enveloppe pour celle du saint royaume, mais j’ai pu diminuer la blessure pour qu’elle tienne jusqu'à l’hôpital.
- Tu vas utiliser le Feu sacré ?
- Non, je ne peux plus.
- J’ai appris ce qui s’était passé durant la seconde guerre des ténèbres. »
Garett hocha la tête : « J’ai dû renoncer à la darkeimMarkes pour pouvoir me sortir de la prison de Breager. Et donc à certains pouvoirs. Comme le FireSacraem. Mais j’ai encore la magie blanche médicale des veilleurs. Ce devrait suffire. Seulement, je te prierai de te taire. Et… accroche-toi. »
Luna hocha la tête. Garett ferma les yeux et leva la main, paume levée en l’air.
Pendant de longues minutes, il ne se passa rien. Puis une chaleur intense envahie la chambre. Une sensation de bien-être intérieur traversa le corps félin de Luna, tandis qu’une aura lumineuse enveloppa Garett.
La vision de Luna se troubla. Un brouillard jaune voilà ses yeux, et elle sentit tout son être partir, comme happé dans un ouragan de vie. Des étoiles filèrent devant elle, si vite qu’elle devint finalement des rayons aux étranges couleurs. Elle vit des montagnes verdoyantes, des champs de blés courant à perte de vue, un océan en colère, un ciel ravagé par l’orage, une forêt en automne, une caverne
emplie de champignons géants, un désert sans fin ni limite, des cimes
enneigées… le monde, la vie s’offrait à elle, et elle, euphorique, voulait rire, pleurer, chanter sa joie de vivre.
Tout ce qu’elle voyait se condensa, se regroupa dans une sphère brillante qui flottait dans le creux de la main de Garett. Souriante, la gargouille brandissait un fragment du paradis. Il posa la sphère sur Mako, elle s’engouffra en elle et un souffle de vie l’envahi.
La jeune fille se convulsa et se redressa d’un bond. Elle ouvrit les yeux et les regarda, hagarde.
« Bon retour à la vie… » lui dit Garett.
Heureuse de revoir leur amie sur pied, et en parfaite santé, les filles étaient à présent impatiente d’entendre les explications de Garett. Ce dernier semblait extenué. Son front était couvert de sueur et ses traits avaient les stigmates de la fatigue.
« T’as pas l’air bien, lui dit Luna.
- Ne t’inquiètes pas. C’est le sortilège qui m’a un peu fatigué. » Il s’assit face aux filles en soupirant. De toute évidence, les coups et les attaques magiques qu’il avait prit en pleine tête toute la journée commençait à peser sur ses épaules. Mais fidèle au flegme habituel de ses congénères les gargouilles, il ne se plaignait pas.
« Ca vous dérange si je fume ? » Demanda-t-il en sortant une longue pipe en terre noire. Les filles n’y voyant aucune objection, il la bourra d’herbe et l’alluma. Entre deux bouffées, il commença son explication.
« Pour commencer, sachez qu’il n’y a pas deux mais trois forces existantes : les lumières, les ténèbres et l’entité nature. Les deux premières se font évidemment la guerre, mais la troisième veille, par le biais des saintes Matriarches, à maintenir un équilibre naturel. Si l’un ou l’autre coté commence à être un peu trop victorieux, les Matriarches se charge de ramener l’équilibre. Il faut que vous compreniez que « bien » et « mal »
comme vous le dites les humains, sont indissociables. Si l’un ou l’autre vient à prendre un trop gros avantage, le déséquilibre sera tel qu’il créera un puissant chaos dans tout l’univers, et surtout dans le royaume des goules.
» Quel rapport avec vous, me diriez-vous ? Simple. Votre combat contre les forces ténébreuses ne touche que ce plan physique et n’agit pas dans le monde des morts. Donc, jusqu’alors, ni les archanges ni les démons ne s’étaient soucié de vous et vos adversaires. Dernièrement, vous avez toutes été tuée lors de
l’ultime combat contre vos adversaires. Les archanges ont alors décidé de faire quelques chose. Ils ont mandé aux Matriarches s’ils pouvaient vous ramener à la vie. Les Matriarches ont accepté, et vous revoilà. Malheureusement, en face, les démons étaient plutôt dérangés par votre résurrection. Tant que vous luttiez sans vraiment vaincre, ils ne se souciaient guère de vous. Mais votre victoire comme Mettalia ne leur a pas plut. A la demande du roi Breager, les démons supérieurs ont envoyé ici Bathory, un démon inférieur, donc, pour vous tuer une bonne fois pour toute. Seulement, si elle y arrivait, cela créerait le
déséquilibre que nous redoutons tous. C’est pour cela que les Matriarches ont décidé de m’envoyer pour vous protéger.
- Excusez-moi, Garett, mais… pourquoi vous ? » Demanda Amy.
Garett sembla hésité à répondre. Ce fut Luna qui le fit à sa place : « Les veilleurs sont au service des Matriarches et Garett est le meilleur des veilleurs.
- Pas aussi bon, hélas, rétorqua Garett. Je ne savais pas que les démons ont envoyé Bathory. Je ne peux rien contre elle ici. » Il se leva : « C’est pour ça que nous allons tous dans le saint royaume.
- Dans le royaume des morts !! S’écrièrent les filles en chœur.
- Oui. Là-bas, j’ai plus d’opportunité pour tuer Bathory.
- Ah… On peut la tuer ?
- Les démons inférieurs ne meurent que si on leur coupe la tête. Mais encore faut-il y arriver…
- Mais… vous voulez qu’on parte quand ?
- De suite.
- Quoi ?? Mais, et nos parents, nos familles, que vont-elles dire ! Ils vont s’inquiéter en ne nous voyant pas rentrer !
- N’ayez crainte. Sachez qu’une année dans le royaume des goules équivaut à peu prés à une journée ici. »
Garett s’immobilisa soudainement. Il leur fit signe de se taire, et il sortit ses griffes. Il se dirigea silencieusement vers une des portes, qui s’ouvrit soudainement. Garett bondit.
« Firebrand !!! »
Garett se figea. Un homme se tenait dans l’embrasure de la porte, son visage à quelques centimètres de la pointe des griffes de Garett.
Le nouvel arrivant avait tout de l’anachronisme. Il était plutôt grand, une quarantaine d’année, avec de longs cheveux de jais, une moustache et un bouc fourni son visage européen était large et couvert de vieilles cicatrices. Il était vêtu d’une lourde armure de couleur bleu acier, cuirasse, épaulettes, genouillères et grêles ; une cape violette, attachée à ses épaulettes, traînait par terre. Il pointait une lourde épée bâtarde vers Garett.
« Par les cercles de l’enfer ! S’écria l’homme. Firebrand, tu as failli me faire crever de peur !
- Je t’attendais pas aussi tôt, Iass. » Garett rentra ses griffes tandis que l’autre rengainait son épée.
« C’est l’heure, pourtant.
- Exact, reconnu Garett. J’avais pas vu qu’il était si tard. »
Ils se tournèrent tous les deux vers les filles qui les regardaient, silencieuses.
« Damoiselles, leur dit Garett, je vous présente mon ami et occasionnellement frère d’arme le comte paladin Iassollon de
Berberkian. »
Le chevalier, dont la présence dans la maison était plus irréelle encore que celle de Garett, s’inclina en souriant. Son armure grinça alors qu’il dit : « Enchanté, gentes dames, appelez-moi Iass, comme tous mes amis. »
Les filles le saluèrent, puis il se tourna vers Garett : « J’ai retrouvé Enola. Elle attend avec des chevaux de l’autre coté.
- Et Jeanne ?
- Pas de chance, mon ami, elle est en pleine bataille contre les orcs. Ils ont de nouveau forcé leurs défenses.
- Sale affaire. Elle aurait pu nous apporter grand aide. Que les quatre veillent sur elle.
- Et la très sainte vierge aussi.
- Quel est le passage ?
- Celui près de chez Kenneth MacGhorbess. Il a accepté de nous recevoir dans sa forteresse. » Garett enfila sa cape et remit la capuche sur sa tête, puis il se tourna vers les filles : « Mes amies, c’est l’heure. Je voudrais vous prévenir cependant. Jamais aucun humains vivants ont pu aller dans le monde des morts, et c’est d’ailleurs interdit. Les Matriarches ont toutefois accepté de vous laissez entrer. Il se peut que vous ayez un choc lors du passage, et aussi lorsque vous serez là-bas. Mais n’ayez aucune inquiétude. »
Ils sortirent de la maison, Iass devant, Garett fermant la marche. Bunny et Mina portaient les deux chats. Ils s’engouffrèrent dans la forêt de sapin. La nuit était tombée entre temps, froide et humide. Garett et Iass étaient en alerte, scrutant le moindre bruit, le moindre mouvement, la main sur la poigné de l’épée ou les griffes dehors.
Devant eux se dressait un arbre étrange. Il semblait mort et pourtant était grand et solide. Garett s’approcha et posa sa main sur l’écorce. L’arbre vibra. Il se retourna vers Bunny : « Que milady passe d’abord. »
Bunny sembla hésiter. Elle approcha doucement de l’arbre, et, suivant les indications de Garett, posa sa main sur l’arbre.
« Surtout, n’ai pas peur. Tu ne crains rien. »
Pourtant, Bunny n’en fut pas si sûre, surtout que, soudainement, l’écorce noire de l’arbre commença à engloutir le bras de la jeune fille. Son rythme cardiaque s’accéléra, elle poussa un hurlement, terrorisée.
« Calmes-toi !! C’est normal !!! Lui dit Garett.
- Mais elle va y passer !! S’écria Rei.
- Non, laissez faire, intervint Artemis. »
Un éclair blanc secoua l’arbre. Pendant un instant, Bunny ne sentit plus rien, ne vit plus rien. Des myriades d’étoiles filaient devant ses yeux, puis tout devint noir, puis blanc.
6
De l’autre coté
« Calmes-toi, respire… »
Une voix de femme venait de parler. Bunny entendait à nouveau, elle sentait son cœur battre, de l’air frais entrer dans ses poumons. Elle sentait la fraîcheur de l’herbe, le vent qui balayait ses cheveux…
Elle ouvrit les yeux. Elle était allongée en plein milieu d’une forêt verdoyante.
Une jeune femme était penchée sur elle. Elle souriait. Elle semblait très belle, même si le contour de ses yeux était cerclé de sang séché. Elle avait de longs cheveux noirs, et une armure mauve, qui épousait les formes de son corps.
« Ca va mieux ? »
Bunny était encore sous le choc. Elle s’examina. Elle était vêtue de sa tenue de combat. Elle toucha sa tête et cria. Elle venait de sentir deux étranges choses dans ses cheveux… comme des cornes. Des petites cornes qui dépassait de sa chevelure.
La jeune femme éclata de rire : « Je sais, ma grande, ça fait un choc, mais on s’y fait, ne t’inquiète pas. »
Bunny remarqua alors que la femme en avait aussi, de grandes cornes brunes.
« Tu as des petites cornes, tu es bénie par la lumière… mais t’as pas de langue ?
- Si, si… c’est juste que…
- Je sais. Mais rassures-toi, c’est pas grand-chose pour toi. Imagine ceux qui arrivent ici à leur mort, en sortant de terre ?
- En sortant de terre ?
- Oui ma grande. Enfin, les humains uniquement…
- Vous êtes un fantôme ?
- J’ai l’air immatérielle ? Je suis une goule.
- Qui êtes-vous ?
- Je m’appelle Enola la Reine rouge. Je vous attendais, tes amies et toi.
- La Reine rouge ?
- Oui. » Elle lui montra les cercles de sang autour de ses yeux : « le sang de mes ennemies. »
Bunny fit la grimace, puis elle regarda autour d’elle. C'était une forêt magnifique, avec de hauts arbres sûrement tri-centenaires, des champignons, des fougères…
« Je suis dans le royaume des morts ?
- Tu en doutes ? Viens voir. » Enola la prit par la main et l’entraîna le long d’un sentier qui débouchait sur le bord d'une falaise. Bunny ne croyait pas à ce qu’elle voyait. Leur position surplombait une grande vallée abritant en son sein un lac magnifique ; au bord se trouvait un village aux maisons en pans de bois. Au-dessus, niché sur une colline se dressait un fort, construit avec des pierres jaunâtres, constitué d’un grand donjon carré, deux tours ronde et une petite tour pentagonale.
« Bienvenue dans le saint royaume des goules. » Lui dit Enola.
La jeune fille n’en revenait pas.
« C’est magnifique… j’ai l’impression… d’être revenu en arrière.
- Tel est le saint royaume, déclara Enola. Comme la terre entre le 10eme et le 15eme siècle. Toute technologie polluante est interdite ici. »
Ce qui explique l’air si pur que Bunny aime sentir dans ses poumons.
« Il est clair que pour toi qui vis dans un monde si moderne, ce lieu est sûrement le paradis. Ou l’enfer. Retomber au moyen-âge ne plait pas à toutes les goules qui ont goûté aux joies du modernisme, mais crois-moi, elles oublient vite.
- Et quand êtes-vous morte ?
- Le 23 avril 1622, à 30 ans environ ( je ne sais pas quand je suis né). J’ai été mordu par un foutu bâtard qui avait la rage. Sale bête. »
Elles redescendirent à l’endroit où Bunny était arrivé, et constatèrent que leurs amis étaient arrivés. Si Garett et Iass étaient déjà affairés aux chevaux qu’Enola avait amené, les filles étaient, comme Bunny auparavant, totalement désorientées. Elles durent rester un instant assises pour se remettre. Seuls les félins étaient en forme.
Luna et Artemis se tournèrent vers Enola : « Salut Eny !! Dit le chat blanc.
- On te croyait morte, avança Luna.
- Je sais, mais on ne me tue plus aussi facilement… »
Garett s’approcha d’elle : « Salut, ma grande.
- Tréééééééés drôle, sourit Enola. »
La jeune femme devait faire un mètre 60 à tout casser, si bien qu’elle arrive au ventre de la gargouille, qui se pencha pour la prendre dans ses bras.
« Heureux de te revoir, Eny. Je pensais pas que tu viendrais.
- Mon PETIT Garett, tant que tu n’auras pas accepté ce que tu sais, tu m’auras sur le dos, jusqu’à la fin des temps.
- On en reparlera d’ici là, tu veux bien ? On a plus important à faire maintenant. Bathory ne s’est plus montré depuis un moment, et ça ne me dit rien de bon.
- J’ai laissé toutes nos armes chez Kenneth. J’ai aussi prit des rapières de petites tailles pour jeunes pucelles. A propos de pucelle, tu es au courant pour Jeanne ?
- Iass m’a prévenu. Décidément l’arnie sera toujours en guerre… »
Il se tourna vers les filles qui commençait à se remettre et à se lever. Elles étaient quand même hypnotisées par la beauté de la forêt.
« Vous allez bien ? Leur demanda Garett.
- Qu’est-ce que c’est que ces cornes !!! S’écria Rei en voyant celle de ses amies.
- Tu en as toi aussi, remarqua Mako.
- Vous en avez toutes, expliqua Garett. Toutes les goules ont des cornes. » Il désigna Iass qui avait aussi des cornes, les mêmes que celles d’Enola : « grandes et marron pour les âmes sans péché, noires et tordues pour ceux qui en ont commis, et petites et blanche pour les innocents ou les saints. Comme les vôtres.
- Eh bien, murmura Bunny, je pensais pas être une sainte, avec toutes les sales notes que je me paye en classe… »
Garett esquissa un sourire : « Comparé à des gars comme Dahmer* où même la comtesse Bathory, crois-moi, tu es une sainte. »
Mina, qui venait d’apercevoir le visage de Garett, s’écria : « Mais… votre peau !! »
Garett la regarda, et retira sa capuche. Il avait le même visage, seulement, ses oreilles était un peu plus pointues, des crocs ornaient sa mâchoire supérieure, comme un vampire, il avait des cornes brunes toutes recourbées, mais surtout, il avait la peau toute rouge, rouge foncé.
« Mais… vous aviez pas cette peau tout à l’heure, bredouilla Mako.
- Tu crois que je me serais baladé dans le monde des vivants avec cette gueule ? » Il remit sa capuche : « Vous avez déjà fait du cheval ? »
Les filles se regardèrent.
« Ça va, j’ai compris, grommela Garett en faisant la grimace. Amenez-vous. »
Iass et Enola tenaient les rênes de huit chevaux à fier allure. Garett s’approcha de l’un d’eux et tira des capes vertes foncées d’un sac en cuir pendu à sa selle. Il en donna une a chacune d’elle : « mettez-les. J’ai pas envie que vous fassiez tourner la tête de tous les satyres de la forêt.
- quoi… Il y a des pervers ici ? Demanda Bunny.
- Non, pas de ces satyres-là, des vrais satyres.
- Mi-homme, mi-bouc ? S’enquit Mina.
- Oui. Mais si on appelle les pervers des satyres, c’est qu’il y a une raison, vous me suivez ?
- Pas vraiment non… » dirent-elles en chœur.
Garett serra les dents et se tourna vers ses deux amis goules qui se tenaient les côtes.
« Elles n'ont pas des cornes blanches pour rien, lui lança Iass. »
« Grâce soit rendues aux saintes Matriarches, on n'a pas trop perdu de temps… » dit Garett en jetant un coup d’œil au soleil. Il pensait avoir perdu un temps fou à aider les sailors à grimper sur leurs chevaux, mais la notion de temps n’a pas la même importance de ce coté-ci.
Il fermait la marche, Iass et Enola étant devant, et les filles ne se débrouillaient pas si mal avec leurs bêtes.
Amy observait la nature incroyablement riche de cette forêt. C’était étrange, même certaines forêts naturelles du monde des vivants n’étaient pas aussi belle que celle-ci. À un moment, elle vit un chevreuil qui broutait des fougères. Il leva sa tête ornée de petits bois et les regarda passer, tranquille, sans se sauver. Garett lui expliqua que dans le royaume des goules, les animaux n’avait aucune crainte des goules, car tuer une bête pour un autre motif que pour se défendre et se nourrir était sévèrement réprimandé. La nature finit toujours par se venger. Du coup, les animaux étaient moins craintifs.
Soudain, Mina montra quelque chose de brillant près d’un arbre. Une petite sphère de lumière verte qui tournait autour d’un chêne.
« C’est un feu-follet, lui dit Garett. Ils tournent autour de l’arbre pour en tirer un peu de leurs essences pour se nourrir.
- Qu’est-ce que c’est joli…
Ils sortirent de la forêt, et descendirent une petite pente menant au lac que Bunny avait vu auparavant. Le sentier longeait l’étendu d’eau, où se prélassaient des grenouilles multicolores, et rejoignit bientôt une vielle route aux pavés abîmés et inégaux. La route menait droit au village.
Un joli petit village, avec des maisons simples mais magnifiques cependant. Ce village était bâtit en cercle, autour d’une place où avait été construit une petite fontaine de marbre blanc, représentant trois archanges, ailes déployés, vêtues de grandes armures et brandissant de lourdes flamberges.
Les villageois, tous affairés, saluèrent les voyageurs sans, semble-t-il, d’hypocrisie ou d’arrière-pensées.
« C’est si rare chez nous, remarqua Mako, que ça fait un choc…
- Mais quel est le nom de ce joli village, Garett ? Questionna Amy.
- Kenneth Haven. C’est un très vieux dialecte écossais, oublié des humains depuis, ça signifie : “le paradis de Kenneth”. C’est l’un de mes amis, Qui s’appelle donc Kenneth, qui a bâtit ce village. Il est écossais. Il était lord sur terre et veillait sur un village qui ressemblait à celui-là, dans les Highlands du sud. C’était au 13eme
siècle.
- C’est pas au 13eme qu’ils se rebellèrent contre L’Angleterre ? Demanda Mina.
- Compliments, Minako, lui répondit Iass en souriant. Oui, c’est exact. Le roi Edouard 1er a annexé l’Ecosse en 1292, ce qui a provoqué le chaos dans le pays.
- Kenneth était un seigneur aimé et respecté des villageois, continua Garett, alors qu’ils s’engageaient sur la route menant un fort surplombant la ville. Il les protégeait comme s’il était de sa propre famille. C’est pour cela que lorsqu’on lui demanda de rallier la résistance écossaise, il hésita. Il était prit entre le désir d’aider son pays, et celui de protéger les villageois. Il refusait de
les embarquer dans l’horreur de la guerre. Il avait peur que les Anglais fassent des représailles sur eux. Malheureusement, c’est ce qui arriva. Une troupe de l’infanterie anglaise mit le village à feu et a sang et tuèrent tous les villageois. Il n'y eut aucun survivant.
- Quelle horreur… murmura Bunny, peinée.
- Oui, c’est affreux, lui dit Enola. Mais regarde autour de toi : ils sont tous là !
- Ce sont les villageois ?
- Oui ! Arrivé ici, Kenneth s’est juré de reconstruire son village. Comme les villageois ont tous « ressuscités » près de lui, ils se mirent à la recherche d’un endroit semblable a celui de son pays. Quand ils le trouvèrent, ils érigèrent un village ici. Comme, en voyageant, ils ont vu des villages construits par des goules françaises, ils ont construit des maisons en pans de bois, qu’on rencontre dans beaucoup de régions françaises et même européenne comme en Alsace ou dans le nord de l'Allemagne. Souvent cette technique est utilisée afin de combler un manque de matériaux solides comme la pierre, ou encore par économie, car le bois et la terre sont des matériaux peu onéreux et très répandus ici. Et, à la surprise de Kenneth, les villageois voulurent qu’il reprenne son titre de lord, alors qu’il était à présent dans la même situation qu’eux. »
Ils arrivèrent au fort, s’arrêtant devant la grande porte composée de deux tourelles sur encorbellement et d’une bretèche commandant le passage couvert. Le château n’avait évidemment pas de douve, à cause de sa position élevée. Sur les deux petites tourelles, deux archers les tenaient en joue, arcs bandés.
Garett descendit de son cheval et s’approcha :
« Hola !! Garde !
- Qui va là, répondit un des archers.
- Je suis Garett Firebrand, Lord MacGhorbess nous attend,
moi et mes compagnons.
- Nous vous attendions. Un moment. »
Les archers disparurent, et bientôt la lourde porte en bois renforcé par des barres de fer s’ouvrit en grinçant. Les voyageurs
entrèrent dans une petite cour où un grand homme les attendait. Il était très grand, presque aussi grand que Garett, et était très massif. Ses cheveux roux flamboyant étaient attachés, et il portait un kilt Vert et rouge avec des rayures jaunes. Sur son poitrail, il arborait une cuirasse bleue et or, où était dessinée un aigle flamboyant. A la vue de Garett et de ses amis, il écarta ses grands bras puissants. Sa voix résonna dans toute la cour : « Mes frères !!! Quelle joie de vous revoir !!! »
Il accouru et serra chaleureusement la main de Garett, qui, pour la première depuis sa rencontre avec les sailors, souriait. Un vrai
grand sourire.
« Comment te porte-tu, mon vieil ami !!! Demanda-t-il au grand écossais.
- Tu le vois, comme un tronc d’arbre !! Enola ! Dans mes bras que je t’embrasse ! » Il souleva la jeune femme qui
riait : « Contente de te revoir, Kenny. »
Il reposa Enola pour serrer Iass dans ses bras : « Alors, tu t’es remis de tes blessures de la bataille d’Eskassius ?
- Une flèche dans le cul, ça fait mal, mais on en meurt pas !!
- Où est Myriam ? Demanda Garett.
- Elle dort dans sa chambre. »
Puis l’Ecossais porta son attention sur les filles, qui descendaient – tombaient, à dire vrai - de leurs chevaux.
« Voilà de bien jolies pucelles, dit-il. Je suis Kenneth McGhorbess, lord de Kenneth Haven et votre serviteur. »
Il s’inclina devant chacune d’elle, leur faisant le baise main, ce qui étonna les filles. Quand il se redressa, elle purent mieux le voir. Malgré sa stature, il avait un beau visage, souriant, et il était très propre. Il les regardait avec les mains posées sur les cotes.
« C’est un honneur, dit-il, d’accueillir d’aussi belles jeunes demoiselles dans mon humble demeure. Mais entrez donc ! Vous êtes ici chez vous ! » Il leur fit signe d’avancer, tout en ordonnant à ses valets, avec respect et gentillesse toutefois, de mettre les chevaux dans l’écurie. Il fit passer ses hôtes devant lui. Tandis qu’il grimpait les étroites marches du donjon, Amy se tourna vers Mina : « Dis… tu crois que… Pour le kilt… Tu sais, en général…
- Oui, en dessous…
- Tu crois que… ?
- Sais pas, demandes-lui. »
Kenneth les amena dans une salle à manger qui faisait aussi office de salle d’armes. De grandes armures étaient posées contre les murs, entre des draperies aux même couleurs que celle du kilt de Kenneth,
les couleurs de son clan. Au centre, une grande table était dressée, avec des plats variés. Du poisson, du poulet, du chevreuil… Mina, du coin de l’œil, voyait Bunny qui en salivait d’avance.
« Je me suis dit que vous auriez faim, après vos péripéties, déclara l’Ecossais. Prenez place et régalez-vous ! »
Ils s’installèrent sur les sièges, devant une assiette en bois, à cote de laquelle était posée un bol rempli d’eau. Les filles se regardèrent, surprise. Kenneth éclata de rire devant leur étonnement : « Et oui, mes amies. Ici, on mange avec ses doigts. Rassurez-vous, vous avez une serviette et le bol que vous voyez est un rince-doigts. Nous ne sommes pas des cochons, voyez-vous… »
L’absence de couvert ne stoppa pas l’appétit de Bunny, même si cette fois-ci, elle trouva son maître. L’Ecossais avait englouti à lui tout seul une bonne partie des victuailles, tout en se remémorant les nombreuses aventures qu’il avait vécu avec Garett, Iass et Enola. Ils parlaient en riant de combats contre des dragons, de guerres contre
les orcs, d’aventures extraordinaires et aussi de leurs frères et compagnons morts l’arme à la main. Plusieurs fois pendant le repas, des servantes vinrent pour changer l’eau des rince-doigts ou servir de la bière.
Bunny souffla en tapant son ventre. Elle avait l’impression que sa jupe la serrait.
Garett, lui, avait toujours la même cuisse de poulet depuis le début du repas. Il avait le regard perdu dans le lointain, et de temps en temps, il portait un bout de viande à sa bouche.
« Eh bien, lui dit Kenneth. Garett, mon ami, tu as toujours un appétit d’oiseau !
- On ne change pas, kenny. Je réfléchissais sur la situation… est-ce que tu connais le seigneur du village le plus proche ?
- Oui, bien sûr.
- Il vaudrait mieux, alors, que les villageois se rendent la-bas pour un moment. J’ai peur qu’ils souffrent si Bathory attaque. »
L’Ecossais posa sa grande main sur l’épaule de Garett : « N’ai d’inquiétude, mon frère. Ils savent tous pourquoi vous êtes là et ne craignent pas les forces des ténèbres. Ils ne voudront
jamais partir. »
Rei se tourna vers Kenneth : « Nous vous remercions, sire, pour votre aide si généreuse et votre hospitalité…
- Oh, ce n’est rien, Damoiselle Rei. Je combats les forces des ténèbres depuis mon enfance, que ce soit les hommes d’Edouard 1er le chien ou les démons. Et je ne vais pas laisser Bathory tuer d’aussi charmantes jeunes filles.
- Merci quand même.
- Et… appelez-moi Kenneth, comme mes amis.
- d’accord, Kenny. »
Une voix d’enfant résonna dans la salle.
« Garett ! »
Ils se tournèrent pour voir courir une petite fille de six ans, en robe grise, avec de longs cheveux roux. Elle sauta dans les bras de Garett qui la souleva en riant.
« Salut ma puce ! Dit-il. Comment vas-tu ?
- Bien, merci ! »
Il l’embrassa, et la passa à Enola et à Iass qui la serrèrent dans leurs bras.
La fillette riva ses grands yeux marrons vers les filles. Elle souriait. On aurait dit une petite poupée.
« Demoiselles, leur dit Kenneth, je vous présente ma fille adoptive Myriam. Ma puce, voici les amies de Garett, Bunny, Rei, Mina, Mako et Amy. »
La petite fille fit une révérence, puis regarda Bunny : « C’est joli, comme nom, Bunny… »
Bunny la prit dans ses bras et la posa sur ses genoux : « c’est joli aussi, Myriam… et tu as de très beaux cheveux…
- Merci.
- Ne vous fiez pas à son apparence, dit Iass en souriant. Myriam est morte en 1748 dans un incendie. Malgré cela, elle est quand même restée une enfant. Sauf quand elle a un couteau de boucher en main, pas vrai, ma puce ?
- Je ne tue que les hors-vivants, Iass, rétorqua Myriam.
- Elle habitait avec ses parents à Silutz, une grande cité qui fut détruite par un démon… enfin, non, je devrai dire Le démon. Elle fut la seule survivante.
- Et comme il y a une ressemblance, renchérit Kenny, j’ai décidé de l’adopter. »
L’Écossais se tourna vers l’une des fenêtres : « diable, le soleil se couche. Myriam, peux-tu amener nos hôtes à leur chambre ? Garett et moi, nous devons converser. Bonne nuitée, mes amis. »
La fillette sauta des genoux de Bunny, et, lui prenant la main, l’amena en sautillant hors de la salle. Les autres prirent congés de Kenneth, sauf Garett, qui déjà, bourrait sa pipe tandis que Kenneth lui resservait de la bière.