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Les néons violents le tirèrent d'un mauvais sommeil, qu'il ne regretta pas.
Ce dont s'éveiller le dos courbatu sur le plancher dur, les yeux éblouis par une lumière crue et la tête broyée dans un étau invisible privait était tout sauf un repos paisible. Une pointe de douleur remonta le long de ses os, tiraillant les tendons et paralysant ses muscles quand il bougea. Pire que tout, il n'avait aucune idée de ce qui avait pu le mener ici, à s'éveiller sur le plancher avec tous les symptômes de la plus abjecte débauche.
Se forçant à ignorer la douleur, il se leva d'abord sur un coude, puis s'accroupit. Il fut soulagé de constater qu'il portait des vêtements. Ça éliminait quelques possibilités. Puis la présence d'un fusil l'inquiéta. Il n'avait réellement aucune idée de ce qui avait pu le mener ici, qu'est-ce qui lui disait qu'il n'avait pas été impliqué dans quelque activité illicite dont sa mémoire lui refusait les détails à l'instant?
Il reconnut son habit comme un sous-vêtement d'astronaute, qui se portait sous un scaphandre, mais ignorait pour quelle raison il aurait pu vouloir enfiler une combinaison spatiale. Le fusil était d'un modèle rare, conçu pour les combats spatiaux. Ses décharges perçaient la chair et grillaient les circuits nus, mais se dispersaient dans les métaux sans les affecter. Une arme d'abordage, pour la prise d'un contrôle d'un vaisseau qu'une arme à projectiles aurait pu dépressuriser. Seuls les militaires et les pirates en disposaient, il n'était pourtant ni l'un ni l'autre!
Le malaise physique persistait, mais l'angoisse la surpassait et il força ses articulations raides à déplier son grand corps mince en une position verticale chancelante. Son champ de vision s'obscurcit: c'était au sens littéral que son cœur ne suivait pas son esprit. Il attendit un moment et quand il se sentit mieux, observa les environs.
Il aurait juré n'être jamais venu là où il se trouvait maintenant, et pourtant les lieux lui étaient familiers. Il leva instinctivement son fusil vers le couloir qui s'ouvrait devant lui, sans toutefois avoir le souvenir d'une quelconque expérience des armes ou des situations périlleuses. Il ne se trouvait pas sur un vaisseau spatial mais plutôt dans une station planétaire, peut-être sur Mars. De l'intérieur, elles se ressemblaient toutes.
Les murs d'un bleu grisâtre dont on disait qu'il apaisait l'esprit lui faisaient au contraire un accueil froid et hostile. Deux pièces se faisaient face, leur porte perçant la paroi quelques mètres devant lui, et le couloir s'achevait sur un embranchement une dizaine de pas plus loin. Une console inactive où s'affichait un paysage terrestre en guise d'écran de veille ornait le fond du passage, derrière son dos qui y prenait par moments appui.
La douleur de son corps fourbu fut un instant oubliée quand une forme humaine déboucha d'une des voies qui s'ouvraient devant lui. En un instant, il avait armé et fait feu sans même y penser. La silhouette noire s'effondra sans un cri. Qu'il ait si vite su utiliser une arme dont il n'avait que de vagues notions du maniement le choqua presque autant que le fait qu'il venait de tuer un homme.
Il n'eut besoin d'avancer que de quelques pas pour voir que l'uniforme noir de l'étranger n'était pas celui d'une armée ennemie ou d'un groupe criminel, mais bien celui de la force spéciale de police, qui protégeait tout à fait honnêtement les centres de recherche importants. Il venait d'abattre un policier!
Et ce ne fut pas le dernier. Paniqué, il tira à nouveau, visant avec une précision enviable, quand le reste de la patrouille accourut. Un homme et une femme rejoignirent leur collègue dans la mort, avec quelques cris mais aucune riposte. Les deux portes sur ses flancs étaient ouvertes à pleine grandeur, s'y abriter était un pari risqué, mais il ne pouvait pas rester sur place!
Il choisit la porte de droite et y avança sans plus se permettre d'hésiter. L'idée ne lui vint pas de tirer, cette fois, quand il se retrouva à nouveau face à face avec un inconnu. C'était un savant en blouse blanche qu'on aurait cru sorti d'un film de science-fiction, chevelure blanche rebelle et petits mouvements nerveux complétant parfaitement le stéréotype incarné.
La pièce faisait partie d'un laboratoire où il reconnut malgré l'ignorance dont il se croyait affligé l'équipement de recherche quantique de pointe. Il se trouvait bien sur Mars, réalisa-t-il, il avait lu quelque part que les recherches sur les nouvelles formes d'énergie se faisaient loin de la Terre, là où aucune ville, pays ou race humaine ne serait annihilée par un accident malheureux.
Cela n'importait qu'en ce sens que ça indiquait qu'il avait de sérieux ennuis. Il se trouvait sur une planète presque déserte, dans une zone hautement contrôlée, avec pour seul allié un fusil qui ne lui avait valu que le sang de trois innocents!
Il battit en retraite vers le couloir, craignant de demeurer dans la pièce occupée. Il ne jeta qu'un coup d'œil dans la pièce de gauche, pour la trouver à sa convenance. Personne ne s'y trouvait. Un seul savant, dans un si grand laboratoire, il devait être arrivé de nuit, ou entre deux quarts.
Alors qu'il s'y engageait, le chercheur solitaire apparut derrière lui, son ombre l'avertissant de sa présence. Il se retourna d'un geste, usant de toutes les ressources de sa volonté pour garder le doigt loin de la gâchette. Il avança de quelques pas vers lui, lui hurlant de s'écarter. La dernière chose qu'il voulait faire, c'était bien l'abattre lui aussi!
Il aurait peut-être pourtant dû le faire. Si les scientifiques ne disposaient pas de fusils dans leur laboratoire, ils y jouaient avec de l'équipement tout aussi mortel, et ne se trouvaient apparemment pas désemparés devant un intrus armé. L'homme avait poussé jusqu'à la porte un chariot où était monté un appareil dont la vague ressemblance avec un bazooka n'avait rien pour rassurer.
Cet appareil, n'était-ce pas exactement pourquoi il était là? Comment, pourquoi et par qui il avait été envoyé ici demeurait obscur, mais c'était en lien avec cette machine, il le sentait! Si seulement il avait quelques minutes pour réfléchir!
Les câbles branchant l'appareil à sa source d'énergie se soulevaient du sol, tendus à leur pleine longueur pour parvenir à la porte. De l'énergie, il en fallait beaucoup… ce canon devait créer une faille dans l'espace-temps, un de ces trous de ver mythiques qui rendraient peut-être possible le voyage interstellaire… il le replaçait maintenant, bien que cette connaissance inexpliquée ait difficilement pu s'appeler un souvenir.
Cette subite compréhension ne lui dit toutefois pas comment s'en sortir, et conscient que le nombre de morts qu'il sèmerait derrière lui ne changerait pas son sort au bout du compte, il abaissa le fusil qui seul aurait pu arrêter le savant dans son geste fatal. Une décharge semblable à dix mille volts embrasa son corps et mit fin au fil emmêlé de ses pensées.
Les néons violents le tirèrent d'un mauvais sommeil, qu'il ne regretta pas.
Ce dont s'éveiller le dos courbatu sur le plancher dur, les yeux éblouis par une lumière crue et la tête broyée dans un étau invisible privait était tout sauf un repos paisible. Une pointe de douleur remonta le long de ses os, tiraillant les tendons et paralysant ses muscles quand il bougea. Pire que tout, il n'avait aucune idée de ce qui avait pu le mener ici, à s'éveiller sur le plancher avec tous les symptômes de la plus abjecte débauche…
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