Subumbrare Aestas
Par Dominique Théberge

 

13 - Celui qui divise

 

La pucelle était d’une humeur exécrable depuis plusieurs jours. Quitter la protection de son démon l’avait condamnée à vivre dans un monde bien plus dur qu’elle ne l’avait jamais soupçonné. Le dieu de la mort, après avoir adopté son propre clan, n’avait pas très bien fait la différence entre les besoins vitaux de ses enfants et leur simple confort. Jamais la jeune fille n’avait même eu à écraser un moustique, son chef démoniaque détruisant toute vermine avant qu’elle ne les touche. Évidemment, elle était maintenant couverte de piqûres qu’elle avait grattées jusqu’à se peindre le corps de disgracieuses marques sanglantes. Elle tenait toujours à se faire belle, se rinçant à tous les cours d’eau et tentant de s’arranger les cheveux, mais encore, sans son dieu pour immobiliser l’air, elle avait bien trop froid pour faire entièrement sa toilette, et elle se résignait à porter des vêtements la couvrant entièrement bien qu’ayant été habituée à voir la beauté des corps nus. Malgré ses origines nomades, la marche la fatiguait rapidement. Son clan avait toujours vécu un certain temps en un lieu avant d’avancer de quelques kilomètres, ils n’avaient rien de grands voyageurs.

Pourtant, il y avait quelques avantages à sa compagnie. Même si elle ne savait pas parler, le démon lui avait appris son propre langage, celui des chants que son peuple entonnait chaque soir en son honneur. Bien qu’il fut avant tout un dieu de la mort, son chef avait acquis les attributs de la chasse et de l’enfance, dont, par un miracle que Déric n’était pas près de comprendre, il avait partagé les dons à ceux qu’il aimait.
Un soir où Déric n’avait offert pour repas qu’un peu de galette moisie, elle l’avait longuement regardé, incapable de comprendre qu’il se contente de si peu. Puis avait décidé de prendre les choses en main, attisant le feu qu’il avait allumé et se dévêtant dans l’air frisquet. Elle avait alors revêtu les parures qu’elle avait emportées avec elle, en incluant cet horrible masque sculpté à même le crâne d’un de ses ancêtres et dont il aurait bien voulu qu’elle se sépare, et commencé à danser comme elle l’aurait fait chez elle.
D’abord, ses gestes avaient été imprécis. Les chants et les danses de son peuple étaient une affaire de groupe, elle ne les avait jamais complétés seule. Mais cette langue qui était la seule qu’elle connut possédait suffisamment de possibilités pour lancer un message à une seule voix, et elle en trouva assez tôt les mots. Si un humain y voyait un spectacle plein d’une beauté sauvage, les esprits, quelle que fut leur nature, y lisaient les ordres d’un démon et y obéissaient avec empressement.
L’enfant n’eut pas à danser longtemps pour invoquer le don de la chasse. Bientôt, attirées par l’envoûtement, les bêtes sortirent des boisés et des bosquets pour errer non loin d’eux, privées de la crainte qui aurait fait d’elles des proies difficiles. Sitôt que Déric fut revenu de sa surprise, il choisit et captura deux lièvres dont il brisa promptement le cou. Sa prière satisfaite, la petite fille interrompit sa danse et les animaux restants s’éparpillèrent en quelques instants.
Depuis cette soirée, ils se couchèrent rarement sans avoir mangé à leur faim. Il ne fut pas ravi lorsque, après l’avoir longtemps écouté sans se risquer à prononcer un seul mot, l’enfant avait formulé une phrase complète : « Tue-le, Déric, » après avoir encore appelé le gibier. Il aurait préféré qu’elle eut choisi un sujet plus féminin pour ses premiers mots.
Elle apprenait lentement à parler, mais s’y prenait d’étrange façon. Jamais elle n’avait fait une seule faute et imitait parfaitement l’accent d’Anthrarque, mais elle n’ouvrait que rarement la bouche. Déric avait peine à deviner à quel point elle le comprenait, puisqu’elle était si silencieuse, mais il lui racontait toutes les histoires qu’il connaissait, pour qu’elle en retienne les mots.
Il avait fini par se rendre à l’évidence après un certain temps : non seulement la fillette ne savait pas parler, mais elle n’avait même pas de nom. Ce soir là, il avait écouté avec attention tandis qu’elle saluait la nuit de sa danse habituelle. La chanson du soir n’appelait pas de pouvoirs démoniaques, alors ses sons étaient choisis selon la préférence de l’interprète. Il en avait retenu « Atime, » un mot qui revenait plutôt souvent, qu’elle devait aimer et qui lui plaisait aussi. À partir de ce jour, chaque fois qu’il s’adressait à elle, il l’interpellait par ce nom.

« Oyalen habite par ici, dit Déric en désignant la route devant lui, le rencontrer est dangereux, mais je ne sais pas où mène l’autre chemin, il pourrait nous perdre. »
Atime, comme d’habitude, ne répondit pas. Elle écoutait attentivement mais ne risquait jamais un mot sans l’assurance de l’utiliser correctement. Il réfléchit donc seul, finissant par conclure que le chemin court était moins risqué malgré la cruauté du démon qui y vivait. Un fossé avait été creusé sur un flanc de la route pour l’empêcher de devenir boueuse, et les herbes en étaient piétinées assez souvent pour ne parvenir qu’à parsemer le sol durci de touffes rachitiques. Si Oyalen avait attaqué la majorité des voyageurs, la voie aurait été dans un tout autre état!
La forêt où ils s’apprêtaient à pénétrer n’était pas très large, mais extrêmement dense et obscure, peuplée de toute une faune terrifiante. On n’en était pas sorti que le sol s’inclinait et alternait entre rivières marécageuses et montagnes, les plis de plus en plus prononcés.
Une fissure dans une montagne formait un grand canyon, enjambé par un pont de corde qui empêchait la route de s’interrompre. Ce pont était visible depuis l’endroit où il avait rencontré le démon diviseur, mieux valait le traverser en toute hâte et gagner au plus vite la sécurité de la falaise opposée. Déric s’y aventura.
Le pont était peu entretenu, mais en relativement bon état. Les cordes tenaient solidement les planches que la pourriture avait rendues poisseuses mais pas encore fragiles. Des vignes sauvages s’y suspendaient joliment. Le chevalier y avança, testant sa stabilité. Le vent l’inclinait désagréablement, mais en se tenant bien ils n’y seraient pas en danger.
L’ordre de le suivre ne fut pas obéi. Il s’arrêta sitôt qu’il eut jeté un premier coup d’œil derrière lui, découvrant Atime bien en retrait, n’osant même pas risquer un regard en direction du gouffre où rugissait la rivière, loin en-dessous. Il revint vers elle, irrité :
« Il faut traverser ce pont rapidement! Oyalen se trouve quelque part en bas, je ne veux pas qu’il nous voie. Avance, vite! »
Il la saisit par la main et l’entraîna vers le pont. Elle hurla de terreur et se débattit de son mieux. Bien que largement plus fort que la petite fille, Déric ne pouvait pas prendre le risque de la tirer de force par-dessus le vide, car elle aurait pu les y jeter tous les deux dans sa panique. Lorsqu’il la lâcha enfin, elle se réfugia derrière un bosquet en pleurant, attendant que ses sanglots se calment avant de tenter une phrase :
« Je ne veux pas tomber!
- Ça n’a aucun sens! s’écria-t-il. Tu n’as pas peur de la mort, mais tu trembles devant un simple pont! Tu ne tomberas pas, si tu te tiens bien! »
Il tenta de la rassurer, ce qui n’était pas aisé vu sa propre colère, de la raisonner, la menaça, tenta d’acheter son obéissance, mais rien n’y fit, elle refusait absolument de s’approcher de la falaise. Finalement, elle pointa une dépression, légèrement en amont, où un éboulement avait creusé une pente qu’on pouvait qualifier de douce si on n’avait que les murailles verticales l’entourant pour la comparer.
« Descendons ici. »
Sans sembler remarquer la contradiction entre sa terreur devant un simple pont et sa confiance face à une descente périlleuse, elle s’engagea sur la pente sans attendre l’approbation de son compagnon. Ils parvinrent en bas indemnes, mais Déric dut se retenir pour ne pas la frapper. Ils ne pourraient pas remonter par là, ils devraient suivre le chemin par lequel il était passé à l’aller, celui qui traversait le territoire d’Oyalen.
L’altitude n’était pas le seul obstacle de cette vallée. La rivière était grosse, furieuse, indéniablement mortelle. Ils durent la parcourir sur une bonne longueur avant d’avoir la moindre chance de la traverser. Lorsque Déric parvint enfin à un petit surplomb d’où il était possible de sauter sur l’autre rive, il était si courroucé qu’Atime le crut quand il lui dit que si elle ne sautait pas, ce serait lui qui la pousserait. Perdre contact avec le sol sur cette courte distance la laissa frissonnante d’horreur, mais en un seul morceau.
« Si tu n’avais pas eu peur du pont, la gronda-t-il, nous serions déjà de l’autre côté. »
Elle ne répondit rien cette fois, en manquant soit les mots soit le courage. Il crut qu’elle se mettait à son tour en colère quand elle s’éloigna de lui sans lui accorder un regard, mais vit qu’elle avait découvert quelque chose qui justifiait cette distraction.
Se tortillant à la périphérie d’un cercle de désolation où toute végétation avait été dévorée, un serpent rouge engloutissait avidement tout ce qu’il trouvait, insectes, plantes, humus, et même quelques pierres. Cette créature ne ressemblait pas à l’apparence qu’avait prise Oyalen précédemment, mais les démons étaient des créatures imprévisibles.
Tentant de se repérer, certain qu’ils étaient tout près du site de sa mésaventure avec le diviseur, Déric explora plus en avant, et laissa échapper un cri de dégoût en découvrant ce qu’il restait de son soldat sacrifié. Oyalen l’avait gardé en échange de son artefact, non que le commandant des hommes d’Anthrarque n’ait voulu d’un tel accord.
Bien plus horrible que les viscères animées d’une vie propre dont le tube digestif transformé en serpent affamé n’était que le moins dégoûtant, la carcasse dépecée de l’homme révélait l’obscène gouffre de son torse évidé, encadré par les moignons de ses membres tendus par des cordes qui l’écartelaient entre deux arbres. Pire que tout, son visage aux yeux arrachés souriait d’une sinistre satisfaction, s’orientant tranquillement vers ses entrailles éparpillées. Il vivait!

Déric jeta ses paquets au sol et tira son épée, autant pour se défendre de la proximité d’Oyalen que dans l’intention de mettre fin aux souffrances de sa victime. L’arme tomba de sa main avant qu’il n’ait pu faire un seul geste. Désarmé par une magie démoniaque, il frissonna d’horreur.
« Personne ne touche à mes jouets! Partez! »
Le démon qu’il craignait était apparu sous la même forme que précédemment. La forme d’un singe, la taille d’un homme, les écailles d’un lézard. Il l’avait vu d’assez près pour savoir que les écailles étaient faites de pierre invulnérable au fer. Il portait une épée démesurée, qui aurait brisé les reins de tout homme tentant de la brandir. Déric le savait, car l’artéfact en était une copie exacte et un de ses soldats l’avait pris pour faire des passes avec ses camarades. Désormais, le sot voyageait dans une charrette, à peine capable de marcher.
« Vous avez brisé cet homme, accusa Déric, maintenant laissez-moi mettre fin à ses souffrances! »
Oyalen secoua la tête avec mépris, certain de son invincibilité.
« Aucune des parties de cet homme ne souffre, je me suis assurée qu’elles aient en abondance ce qu’elles désirent.
» Vois, son ventre a bien à manger, ses veines voient courir le flot de la rivière, ses yeux apprennent à compter les étoiles et les nuages du ciel, ses mains caressent des pierres rondes et douces comme les seins de sa mère la terre, et sa tête rit d’entendre le contentement de ses servants libérés.
» Il ne souffre pas de son sort, car son âme a perdu le souvenir de l’unité, pourquoi regretterait-il un état qui au fond n’avait jamais pu satisfaire toutes ses inclinaisons à la fois?
- Un homme n’est pas que la liste de ses parties! Vous avez tué son âme!
- Admettons-le! Mais puisque son âme n’est plus qu’une poignée d’attributs sans aucun lien, car cela je l’avoue, vos coups ne le libéreront pas. Comment l’esprit d’un seul désir saurait-il trouver l’au-delà? Sa mort sera sans espoir.
- Guérissez-le alors! N’êtes-vous pas le plus puissant des démons?
- Même si je le voulais, mon pouvoir est de couper, pas de réunir. À vrai dire, les humains m’amuseraient certainement davantage si je pouvais en recoller les morceaux parfois. Vous êtes si divisés déjà qu’il reste bien peu de plaisir à en tirer! »
Un sinistre hurlement interrompit la dispute. Il s’étirait davantage qu’un cri de guerre, s’étirait jusqu’à ce que les petits poumons qui l’émettaient ne puissent maintenir qu’un gémissement tremblant. Étrangement, malgré sa laideur, cette note évoquait un chant aussi soigné que tous ceux qu’émettait la petite Atime. Elle cessa enfin et reprit son souffle en râlant. L’enfant avait enfilé ses parures durant la discussion, prête à un affrontement de démon à démon. Déric devina sans peine ses intentions :
« Non, petite idiote! Ne l’attaque pas, même Dieu ne peut pas vaincre le diable! »
Oyalen, cependant, ignora complètement son intervention et s’adressa à la jeune fille :
« À voir comme tu t’habilles, tu ne dois pas savoir coudre, comment espères-tu réunir ce que moi j’ai coupé? Mais essaie donc, tu connais bien ma langue, j’aimerais bien voir jusqu’où les humains peuvent me ressembler. »
Déric ne fut pas confus longtemps. Oyalen parlait en réalité sa propre langue, celle que maîtrisait sa protégée, mais lui l’entendait comme s’il s’était adressé à lui. Le dialogue qu’il entendait était donc moitié cris et chants inhumains, moitié mots alluviens. Il en comprenait bien assez. Pire que tout, il ne pouvait pas les arrêter. Saisir la fille et la traîner loin d’ici, aussi tentant que ce fut, était impossible, Oyalen aurait tôt fait de séparer sa tête de ses épaules s’il s’y risquait.
La danse qu’elle entama était inconnue du chevalier, mais il devina qu’elle appelait le troisième attribut de son démon, celui de l’enfance. Les mouvements et la chanson étaient ce qu’un corps aussi jeune pouvait évoquer de plus sensuel, traduisant un pouvoir qui n’appartenait qu’à la femme. Aux yeux des forces de l’univers, l’enfant devenait mère. Un à un, les fragments de l’homme démembré quittèrent leurs plaisirs du moment et rampèrent vers elle.
Après quelques minutes, elle modifia le pas de sa danse. Déric reconnut les nouveaux mouvements : elle y ajoutait ceux que sa tribu offrait spécifiquement au démon de la mort.
Quand elle acheva son numéro, son aspect était plus démoniaque qu’humain. Les deux attributs pleinement actifs dominaient le corps encore frêle qui les contenait. Comme la déesse mère des païens, elle portait en elle le début et la fin, et tous les chemins splendides et horribles qui les liaient. Ce qu’elle fit ensuite amplifia l’inhumanité de son apparence : elle prit dans sa main un des morceaux de chair errante et l’enfonça dans sa gorge, l’avalant comme un serpent engloutissant sa proie. Elle eut le temps de le faire disparaître entièrement avant que Déric ne se remette de l’horreur et ne fonce sur elle pour l’arrêter.
Oyalen lui interdit d’approcher. Il n’eut qu’à planter sa gigantesque épée dans le sol pour que l’importun se retrouve séparé d’elle par une grande distance. Il courut la rejoindre, mais le démon poignarda à nouveau la terre, l’éloignant à nouveau. La magie ne le déplaçait pas, mais faisait apparaître entre lui et sa destination un espace qui n’existait pas avant. Après quelques tentatives, il se mit à hésiter, inquiet des conséquences de l’apparition de toute cette terre.
« Oyalen! plaida-t-il, Arrête-la! Elle n’est qu’une enfant, ne la laisse pas se faire mal! C’est moi qui devrait te défier! »
Le démon, comprenant que l’homme ne lui ferait plus obstacle, lui permit de s’approcher.
« Défends-la contre les hommes et les bêtes, mais contre moi, ton fer et tes mots ne sont que des jouets. Si je voulais la tuer, ce serait déjà fait. Tu n’as aucune idée de mon pouvoir.
» J’ai cassé la terre en ses quatre continents, je l’ai fendue jusqu’à voir le feu qui brûle en son cœur, j’ai planté des rivières et des montagnes, j’ai répandu la forêt et le désert! Juste pour vous les hommes, j’ai coloré la peau des gens du nord, du sud, de l’est et de l’ouest, pour qu’ils oublient qu’ils sont frères, et j’ai demandé au vent de disperser leurs voix, pour que chaque royaume n’entende que sa petite parcelle de sagesse et ignore la langue de son voisin. Je suis le diviseur, et si j’ai pu séparer toute ta race, toi seul ne pourra que tomber devant moi.
» Mais le défi de cette fille n’est pas de me vaincre, seulement de libérer cet homme de mon pouvoir. Tu n’as pas appris le langage des démons, tu ne sais pas voir ce qu’elle fait réellement. Elle garde uniquement son essence en elle, la chair n’en est que la messagère. Si tu brises son sortilège avant qu’elle ne l’ait complété, cependant, elle pourrait être forcée de la garder entièrement, et elle mourrait. »
Pendant cet exposé, Atime avait dévoré la plupart des viscères et s’attaquait à la carcasse écartelée. La curiosité de Déric n’était guère tentée par l’horrible mystère de la manière dont elle la ferait passer par sa gorge. Il n’appréciait pas davantage les révélations d’Oyalen, qui allait jusqu’à se vanter des divisions meurtrières de la race humaine. Fier de sa patrie, il ne les effacerait pour rien au monde, mais il se sentait en droit d’haïr un démon qui y aurait participé!
« Vous êtes le diable, je n’ai rien de plus à vous dire! »

Il attendit patiemment la fin de l’épouvantable rituel. Après avoir englouti plus de chair que n’en comportait son propre corps, l’enfant n’était pas plus ronde qu’elle ne l’était avant, et pas plus lourde, à en juger par les gestes vifs par lesquels elle relâcha les pouvoirs invoqués pour reprendre contact avec la réalité humaine. Il la regarda avec inquiétude tandis qu’elle remettait des vêtements normaux, effaçant tout à fait son personnage de chaman. Devinant son incompréhension, elle se mit la main sur le ventre, sous le nombril :
« Il attend ici. Quand je serai une femme, il sera mon premier fils. »
Oyalen devait en réalité avoir envie de se débarrasser de son prisonnier, car il concéda facilement la victoire à la petite sorcière et lui permit d’emporter son prix, cette semence qui dormirait en elle jusqu’à ce qu’elle lui permette de se transformer en bébé. Il poussa même la magnanimité jusqu’à leur indiquer un passage d’où il serait aisé d’escalader la falaise.
En quelques jours de marche, ils rejoindraient la Langufer, passé laquelle trouver une place dans une caravane serait facile, et le voyage d’autant plus rapide. Malgré cette situation encourageante, Déric ressentait un certain malaise et passait parfois de longues heures sans parler à sa compagne. Il la revoyait sous son apparence démoniaque, dévorant la chair de tout un homme. Même pour sauver une âme, cet acte était une abomination!

14 - Le trafiquant